AVEC LE MARQ.UIS DE SEIGNELAY
tion. Dans cet ordre du Souverain, M. de Bretonvilliers crut voir un signe manifefte de la volonté de Dieu; il visita Madame d'Allègre, qui agréa le mariage, & qui, sur la prière qu'il lui en fit, lui donna même par écrit son consentement. Il se rendit ensuite dans une communauté du 'faubourg Saint-Antoine, où demeurait alors la jeune marquise ; & elle lui répondit qu'elle n'aurait là-dessus d'autre volonté que celle de sa mère. Il la pria donc d'exprimer aussi par écrit son sentiment; & cette manière de procéder, dès qu'elle eut été connue, fut elfimée très-sage. M. de Bretonvilliers s'empressa d'envoyer l'une & l'autre au Roi, qui, pour avoir encore une plus grande assurance du libre & plein consentement de la mère & de la fille, désira qu'il allât lui rendre compte lui-même & de vive voix (i) Archives du se- ^e sa négociation; et comme il n'ignorait pas que cetEccléminaire de Saint-Sui- sialfiquc vivait trop retiré du monde pour se rendre à la
pice. \ ie de M. de /^ i ^ •» i * ' • '^ j o i •
Bretonvilliers par ^o^r saus uu Ordre cxprcs, il lui ecHVit de nouveau, & lui Grandet, ibid., par Ordonna d'aller le trouver à Saint-Germain, où il l'entre- M.^Baudran, in-.8, ^-^^ pendant plus de dcux heures (i).
SUR UN MÉMOIRE DE Vers Ic temps où ce mariage fut célébré, M. d'Urfé
d'urfé, le roi arriva heureusement en France. Colbert, qui s'efiimait beaucoup honoré de son alliance, & qui d'ailleurs prenait un si vif intérêt au Canada, l'accueillit à son arrivée comme un parent qui lui était doublement cher; &, ayant appris le sujet de son voyage, il le pria de lui donner un mémoire de toute la conduite de M. de Frontenac à son égard. Après avoir examiné lui-même ce mémoire, Colbert le communiqua au Roi, & le 22 avril 1675, ce monarque le suivit dans tous ses détails, en donnant à M. de Frontenac une série d'avis qui devaient lui servir à l'avenir de règle de conduite. « J'ai vu avec attention, lui écrivait-il, « tout ce qui eft contenu dans vos dépêches des 16 février « & 14 novembre derniers; & pour vous expliquer mes K intentions sur tout ce qu'elles contiennent, je vous dirai « que, dans une colonie faible, comme ell celle où vous « êtes, votre principale & presque unique application doit
donne des avis a
M. de FRONTENAC.
AVIS DU ROI A M. DE KRONTENAC. \6jD. D2g
« être de maintenir 8c conserver tous les habitants qui y
« sont, & d"y en appeler de nouveaux. Vous ne devez
« donc user qu'avec beaucoup de tempérament & de dou-
« ceur du pouvoir que je vous donne, plus particulière-
u ment à légard des Ecclésiatliques, qu'il efl: de votre devoir
X de maintenir dans toutes leurs fondions en paix & con-
« corde, sans leur donner aucun trouble : étant assuré,
« comme je le suis, qu'ils ne manqueront jamais à Tobéis-
« sance qu'ils me doivent, ni à inspirer à mes peuples les
« mêmes sentiments (l). (0 Archives do la
u Quoique je n'ajoute point foi à tout ce qui m'a été marine. Rc^irtrc des
,. , , . ... , dépêches, 1674-1675,
« dit de plusieurs petits troubles que vous donnez aux f^, ,, ^^^^ « Ecclésiaftiques, j'eflime toutefois nécessaire pour le bien « de mon service de vous en avertir, afin que vous vous « en corrigiez, s'ils sont véritables. Mais ce que je vous « ordonne présentement eft de ne faire connaître à per- '< sonne que je vous en aie écrit; & que, quand même « l'Evéque ou les Ecclésialliques en parleraient, vous n'en « conserviez contre eux aucun ressentiment; 8: cela eft tf d'une telle conséquence, qu'il serait impossible que mon « service n'en reçût un préjudice fort considérable, si « vous en usiez autrement. On dit donc ici : que vous ne « vouliez pas permettre que les Ecclésiafliques pussent « vaquer à leurs Missions & à leurs autres fonctions, ni « sortir des lieux de leur demeure sans passe-port, même « pour aller de Montréal à Québec ; que vous les faisiez « venir souvent pour des causes très-légères; que vous « interceptiez leurs lettres, & ne leur laissiez point la liberté « d'écrire ; que vous n'aviez pas voulu laisser repasser en « France un valet de M. l'abbé d'Urfé, avec son maître; « ni permettre que le grand vicaire de l'évèque de Pétrée « prît sa place au Conseil souverain, suivant le règlement « du mois d'avril 1673. Si une partie de ces choses, ou le « tout eft véritable, vous devez vous en corriger; & pour « cela faire exécuter le règlement du Conseil, tant à l'égard « de l'Évéque que de son grand vicaire ; laisser à tous les (' Ecclésiafliques la liberté d'aller & venir par tout le Ca- TOME m. 34
m'' PARTIE. LOUIS XIV.
d) Archives de la marine. Rcgiftre des dépêches, 1674-1675, fol. 12, i3.