‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 51 sur 326 · LIQUEURS FORTES AUX SAUVAGES. TREMBLEMENT · texte numérisé non relu

LIQUEURS FORTES AUX SAUVAGES. TREMBLEMENT

DE TERRE. DE 1662 A l663.

L'année 1662 éclatèrent en Canada de grands démé- sauvages passionnas lés touchant la vente des boissons fortes aux sauvaaes. Ce ^°"^ "^ liqieurs

o enivrantes.

n'ell pas que ce désordre commençât dès lors à s'introduire dans la colonie : il la désolait depuis longtemps ; mais, cette année, il occasionna une rupture ouverte entre M. d'Avaugour, d'une part, 8: M. de Laval & le clergé de Tautre; & ceû ce qui nous a fait différer d'en parler jusqu'ici. Dès que les Européens fréquentèrent le Canada, ils jugèrent que ces liqueurs, Teau-de-vie surtout, leur devenaient plus nécessaires dans ce pays que partout ailleurs, à cause de la rigueur excessive du froid, qui y règne six mois de Tannée; & les sauvages, à qui ces liqueurs étaient alors inconnues, en eurent d'abord du dégoût 8c même de Thorreur (i). Plusieurs en ayant cepen- {'OReiatioi^d.- iô-j, dant goûté, & ayant éprouvé les effets ordinaires de ces ^' "' boissons sur les personnes qui n'y sont point accoutumées, les recherchèrent bientôt avec passion, non pour le plaisir qu'ils auraient pu y prendre, mais, ce qui eft assez étrange, pour tomber par là dans l'ivresse (2), désordre (2}Rc:aticndeiG4i qu'ils ne connaissaient pas avant l'introduction de ces '^"*"^' liqueurs. Quoique très-vindicatifs de leur naturel, les sauvages avaient soin de cacher leur rancune; jusque-là que, parmi eux, un individu se serait déshonoré dans l'eftime de ceux de sa nation, s'il s'était vengé de ses ennemis. \"oyant donc que, par les boissons fortes, ils perdaient la raison, & que, dans cet état, ils n'étaient plus maîtres d'euxmêmes, ils se mirent à les rechercher pour se venger sans

déshonneur : eftimant que, quand ils avaient frappé ou tué quelqu'un dans leur ivresse, c'était la boisson, & -non pas eux, qui avait fait le coup; & si des Européens le leur reprochaient, ils leur répondaient qu'ils en étaient euxmêmes la cause. Les Anglais, durant leur séjour à Québec, ayant vendu des liqueurs fortes à des sauvages, dont Tun, dans son ivresse, fit cruellement massacrer un Iroquois en i632, le miniffre lui en fit des reproches, & ce sauvage lui répartit: « C'eft toi & les tiens qui Tavez tué; « car si tu ne nous donnais point d'eau-de-vie, ni de vin, « nous ne ferions point des aéfions semblables. » Le P. Paul le Jeune, qui se trouvait alors à Québec, rapporte que les sauvages, après s'être battus & blessés les uns les autres, étaient entre eux aussi grands amis qu'auparavant, dès qu'ils avaient cuvé leur vin, se disant l'un & l'autre : « Ce n'eft pas moi qui t"ai blessé, mais la boisson qui (gReiationdei632, « s'cfl servic de mon bras (i); » & que c'était pour se

P ?' '°- venger qu'ils recherchaient avec passion les liqueurs fortes.

« 11 e{\ très-certain, disait pareillement M. Boucher, que « les sauvages ne boivent point par délicatesse, ni par « nécessité, mais toujours pour quelque mauvais des- « sein. Aussi n'avait-on jamais vu, ni entendu parler, « parmi eux, des excès auxquels ils se sont portés depuis (2) Hiitoire vérita- « qu'ou Icur a douné de ces sortes de liqueurs (2). » Enfin

bie & naturelle de la qq^^q passion dcviut chcz cux si effrénée & si tyrannique,

Nouvelle-r rance, par . ... ...

M. Boucher, p. 9!^, quc plusicurs réduisaicut leurs familles à la mendicité, & 94. 95. d'autres vendaient jusqu'à leurs propres enfants pour se

(3) Relationde iG()3, j r c é. /o\

1^ ' procurer des liqueurs lortes (3).

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