‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 57 sur 326 · TOME iir · texte numérisé non relu

TOME iir

IIU.MILIER

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déclaration que M. de Maisonneuve y avait faite, de défendre le commerce des boissons en vertu des pouvoirs qu'il tenait du Roi, avait surtout blessé M. d'Avaugour, qui, en permettant ce même commerce, semblait opposer son autorité à celle du monarque. Aussi, étant monté ensuite à Villemarie, il s'oublia un jour jusqu'à dire à M. de Maisonneuve qu'il ne pensait pas que le Roi lui eût jamais donné aucun pouvoir. Surpris de cette demande, l'autre ne crut pas, dans un défi si déplacé, devoir produire ses lettres de commission & garda le silence. De là M. d'Avaugour conclut qu'il n'en avait aucun; & quoique plusieurs personnes de mérite l'assurassent que les pouvoirs de M. de Maisonneuve étaient en bonne forme & signés du Roi, il ne voulut rien en croire ; il n'avait même aucun égard pour sa personne, & saisissait toutes les occasions de l'humilier. « M. le baron d'Avaugour, dit la Sœur Morin, que nous laisserons ici parler, lui fit de grandes peines; il ne lui donnait pas le rang qu'il devait avoir, quoique M. de Maisonneuve fût très-assidu auprès de lui lorsqu'il montait à Villemarie, & se rendît complaisant à tout ce qu'il souhaitait sans jamais le contrarier en rien. Il se contentait de lui faire remarquer les choses qu'il n'approuvait pas, & puis lui laissait faire tout ce qu'il lui plaisait. De sorte que M. d'Avaugour crut qu'il ne savait pas se défendre, ou qu'il le craignait ; & sur cela il se rendit plus hardi à le mépriser en sa présence, & même devant les colons de Villemarie. Il faisait faire dans ce lieu des publications à l'insu de M. de Maisonneuve, & même contraires aux sentiments de ce dernier bien connus des colons; ce qui n'était propre qu'à lui attirer leurs reproches & à faire perdre tout respect pour son autorité. Toutefois M. de Maisonneuve ne fit jamais aucune plainte de procédés si olfensants, & les reçut toujours avec les sentiments d'une humilité vraiment chrétienne. Cette persécution dura deux ans, pendant lesc]uels il ne perdit rien de sa belle humeur, 8c souffrit tout

M. d'aVALGOUR KT mm. DK MONTRÉAL. 1662.

(i) Ann lies Je l'Hô-

niENVEILLANT ENVERS LES PRÊTRES DE VIL- I.EMARIE ET LA COM-

(( cela comme aurait pu le faire un fervent no^■ice CO. » '^ci-DicuSamt-Joscph,

'■ ^ ^ par la Sœur Monn.

Les prêtres du Séminaire de Villemarie, qui, à m. d'avaugour peu l'exemple de TÉvêque & des Jésuites, défendaient à leurs paroissiens la traite des liqueurs fortes, furent aussi Tobjet du ressentiment de M. d'Avaugour. C'était apparemment pagnie de Montréal. pour les en punir qu'en 1662 il voulut, par le moyen du Conseil quil avait établi à Québec, lever une taxe sur les denrées qu'on leur envoyait de France & sur les autres effets nécessaires à leur entretien, en exigeant qu'ils payassent un prétendu droit de deux sous par livre. M. de Laval, choqué d'une mesure si arbitraire & si odieuse, qu'on aurait pu étendre bientôt à tout le clergé, s'en plaignit à M. d'Avaugour lui-même. En vertu des lettres du Roi données à Fontainebleau le 24 mai de l'année précédente 1661 (2), ce prélat aurait dû avoir entrée & voix (2) Archives de lardélibérative au Conseil de Québec: mais il paraît que, le ;-''"^^<;'-'^'^ "^^ Québec,

^ ^ ri;» letc. du 24 mai i6()i,

Gouverneur l'ayant composé de personnes toutes dispo- enregistrée ie27sep-

sées à entrer dans ses propres vues, TÉvêque s'abstenait '^'^"'"'^■i'^ suivant.

de p^araître aux séances. Il adressa donc au Gouverneur

une requête, le i3 du mois de juin, pour se plaindre du

tribut imposé aux prêtres de Villemarie. « Ce procédé,

(' qui n'a encore été pratiqué jusqu'à présent dans ce

« pays, disait-il, eft injufte <k contraire à tous les droits &

(' privilèges de l'Eglise ; & nous avons jugé à propos de

« vous demander la cassation des ades qui ont été don-

« nés sur ce sujet par le Conseil que vous avez établi (3). » (3) Archives de l'ar-

Nous ignorons le résultat de cette démarche ; mais tout <^'^f^f ^^^ '^^ '^]]^^^:''

"^ ^ , ' vol. A, p. 2(), i.> juin

porte à croire qu'elle dut avoir son effet, ou qu'au moins 1GÔ2. elle fut l'occasion d'un édit rendu par le Roi le 24 décembre de l'année suivante en faveur non-seulement des Ecclésiaftiques, mais de tous les colons en général. Il défendit de rien exiger, ni en argent, ni en espèces, sur les boissons & les autres denrées, sous peine de concussion 8: d'être contraint à la reftitution des sommes ou des den- 4) Archives du scrées extorquées de la sorte (a). Outre ce que nous venons "^"^^•''^ ^'^ viiicma-

j j. -7 ., . ^^^ . ^ rie, Edit. du Roi du

dédire, M. dAvaugour, ou par surprise, ou autrement, 24déc ir,(33

^i) Regiltre des insinuations du conseil souverain. Reg. A, n" I, 29 mars i663, fol. 75.

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