PERROT DURANT LE
VOYAGE DE M. DE JaHs rétablisseiTient de Katarakoui une concurrence
FRONTENAC. , 1 • • ^ a 1 1, ,
contre le sien propre, ne pouvait s empêcher d en éprouver quelque mécontentement; & ce fut peut-être par un effet de cette impression pénible que, dans la circonftance même de ce voyage, il se porta à une adion qui paraîtrait incroyable, si nous n'en trouvions les détails dans les procédures auxquelles elle donna lieu, que Ton voit encore en original au greffe de la juftice de Villemarie. Après que M. de Frontenac fut parti de ce lieu, les Outaouasy arrivèrent pour leur traite, comme ils faisaient tous les ans; & apprenant l'arrivée du nouveau Gouverneur général qu'ils ne connaissaient pas encore, ils crurent devoir procéder à fouverture de la traite, en jetant, selon leur usage, quelques paquets de caftors pour lui en faire présent. A la vue de ces fourrures, M. Perrot, Gouverneur, demanda à Nicolas Perrot, qui servait d'interprète, ce que les Outaouas voulaient donc signifier par là; & l'autre lui ayant répondu que ces paquets étaient pour M. de Frontenac, il entra dans une violente colère, & dit avec indignation, en usant de ces expressions triviales qui ne lui étaient que trop familières : « Ces gens-là me prennent-ils pour un « valet de carreau? S'ils veulent parler au Gouverneur « général, qu'ils montent donc au pays des Iroquois où il « eft allé. Quand il n'eff point ici, c'efl moi qui suis le « maître, comme Gouverneur de cette île pour le Roi. » Ensuite, se tournant vers Nicolas Perrot, il ajouta : « Dites-leur que c'eft à moi, comme étant ici seul Gou- « verneur, qu'ils doivent faire ces présents. » L'autre s'excusa de leur traduire cette réponse, & il paraît que sur ce refus le Gouverneur, qui parlait alors tête à tête avec lui, le menaça de coups de bâton pour l'en punir. Cependant il n'en vint pas aux effets, & se contenta de leur faire traduire ces paroles par un autre interprète. Si l'on en croit Nicolas Perrot, les Outaouas furent plus maltraités encore cette année 1673, à Villemarie, par le Gouverneur de ce (i) Grciicdciajus- jj^,^ quils ne l'avaient été l'année précédente, ^ s'en
tice de Villemarie, ^ ^
4& i5 août 1673. allèrent très-mécontents (i).
ÉTABLISSEMENT DU FORT KATARAKOUI. iGyS. 405
La petite armée, malgré les rapides & les sauts, continuait sa route vers le lac Ontario. Comme elle approchait de la première embouchure de ce lac, M. de Frontenac, le 12 juillet, voulant quelle marchât avec plus d'ordre qu'elle n'avait fait encore 8: qu'elle se mît en bataille, fit ranger de front sur une même ligne quatre escadres qui formaient l'avant-garde. Ensuite venaient les deux bateaux plats : lui-même marchait après, à la tête de ses gardes, des hommes de sa maison, des volontaires placés auprès de sa personne, ayant à sa droite l'escadre des Trois-Rivières, 8c à sa gauche celle des Hurons & des Algonquins. Enfin deux autres escadres marchaient sur une troisième ligne 8: faisaient Tarrière-garde. A peine eut-on fait une demi-lieue en cet ordre, qu'on aperçut un canot Iroquois dans lequel était M. l'abbé d'Urfé, qui venait au-devant de M. d,e P>ontenac avec les capitaines des nations Iroquoises. Ils accoftèrent le canot amiral & firent au Gouverneur leur compliment avec de grandes marques de joie 8: de confiance, lui témoignant l'obligation qu'ils lui avaient de leur avoir épargné la peine d'aller plus loin 8: de vouloir bien recevoir leur soumission dans la rivière de Katarakoui, lieu fort propre pour dresser des cabanes, comme ils allaient le lui faire voir. Après que M. de Frontenac eut répondu à leurs civilités, ils se mirent devant lui pour servir de guides, 8: le conduisirent, par l'embouchure de cette rivière, à une portée de canon de l'entrée, dans une anse, qui formait un bassin des plus beaux 8c des plus agréables.
Ravi de trouver un lieu si propre à son dessein, M. de Frontenac descendit aussitôt à terre, 8: toute la petite armée s'empressa de dresser des tentes pour se loger. Le lendemain i3, à la pointe du jour, on battit aux champs, 8: sur les sept heures tout le monde fut sous les armes. Les troupes, rangées sur deux files, s'étendaient jusqu'aux cabanes des sauvages 8: entouraient la tente du Gouverneur, devant laquelle on avait étendu de grandes