LEGS RELIGIEUX
combat. Il serait difficile de représenter la vive allégresse que tirent éclater les colons de Villemarie au retour de leur concitoven, surtout lorsqu'ils lui entendirent raconter les circonrtances de sa délivrance^ bien propre à ranimer dans tous les cœurs la confiance en Marie. « Il n'a pas été « méconnaissant de ce bienfait^, ajoute le P. Lalemant, ne « pouvant entendre parler de la Sainte Vierge sans fondre « en larmes, et publiant sans cesse les merveilles qu'elle « a opérées pour sa délivrance ; car il devait périr dans « cette attaque, par la grêle de balles qui sitîlaient à ses « oreilles, 8c qui jetaient par terre tous ceux qui étaient
j 1 • / N (i)Reiationde i663.
« autour de lui (i). » p. i3, h, «s, .g.
Nous dirons ici, pour faire connaître les mœurs de legs en faveur de ces heureux temps, que ces pieux colons n'ayant d'autre ^ église paroissiale. ambition sur la terre que de s'assurer la possession du Ciel, ceux qui n'avaient point d'enfants laissaient ordinairement leurs biens à Dieu, en les léguant par teftament à l'Eglise de leur paroisse, à laquelle tous se montraient très-attachés. Au commencement de février de l'année i658, Gilles Trottier, interprète de 'Villemarie, qui mourut à l'âge d'environ trente ans, laissa à l'ÉgUse de ce lieu, par teflament, tout ce qu'il avait de biens en Canada (2). (2)Reg. mortuaire L'année suivante, Pierre Lefebvre laissa pareillement son "J^^ Vi'iemane, 8 tev. bien à TÉglise (3). Jean Tavernier, l'un des braves qui çi) /i,id.,i" f<-vr\cr donnèrent leur vie avec tant de résolution et d'héroïsme '^^9dans l'immortelle action du Long-Saut, laissa également ses biens à lÉglise paroissiale (4) . L'un des colons dont (4) Greffe de viiicnous avons parlé, Pierre Cauvin, dit le Grand Pierre, de "J^rk. ordonnance de
^ ^ ' ' M. de Maisonneuvc,
la basse Normandie, pris par les Iroquois d'Onnontagué, lonov. 1CG2. avait déclaré à plusieurs de ses concitoyens, égalemen captifs dans ce pays, que, s'il venait à être mis à mort ou condamné à un esclavage perpétuel, il donnait son bien à l'Église de "Villemarie. Cauvin périt, en effet, par le supplice du feu; & comme il n'avait pu faire de teflament avant sa mort, plusieurs de ses compagnons de captivité, ramenés ensuite, s'empressèrent de faire connaître ses
pieuses dispositions (*). Outre des biens-fonds^ on léguait aussi, ou même on offrait volontairement des biens mobiliers, qui consiflaient le plus souvent en marchandises les plus nécessaires alors. Ainsi, dans Tinventaire des objets remis par Jean Gervaise à Pierre Gadois, du 9 décembre 1661, appartenant à TÉglise, il eft fait mention de haches, de tranchets, de fers de flèche, de couteaux, de poinçons, de fers de harpons, comme aussi de toile, de bas, de bonnets, de chemises, de braies, de capots bleus ou rouges, (i)Greffc de Ville- enfin de poudre, de fusils (i), & tous ces objets mobiliers, marie Inventaire des q^i gg montaient à la somme de deux mille deux cent
marchandises de l'E- . . . , , .
giise, 9 déc. 16G1. Cinquante livres, provenaient de dons pieux, ou avaient été laissés par teftament (**).
(*) Le 12 o6\obre 1661, Tècle Cornélius, Irlandais, déclara,
qu'étant prisonnier à Onnontagué avec plusieurs autres, Pierre Cau-
vin lui avait témoigné qu'en cas de mort il donnait son bien à
l'Église. Marin Jannot, dit Lachapelle, conduit aussi dans le même
village, au printemps de 1661, assura avoir appris de la bouche
d'Urbain Tessier, dit Lavigne, que telle était l'intention de Cauvin;
ce qui fut confirmé encore par Michel Paroissien, natif de Saumur
en Anjou, paroisse Saint-Pierre, également pris par des Iroquois,
(2) Regiftre de la & û qui Lavigne avait fait la même déclaration (2).
paroisse de Villema- (■") Ainsi Louis Fontaine, en donnant ses biens immeublesà son
rie., délibe'ration de la fiUgui^ inftitue la fabrique de Villemarie pour héritière de ses meu-
fabriquc, 11 octobre bles (3). Cette même année 1 663, Jacques Boivin,qui n'avait pas non
'(\)'c (T \ v •{ P^^^ d'enfant, donna la moitié de ses biens, par teftament, à l'église
marie Aéle de Bass"t P'^roissiale (4). Enfin d'autres lui donnaient de petites rentes : Jac-
7 sept! 1^63 Donation l^^'S Millot, dit Lavallée,&. Jeanne Hébert, sa femme, lui assurèrent,
à la fabriquede Ville- Ic 16 août de cette année, trente-deux livres dix sous de rente pcrpé-
maric. tuelle, & deux ans après, François Bailly, dit Lafieur, lui légua une
(4) IbiJ. Donation rente de onze livres deux sous (5). du 14 dJc. iC)b3.
(5) Rcg. de la paroisse de Villemarie, dclib(;rat. de la fab., ïG août iGi'i}, 1 1 sept.
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