‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 284 sur 326 · LES CHEFS IROQUOIS HARANGUENT M. DB IRONTENAC · texte numérisé non relu

LES CHEFS IROQUOIS HARANGUENT M. DB IRONTENAC

voiles pour y faire asseoir les Iroquois. Ces sauvages, au nombre de plus de soixante des plus anciens & des plus considérables de leurs nations^, passèrent au travers des deux files & parurent fort surpris de cet appareil, surtout de voir les gardes du Gouverneur revêtus de leurs casaques, ce qui était encore nouveau pour eux. Après s'être assis & avoir petuné quelque temps, suivant leur usage, Tun d'eux, le célèbre Garacontié, dont nous avons parlé tant de fois, harangua M. de Frontenac, au nom de toutes les nations, témoignant la joie qu'elles avaient éprouvée en apprenant par M. La Salle le dessein qu'il avait eu de venir les visiter, dans Tespérance qu'il voudrait toujours maintenir la paix avec eux & les protéger contre leurs ennemis, en les traitant comme un père doit traiter ses enfants. 11 l'assura qu'ils venaient lui proteffer, comme ses véritables enfants, de l'entière soumission qu'ils auraient toujours pour ses ordres; qu'il parlait au nom de cinq nations Iroquoises, qui toutes n'avaient qu'un même esprit & une même pensée; & que, pour lui en donner un témoignage inconteflable, les capitaines de chacune allaient lui confirmer de leur propre bouche ce qu'il venait de lui dire en leurs noms. En effet, chaque capitaine le complimenta en particulier, lui donna les mêmes assurances, & lui fit présent d'un collier de porcelaine à la fin de son compliment.

HARANGuii DE M. DE Pour s'accommodcr aux usages de ces barbares,

FRONTENAC AUX sAu- ^ ^g Frontcnac fit allumer un feu près du lieu où ils étaient assis, & leur répondit en ces termes : « Mes en- « fants, les Onnontagués, les Agniers, les Onneiouts, les (( Goiogouens & les Sonnontouans, j'ai fait allumer ce feu (1 pour vous voir petuner 8c pour vous parler. Oh! que « c'elf bien fait, mes enfants, d'avoir suivi les commande- « ments de votre père, en venant ici! Prenez donc cou- « rage '. vous y entendrez sa parole qui efi toute pleine « de douceur 8: de paix, une parole qui remplira de joie « toutes vos cabanes & les rendra heureuses. Car ne pen~

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ÉTABLISSEMENT DU FORT KATARAKOUI. lÔyS. 467

« sez pas que la guerre soit le sujet de mon voyage; mon « esprit eft tout rempli de paix, & elle marche avec moi. « Je sais qu'il y a eu des esprits assez mal faits pour avoir « voulu vous persuader du contraire, & que je n'étais venu « en ces cantons que pour manger vos villages . Mais ce sont « des brouillons qui voudraient rompre la paix & Tunion « entre nous. Soyez donc convaincus que je n'ai eu d'autre H dessein que de venir vous voir, puisqu'il était bien jufte « qu'un père connût ses enfants & que les enfants con- « nussentleur père. Il ne me refte qu'un déplaisir: c'eft de « ne pouvoir parler votre langue ; mais, afin que vous soyez « pleinement inftruits de mes sentiments, j'ai choisi le « sieur Le Moyne, à qui je vais donner par écrit ce que « je viens de vous dire pour qu'il vous l'explique mot à « mot, & que vous ne perdiez pas une seule de mes pa- « rôles. Écoutez-le donc attentivement. » M. de Frontenac, ayant cessé de parler, remit à M. Le Moyne de Longueuil l'écrit qu'il tenait à la main, & fit faire quelques présents aux sauvages.

Pendant ce temps, le sieur Raudin était occupé à tra- m. de frontenac fait cer la place du Fort dans le lieu que M. de Frontenac IZTTHJZ avait déjà choisi, conformément au plan qu'ils en avaient les iroquois a emarrêté l'un & l'autre. Immédiatement après le dîner, on ordonna à une partie des hommes de creuser la tranchée delfinée à recevoir les pieux, & à tous les autres d'abattre des arbres, d'équarrir les bois & d'apporter les pieux. L'activité de tous ces travailleurs & la quantité considérable d'arbres qu'ils abattirent étaient pour les sauvages un grand sujet d'étonnemcnt, non moins que la promptitude avec laquelle ils voyaient s'avancer en même temps tous ces divers ouvrages. Le i6 juillet, sur le soir, M. de Frontenac fit avertir les capitaines des cinq nations qu'il leur donnerait audience le lendemain, vers huit heures du matin. Ce jour-là toutes choses étant préparées, on les reçut de la même manière que la première fois; & il leur proposa tout ce qu'il désirait d'eux, en accompagnant son

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