MODÉRATION DES SEI
qu'au refte il représente dans le pays la personne du Roi, comme étant son Gouverneur, & n'eft obligé de rendre compte de ses adions à personne. M. Dollier insifte & lui représente qu'il n'eft pas dans Tordre de faire ainsi emprisonner les officiers de la juftice, spécialement M. Migeon qui tient aduellement la place du juge; qu'en cette qualité il a fait des procédures & des ades judiciaires la veille & le jour même contre un prisonnier accusé de vol & de meurtre, dont il eft nécessaire dlnftruire & de juger la cause ; qu'enfin il peut survenir d'autres affaires semblables, qui demandent le miniftère de la juftice, & qu'il n'y aura plus moyen de les poursuivre, ni de donner suite à celles qui sont commencées, tant que le juge sera ainsi détenu en prison. La réponse de M. Perrot montre la légèreté & tout à la fois les prétentions extravagantes de son esprit, infatué de l'autorité indépendante & souveraine qu'il s'attribuait, en vertu de sa commission royale : « Si le ciel venait à tomber, répondit-il, il y aurait bien « des alouettes prises; j'ai droit d'emprisonner toutes « sortes de personnes, & même M. d'Aillebouft, juge de « ce lieu, s'il vient à s'oublier, comme Ta fait M. Migeon. » M. Dollier, reprenant alors la parole, se contenta de lui dire que si M. Migeon lui eût manqué de resped, il aurait eu, pour obtenir satisfaction, des voies plus douces à prendre : le Gouverneur général 8c l'Intendant du Canada étant les juges naturels devant lesquels M. Migeon avait à répondre de ses ades; & il finit par demander la liberté de ce dernier, pour qu'il pût continuer les fondions de juge. M. Perrot la refusa en disant qu'il l'accorderait volontiers si c'était une prière qu'on vînt lui faire, mais non sur une remontrance dont on prétendait prendre ade dans les formes; & là-dessus M. Dollier se retira. Une violation si manifefle 8c si criante des droits les plus légitimes ne pouvait être continuée longtemps. Aussi M. Migeon fut-il élargi peu après.
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GNEURs; AUTRES Mais SI M. Pcrrot n eut point a rendre compte d une
conduite si irrégulière, il dut sans doute à la protection de plaintes contre m. M. Talon, alors présent dans le pays, & à la modération des seigneurs, l'assoupissement de cette affaire, à laquelle nous ne voyons pas qu'on ait donné aucune suite. Les pénibles détails que nous venons d'exposer ne furent que le prélude des transgressions, des violences & des vexations qui signalèrent toute la suite du gouvernement de M. Perrot à Villemarie; & il paraît qu'avant d'aller en Canada, il avait déjà donné de semblables sujets de plaintes contre lui. « S'il vous plaît^ vous informer de son humeur & de sa conduite, écrivait M. de Frontenac à Colbert, en 1674, vous apprendrez facilement ses emportements 8c la manière dont il s'eft comporté partout où il a été, 8: même à l'égard de son oncle, à Lisbonne, dont M. de Saint-Romain fut témoin. M. de Courcelles vous pourra dire aussi les plaintes qu'il a eues contre lui quand il était en ce pays, & ce qu'il a été obligé d'en souffrir. Pour moi, je n'ai pas voulu vous mander mille algarades qu'il m'a faites, & qu'un autre, dans la place où je suis, n'aurait point souffertes si patiemment. L'alliance dans laquelle nous sommes à cause de ma femme, la considération de son oncle & l'espérance qu'il profiterait des remontrances que je lui faisais, & changerait de façon de faire à l'égard des coureurs de bois, m'engagèrent à mettre tout sous les pieds & à faire toutes les avances pour le porter à entrer en lui-même par le moyen de ses amis (i). » Mais ce qui n'eft pas moins à (0 Archives de la regretter, M. de Frontenac, qui se plaignait avec tant de JJ^"^^' pronL'nac'^à raison de M. Perrot, n'était pas lui-même exempt de Coibert, 14 novembre tout soupçon de commerce intéressé, comme la suite le '^''^'^' montrera.