‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 56 sur 326 · PERMISSION DONNEE · texte numérisé non relu

PERMISSION DONNEE

nue extrêmement dirhcile & embarrassante. Jusqu'alors il i-ar m. d'avaugoir. avait défendu aux colons la traite des boissons aux sau-

ORDONNANCE DE M. DE MAISONNEi;VE CONTRE LA V ENTE DES nOlS- £ONS AUX SALVAGI S.

vages^ & il n'était pas homme à prendre une autre ligne de conduite par complaisance pour M. d'Avaugour. Il n'ignorait pas cependant qu'en interdisant à Villemarie ce que Tautre autorisait à Québec, il attirerait sur soi sa colère, & provoquerait un conflit d'autorité qui ne pourrait tourner qu'au désavantage de la sienne, si ceux qu'il condamnerait pour avoir fait cette traite, appelaient de ses sentences au jugement du Gouverneur général, comme ils en avaient le droit. Mais cette considération ne l'empêcha pas d'être toujours fidèle à son devoir, & de suivre invariablement le mouvement de sa conscience. Il jugea même qu'après ce qui venait d'avoir lieu à Québec, il devait protefter respedueusement contre la liberté de la traite, en rappelant adroitement à M. d'Avaugour ses propres ordonnances, & en s'appuyant sur ces ordonnances mêmes, aussi bien que sur celles de M. de Laval, pour la défendre de nouveau. Un accident funefte arrivé sur ces entrefaites lui en fournit naturellement Toccasion. Depuis que M. d'Avaugour avait rétradé ses défenses, quelquesuns à 'Villemarie s'étaient crus suffisamment autorisés à traiter de ces hqueurs à des sauvages Loups qui se trouvaient alors dans ce lieu; & il arriva que, dans leur ivresse, ces barbares assassinèrent, dans la nuit du 23 au 24 juin 1662, le sieur Michel Louvard, dit Desjardins, sur le seuil même de sa porte, comme il a été raconté déjà.

A l'occasion de ce meurtre, M. de Maisonneuve défendit donc, ce jour même, à tous les colons, de vendre aux sauvages aucune liqueur enivrante, en attendant que M. d'Avaugour et M. de Laval eussent fait un règlement sur cette matière. Il donna pour motif de sa défense, non des raisons de conscience, qu'il aurait pu alléguer, mais la nécessité urgente où il était de .veiller à la conservation de la Colonie, menacée d'un massacre général de la part des sauvages, si on leur vendait de ces sortes de liqueurs. L'ordonnance dont nous parlons était conçue en ces termes : « Vu l'assassinat commis, la nuit dernière, en la

M. d'avaugour i:t m. de MAISONNEUVE. 1Ô()2. 33

personne du nommé Desjardins, par des sauvages ivres, causé à Toccasion de la vente des boissons fortes, nonobllant les ordres ci-devant donnés, tant de la part de M. le baron du Bois d'Avaugour, lieutenant général de Sa Majefté, que de Mgr TÉvèque de Pétrée, Vicaire Aportolique; après avoir considéré les dangers d'un massacre général des habitants par les sauvages, en conséquence de la vente de ces sortes de boissons, massacre dont les présomptions sont violentes, eu égard aux insolences ordinaires de ces sauvages; & considérant d'ailleurs les crimes commis à ce sujet par les Français, dont nous donnerons au plus tôt avisa M. le baron d'Avaugour & à Mgr de Pétrée, afin qu'il soit établi un bon ordre au sujet de la vente des boissons, tant pour la satisfaction des habitants que pour celle des sauvages; nous, en attendant cet ordre, et en vertu du pouvoir que nous avons de Sa Majefté, avons fait 8: faisons défense à toutes sortes de personnes, de quelque qualité 8c condition quelles soient, de vendre, de donner ou de traiter aucune boisson enivrante aux sauvages, sous ( telles peines & punitions que nous jugerons à propos dïnfliger, pour procurer le service de Dieu & le bien (i)Grefte de viiic-

:< de cette habitation (l). n mane, ordonnance du

^ ^ 24 juin iob2.

Cette ordonnance, quelque sage & mesurée qu'elle m.d'avaugourseplait fût, devait irriter M, d'Avaugour, déjà fort prévenu contre M. de Maisonneuve. La grande réputation que celui-ci s'était acquise parmi les colons Français & chez toutes les nations sauvages, l'habileté & la prudence de son adminillration, sa bravoure personnelle, 8: les services qu'il avait rendus tant de fois au pays depuis près de vingt ans, n'avaient pas inspiré à M. d'Avaugour Feffime qu'il aurait dû faire d"un homme de ce mérite. Peut-être même M. de Maisonneuve lui faisait -il quelque ombrage, ce qu'on aurait pu soupçonner par la manière froide dont il avait coutume de le traiter depuis son arrivée dans le pays. Mais, après cette ordonnance, il ne garda plus de mesure.' La

Page 1