GUERRE. HOSTILITÉS
IHôtel-Dieu, n'étaient pas plus en sûreté que les autres citoyens. Depuis rétablissement des maisons de Saint- Gabriel ^ de Sainte-Marie, & la conftrudion de diverses redoutes qu'on était obligé de garder nuit & jour, elles n'avaient à l'Hôtel-Dieu, sauf les cas extraordinaires, qu'un seul homme, incapable d'ailleurs d'en venir aux mains avec l'ennemi. Mademoiselle Mance, leur plus proche voisine, dont la maison était contiguë à la leur, était dans limpuissance de les secourir, n'ayant avec elle que des filles & un seul homme, son cuisinier, qui était un vieillard; en sorte que, si les Iroquois ne se portèrent à aucun excès, à l'égard des Hospitalières, ce fut par une assistance manifefte de Dieu, qui veillait à leur conservation. Il eft certain que, de leur part, ils firent diverses tentatives pour s'emparer d'elles. Quelques-uns de ces barbares passèrent plusieurs fois la nuit dans la cour de l'Hôtel- Dieu, cachés dans de grandes herbes appelées moutardes, pour saisir celles qui viendraient à sortir. Ils couchèrent aussi dans la cour & près des croisées de mademoiselle Mance, ainsi que dans celle des Sœurs de la Congrégation; & quoique les Hospitalières surtout eussent de fréquentes occasions d'aller la nuit dans leur cour pour le service des malades, la Providence ne permit jamais qu'elles se trouvassent dans ce besoin quand des sauvages y étaient cachés. Il eût été d'ailleurs très-facile à ces barbares d'incendier l'Hôtel-Dieu, dont les bâtiments n'étaient alors que de bois. « Mais Dieu, dit la Sœur Morin, leur « ôtait la connaissance du mal qu'ils auraient pu nous « faire ; très-assurément sa providence nous gardait et sa « puissance nous défendait (i). »
Cette année 1662, dans la nuit du 23 au 24 juin, la mort tragique & cruelle de l'un des colons dut faire comprendre à tous les autres l'importance et la sagesse des mesures de précaution prescrites par M. de Maisonneuve. Michel Louvart, dit Desjardins, ayant voulu sortir de sa maison pendant cette nuit, fut assassiné sur le seuil de sa
DIUU ET A (ilîtGATION.
(i) Annales del'Hôlel-Dieu deVillemarie, par la Sœur Morin.
COLON ASSASSINÉ LA NI rr SUR LE SEUIL DE SA PORTE. AUTRES PERTES.
porte. On conjedura d'abord que des sauvages de la nation des Loups, alors en assez grand nombre à Villemarie, avaient pu être seuls les auteurs de ce meurtre, quoiqu'ils (i) Reg. mortuaire ne fussent pas en guerre avec les Français (i): & le jour
de Villemaric, 24 juin ^ .,,..'..'
jCiC-,. même on connut avec certitude qu il avait ete commis par
(2) Greffe de Ville- quclqucs-uns de CCS sauvagcs tombés en ivresse (2). Peu marie, ordonnance de apj-ès commc Ics daugcrs étaient toujours renaissants,
M. de Maisonneuve, ^ -^ ^ > '
du 24 juin 1662. M. Du Puis, alors commandant à Villemarie, en Tabsence de M. de Maisonneuve, qui était descendu à Québec, crut être obligé de rendre un arrêt des plus sévères. Après avoir réitéré Tordonnance faite précédemment de ne tirer aucune arme à feu sans besoin dès que la nuit serait venue, il défendit pareillement d'aller sans lumière après que la retraite serait sonnée, donnant même permission à tous de tirer sur ceux qui contreviendraient à cette ordon-
(3) ibid. ordon- nauce (3). Outre ces dangers no6f urnes, on avait encore à "o"sc t'^ fr.'ôf "" ^"'^' repousser Fennemi pendant le jour, tantôt dun côté, tantôt de l'autre; & quelque courage que déployassent les colons pour se porter mutuellement secours, plusieurs ne laissèrent pas d'être blessés & d'autres tués dans ces rencontres. Trois jours seulement après l'assassinat de Desjardins, deux autres colons périrent par les mains des Iroquois, dans une action dont nous ignorons les circonftances : Guillaume Pinçon, natif de Rouen, âgé d'environ
(4) Reg. mortuaire quarante ans, & Jean Hafté, né à Paris, paroisse Saint-
dc villemaric, s G juin -» y. i j y-^i » ^ i • • / \
j6r,2. JNicolas des Champs, âge de vingt-cinq ans (4).
i.A toEiRMORiN ENTRE Cc fut ccttc auuée 1662, et dans ces circonflances
alarmantes, que la Sœur Marie Morin quitta Québec, son pays natal, pour entrer dans la communauté des Sœurs de Saint-Joseph à Villemaric, dans l'intention d'y souffrir le martyre, auquel on était plus exposé alors dans ce lieu que partout ailleurs. Comme elle avait une grande facilité pour l'étude 8: beaucoup de mémoire, et qu'elle n'était âgée que de seize ans, elle apprit en très-peu de temps les langues des sauvages, & se mit à catéchiser avec beaucoup de zèle ceux qui venaient à l' Hôtel-Dieu. Elle rendit