I.IQUia'RS FORTES
« par le Gouverneur pour le bien public (i)? » Pourtant, (0 ibi.i., i.ii. ()3. si M. d'Ari;enson ne condamnait pas ce commerce, nous n'oserions assurer qu'il Tait approuvé ouvertement^ puisque la Mère Marie de Tlncarnation a donné de si grands éloges à ce Gouverneur, après même qu'il eût c[uitté la Nouvel le -France.
A la faveur de cette connivence, le mal fit de jour en désordres des sauvajour de nouveaux progrès; &, en Tannée 1662, il avait gagné toutes les contrées que les Français connaissaient alors, c'eft-à-dire depuis Gaspé jusqu'au pays des Iroquois (2). Il était même commun à tous les membres des (^) Relation de iG63, familles sauvages qui pouvaient se procurer de ces sortes ^' '^' de liqueurs, aux femmes aussi bien qu'aux hommes, aux jeunes garçons & même aux filles : chacun étant maître dans sa cabane quand il s'agissait de boire ou de manger. Comme ils n'étaient point accoutumés à ces sortes de liqueurs, ils tombaient tout aussitôt en ivresse & devenaient comme furieux. L'on en voyait courir nus par Québec, la nuit & en plein jour, avec des épées ou d'autres armes à la main, faisant fuir tout le monde, sans que personne pût les arrêter; ce qui donnait lieu à des meurtres & à des brutalités monftrueuses & inouïes. Les filles sauvages qui fréquentaient les classes externes des Ursulines, n'étaient pas exemptes de la contagion : « Nous « leur avons fait voir, dit Marie de l'Incarnation, le mal « où elles se précipitaient en suivant l'exemple de leurs « parents, & depuis elles n'ont pas remis le pied chez nous. « Tel efl le naturel des sauvages; ils font tout ce qu'ils « voient faire à ceux de leur nation en matière de mœurs, « à moins qu'ils ne soient bien affermis dans la morale « chrétienne (3). » » Je ne veux pas décrire les malheurs (3)Mariederincar- « que ces désordres ont causés, ajoutait le P. Lalemant; "où""r,r,rp 37 i « mon encre n'eff pas assez noire pour les dépeindre de « leur couleur véritable, & il faudrait du fiel de dragon « pour exprimer ici les amertumes que nous en avons
^ . ^ . , ^ (4) Relation de i6o3,
« ressenties (4;. » p ^
DE LAVAL DEFENDENT 1 A VENTE DES UOl' SONS.
M. d'avaugour et m. Personne n'en éprouva de plus cuisantes, ni de plus
'^ mortelles que celles dont fut abreuvé M. de Laval. Il fit tout ce qu'il put imaginer pour détourner les Français de ce malheureux commerce, qui mettait un obflacle insurmontable à la conversion des sauvages païens, éc replongeait les nouveaux chrétiens dans tous leurs anciens désordres ; & il avait la douleur de voir qu'on méprisait ses remontrances, sous le prétexte que la vente des boissons était permise partout. 11 avait beau leur représenter qu'elle ne devait pas l'être parmi des peuples non encore policés, puisque l'expérience montrait que ces boissons empêchaient la propagation de l'Évangile & ruinaient les bonnes mœurs dans les noLiveaux chrétiens : ses représentations furent inutiles, ou du moins n'arrêtèrent pas les partisans du commerce des boissons. Pour les intimider & les réduire à la raison, M. d'Avaugour , témoin du spedacle hideux de ces désordres, joignit son autorité à celle de l'Évéque, &, sans s'arrêter à la ligne de conduite qu'avait tenue son prédécesseur, défendit à tous les Français de vendre ou de donner de l'eau-de-vie ou (i) Greffe de Ville- d'autrcs liqucurs fortes aux sauvages (i), en décernant
marie, ordonnance de j^^ peincs très-sévèrcs coutre ccux qui enfreindraient son
M. de Maisonncuve, ^ ...
du 24juin iôô>. ordonnance sur un point si capital. Il semblait que les efforts réunis des deux puissances, agissant ainsi de concert, allaient arrêter le torrent; mais on eût dit qu'elles ne s'étaient réunies de la sorte que pour en augmenter ensuite la violence par le désiflement volontaire de f une, sans le secours de laquelle l'autre n'eut plus de résiifance à y opposer.
M. d'avaugour permet m. de Laval avait lancé Texcommunication générale
DE vendre des li- coutre les traiteurs d'eau-de-vie aux sauvages, en excep-
QUEURS fortes aux ^ ^ . • 1 1 ^ 11
SAUVAGES. ^^"^ néanmoins de sa censure quelques personnes de la
modération desquelles il se tenait assuré. Une femme de Québec, leur en ayant vendu une bouteille, fut sur-lechamp conduite en prison. Le P. Lalemant, par charité pour elle, voulut intercéder auprès du (Jouverneur; 8:
LIQUEURS FORTES. 1662. 3l
celui-ci, par une résolution bicMi contraire à son ordonnance, lui répondit brusquement que, puisque la traite de l'eau-de-vie n'était pas une faute punissable pour cette femme, elle ne le serait pour personne à Tavenir, & que tous en profiteraient également. Le peuple eut bientôt appris que le Gouverneur laissait la traite libre à chacun, & le désordre devint extrême; ce qui poria M. de Laval à renouveler l'excommunication contre les traiteurs. Alors on commença à invediver de nouveau, on cria de toutes parts que les consciences étaient gênées, & on n'écouta plus ni évêque, ni prédicateurs, ni confesseurs : le commerce de Teau-de-vie étant ouvertement toléré par le Gouverneur général, qui seul pouvait le réprimer efficacement. Le désordre s'étendit même si loin, que plusieurs chefs de sauvages, après avoir mis tout en usage pour en arrêter le cours, allèrent enfin trouver M. d'Avaugour, le suppliant de garder lui-même ses propres ordonnances & d'interposer son autorité contre ce furieux débordement ; mais ils ne gagnèrent rien sur son esprit. Un capitaine Algonquin alla s'en plaindre aux Religieuses Ursulines. « M. le Gouverneur nous tue, leur dit-il, en permettant « qu'on nous donne des boissons; » & comme ces Religieuses lui représentaient qu'il devait aller lui porter ses plaintes à lui-même : « Je lui ai parlé déjà deux fois, « repartit-il, & cependant il n'en fait rien. » Par ménagement pour M. d'Avaugour, la Mère Marie de l'Incarnation, qui nous a donné ces détails, a évité de le nommer dans celles de ses lettres où elle rappelle ces trifies démêlés; mais elle le désigne équivalemment dans ces paroles: « Les Français ont méprisé les remontrances de notre « Prélat, parce qu'ils sont maintenus par une puissance (o Lettres de Marie « séculière qui a la main forte (i). » de rincamat., p. 57.,
vm.
Dans les dispositions où était le Gouverneur général, »■ de ha.sonneuve
la position de M. de Maisonneuve à Villemarie était deve- """"'"''^ ""'*"'" '*