‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 315 sur 326 · M. DE FENELON PRO- TESTE DE PAROLES · texte numérisé non relu

M. DE FENELON PRO- TESTE DE PAROLES

M. de Fénelon, se levant alors, demanda si cet ordre lui était donné par le Conseil, & M. de Frontenac ayant répondu que le Conseil parlait par sa bouche quand il le présidait, l'autre répliqua que le Gouverneur, qui se portait pour sa partie adverse, ne devait donc point s'y trouver comme juge; qu'il ne prétendait pas déroger à ses droits naturels, & demandait que M. de Frontenac se retirât de l'assemblée. Le Conseil ordonna néanmoins que le jeudi suivant, il serait contraint, par la saisie de son temporel, de répondre dans l'attitude déjà prescrite; qu'alors il pourrait produire ses moyens de récusation coptre M. de Frontenac; & qu'en punition de ses irrévérences, il demeurerait en prison, sous la garde d'un huis- (i)Regifiredes ju- sier, dans la maison de la Brasserie (i). Le jour indiqué, gements du Conseil. 28 août, il rcparut au Couscil, 8»: y présenta cette fois sa Vw 194"^ ' ^^' "*' protefiation par écrit. Il y disait que sil avait paru le mardi précédent, c'était pour proteller contre l'incompétence de ses juges, comme il l'avait déjà fait plusieurs fois. Mais qu'un incident, auquel le Conseil s'était arrêté, ne lui

DE FÉNELON PRISONNIER A QUÉBEC. 1674. Siy

ayant pas permis de faire alors ses proteftations, il les faisait dans ce moment, en déclarant qu'il ne pouvait ni ne devait répondre au Conseil, jusqu'à ce qu'il eût été jugé par son Évéque, 6c que TÉvêque l'y eût renvoyé, si le cas le demandait. « Je déclare donc, ajouta-t-il, que je recon- « nais pour mon juge en cette affaire non le Conseil, mais « mon Évêque, & que tout ce que le Conseil a fait ou « pourra faire efl: nul, jusqu'à ce qu'il soit mon juge. « Alors je répondrai dans Tattitude qu'il demande, si j'en « dois prendre une autre que celle que j'ai gardée; & alors « aussi je dirai les raisons pour lesquelles j'ai allégué que « M, de Frontenac eft ma partie adverse. »

Il paraît que pour protefter de toute manière, M. de Fénelon, quoique condamné à demeurer dans la maison de la Brasserie, n'avait pas gardé son arrêt; ce qui fut cause que le 23 août, le Conseil ordonna à l'huissier commis à sa garde de refter sans cesse auprès de lui, & défendit à M. de Fénelon de sortir de sa prison, jusqu'à ce qu'il en eût été ordonné autrement, ne lui permettant de la quitter que pour aller célébrer la Sainte Messe, seulement les jours de dimanches & de fêtes, en telle église qu'il lui plairait. Toutes ces ordonnances sont signées par M. de Frontenac seul. Quoique M. de Fénelon persiflât toujours dans ses proteftations, néanmoins au bout de huit jours, le Conseil déclara qu'il était libre de sortir de la Brasserie & défendit en même temps à M. de Bernière de s'ingérer dans cette affaire & dans d'autres semblables causes qui pourraient survenir. Si ce grand vicaire eût voulu pousser les choses à la rigueur, en usant toutefois de moyens légitimes, il aurait pu, à l'occasion de l'emprisonnement de M. de Fénelon, mettre la ville de Québec en interdit, comme l'avaient ordonné divers Conciles (*) , mais pour le bien de la paix, Tau-

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