I.E SÉMINAIRE MET EN DÉLIBÉRATION s'iL
n'abandonnera pas
DE JIONT- REAI..
(*) Par cette donation, M. de Maisonneuve devait se trouver dépossédé de tout droit de propriété sur l'île; aussi mit-ontf ans cet afte une clause en sa faveur. « Le sieur de Maisonneuve, y eft-il dit, a l'un des associés, & qui a très-utilement servi l'œuvre, demeurera, a sa vie durant, Gouverneur & capitaine de l'île & de la maison sei- « gneuriale de Montréal, où il eft présentement établi par les associés; « néanmoins, sous le bon plaisir & les ordres de Messieurs du « Séminaire, comme propriétaires de l'île. Il aura donc son logement « dans la maison seigneuriale; &, en outre, il Jouira de la moitié de « la métairie & des revenus du moulin, sa vie durant, à la charge de « les entretenir en bon état, pendant le temps de la jouissance. Il sera « toujours considéré comme ayant été de la Compagnie, & ayant <i rendu de très-grands ser\'ices pour l'établissement de la colonie de tt Montréal. Le logement & le revenu dont on vient de parler lui tt tiendront lieu d'appointements; & néanmoins les Messieurs du « Séminaire auront droit, dès à présent, de loger dans la maison sei- « gneuriale, comme seigneurs & propriétaires du pays, en laissant <i toutefois pour le Gouverneur le logement convenable. »
Il fut itipulé, comme on le voit ici, que M. de Maisonneuve demeurerait Gouverneur sa vie durant, sous le bon plaisir & les ordres de Messieurs du Séminaire; c'était une conséquence nécessaire de la cession que la Compagnie leur faisait de tous les droits qu'elle avait elle-même reçus. Aussij en explication de cette clause, déclara-t-elle, le même jour 9 mars : « Que le Séminaire pourrait changer le Gou- « verneur pour de julles raisons, » quoiqu^il n'y eût aucune apparence que jamais il fût queftion d'ôter le gouvernement de l'île à un homme si capabJe & si digne de l'exercer. C'efl: pourquoi M. de / ^ ,\ . u- Bretonvilliers, comme représentant les nouveaux seigneurs, en sa j^^^j-inc lettre d-'^.M qualité de Supérieurdu Séminaire, envoya-t-il à M. de Maisonneuve jalon 'à Colberi 10 des lettres pour le confirmer dans la charge de Gouverneur (2). nov. 1670.
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quelque zèle qu'il eût fait paraître jusqu'alors pour en procurer le succès. Cette œuvre devait occasionner de grandes dépenses, & il semblait que le Séminaire ne pût y suffire sans le concours de M. de Queylus, toujours exilé du Canada. D'ailleurs, M. Olier l'ayant choisi pour Supérieur de l'établissement des Ecclésiaftiques de 'Villemarie, on jugeait que sa présence était nécessaire dans ce pays. On tenta donc toutes sortes de moyens pour qu'il pût y retourner & y reprendre l'exercice de ses fonctions. Comme les difficultés venaient uniquement de M. de Laval, qui se trouvait alors à Paris, l'Évéque d'Angoulême lui fit les plus vives inftances, mais inutilement. M. de Bretonvilliers alla aussi le trouver pour le fléchir : tout fut inutile; non-seulement M. de Laval ne voulut point consentir au retour de M. de Queylus au Canada cette année i663, il refusa même de donner aucune espérance pour les années suivantes. Là-dessus, les prêtres du Séminaire crurent devoir examiner entre eux si les oppositions persévérantes du prélat n'étaient pas une marque d'improbation que Dieu donnait à leurs travaux à Villemarie, & s'il ne serait pas à propos de rappeler ceux de leurs confrères qui s'y (i) Archives du Se- trouvaient alors (i). Dans ces circonffances, le désiffement minaire de Paris, as- ^^ Séminaire cût dû entraîner tout à la fois la ruine de la
semble'es du i8jan- •i-< nii/^ ^
vicr et du i5 mars commuuauté dcs Hospitahcres, celle de la Congrégation i'"'^^-^- de Notre-Dame & même de toute la Colonie, qui, au
défaut de la Compagnie de Montréal déjà dissoute, se serait vue deflituée de tout soutien. Aussi M. de Fancamp écrivit-il aux Hospitalières qu'elles eussent à repasser en France, si les Ecclésiaftiques du Séminaire venaient à quit- (2} Annales de rHô- ter Villemarie (2). Il parait même que M de Queylus, tel-Dieu, par la Sœur ^^^^^ ^^^ j^^ opposïtious de M. de Laval, si fermement
résolu à lui interdire le Canada, envoya alors sa procuration à M. de Béleftre pour qu'il procédât à la vente des biens qu'il possédait dans ce pays. Il s'agissait apparemment des maisons & des terres de Sainte-Marie & de Saint-Gabriel; mais cette vente n'eut pas lieu, par suite de l'opposition que M. Souart y mit le 21 août de cette
Morin.
s. SULPICE SUCCÈDE A MM. DE MONTRÉAL. 65
année (i\ lmi conformité aux ordres qu'il reçut de M, de (OOrciic de vuic-
B-11- ii„., 1^ J'„ marie. Aflcdu 2 1 août
retonviUiers, comme nous allons le dire. ^^^3
L'assemblée du Séminaire de Paris se réunit donc le leskmiwiresedktehi3 mars i663, &, considérant les suites de la délibération "0^^,^^^. dT^montquelle allait prendre, fut unanimement d'avis qu'aupara- réal. vaut chacun de ses membres vaquerait pendant trois jours à la prière, pour qu'il plût à Notre Seigneur de faire connaître sa volonté sur une affaire si importante, & qu'ensuite on se réunirait de nouveau, pour la conclure à la pluralité des voix (2). Mais, ce terme ne paraissant pas (2) Archives du sj-
, ^^ , 1 1 /- I o • minaire de Paris. As-
sans doute sumsant, on s assembla enlin le ài mars, qui semblée du i5 mars fut le jour de la conclusion. Tous convinrent que, puisque i'"^3. l'œuvre de Villemarie avait été entreprise suivant les desseins de M. Olier, & après beaucoup de prières pour connaître la volonté de Dieu, le Séminaire ne devait la détruire que dans la dernière extrémité, & lorsqu'il serait évident que Dieu en demandait la suppression. Ils conclurent donc que, n'ayant pas • encore des marques assez manifefles de sa volonté pour la rompre, il fallait la conserver en attendant, & qu'ainsi on écrirait aux Ecclésiafliques qui résidaient à Villemarie de continuer leurs travaux comme par le passé (3), au moins pendant Tannée i3) Archives du sj
^ minaire de Paris. As
courante. semblée du 3i mars.
M. de Laval était d'autant plus ferme dans son refus, faveur de m. de iaval qu'il se sentait alors plus appuyé dans toutes ses demandes à la Cour, où la réputation de sa sainteté le rendait considérable (4;. Déjà même avant son passage en France, la (4)HiftoiredcrHo- Reine Marie-Thérèse, dans une lettre qu'elle lui avait "^^'^^ '' ^"^^''' écrite le i5 avril précédent, s'était recommandée à ses pières, en ajoutant qu'elle voulait s'occuper de son solide minaire ^de Ouébec, établissement à Québec (5). Le Roi, de son côté, après ''^"'"'^ "^^ Maric-Thé-
r -'jATiT i<T-.- • ,• . . •/-, rèse, du i5avriIiG62.
1 arrivée de M. de Laval a Pans, avait réitère ses inflances (5^ Archives du mipour l'érection du siège du Canada, & nommé ce prélat à m^t^ie des aflaires Sa Sainteté pour être fait premier évéque (6). Dans ce des- r",;^^;^^^^^^ ifs^jeure sein, il l'avait pourvu de l'abbaye de Maubec, au diocèse duss'juin lOr^.
TOMR III. S
66 II'' PARTIE. LOUIS XIV; CHEP^ DE LA COLONIE. l663.
(I) Archives de lai- de Bourgcs, qui vaquait alors (i); & quoique l"éreâion du chevcchc de Québec, futur siége reiicontrât de nouveaux obftacles & reftàt encore
vol. A, Bref du Roi, 14 1 1 • 1 / 1 1 1 • • 1 -r-v •
dc'c. 186?, p. 28. suspendue bien des années^, le déplaisir que le Roi en ressentit ne diminua en rien son eftime envers M. de Laval, qu'il s'empressa, au contraire, de satisfaire dans toutes ses demandes.
RAppiii. DE M. d'avav- Pour coutcnter ce prélat, & pour se rendre en même
GouR ; M. DE MEzv. tcmps aux rcpréseiitations des PP. Jésuites, qui avaient
aussi de julles motifs de se plaindre de M. d'Avaugour,
(2} Archives de la le Roi révoqua ce Gouverneur (2) avant même que le
manne. Mémoires du tgj-^-,pj^ (-[g g^ commission fût exv^iré; car il ne Texerca-
,Roi, pour M. Talon. ^ . . -"^ ^ . •>
Re^qhhe des ordres du quc dcux aus au licu dc trois quc marquaient ses lettres. Roi, fol. 77. Lettie à g, quitta même le Canada avant l'arrivée de son succes-
M.dcTracy, i3 r=ov. o ^jt t-- i /-> i • • i
1664. seur (3) { ). En reprenant le Canada, ce prince avait dé-
(.î; Marie de rincar- claré qu'il nommerait lui -même aux principaux emplois
"^ "°"' ic!t')\ ' ' *^u F^ys; <^^ pour le mettre sur un bon pied, il avait résolu d"y envoyer un Gouverneur c]ui aurait le commandement des troupes, & un intendant qui serait chargé de la juilice, de la police 8: des finances. Le 21 mars i663, il nomma intendant M. Robert, qui pourtant n"alla point en Canada. Quant au Gouverneur, comme déjà M. de Laval avait eu de vifs démêlés avec M. d'Argenson & qu'il s'était cru obligé de demander le rappel de M. d'Avaugour, « le Roi, (( dit la mère Juchereau, voulut qu'il nommât le Gouver- « neur qui devait être envoyé. Le prélat s'en excusa « longtemps; mais les inftances du Roi furent si pres- « santés qu'enfin, vaincu, il choisit le chevalier de Mézy, (4- HiftoirederHô- « duqucl il espérait avoir toute sorte de satisfaction (4). »
tel-Dieu de duébcc, Ty,j ^^ Mézy, alors major de la ville & du château de Caen, avait été intimement lié avec le chef de l'Ermitage de cette ville, M. de Bcrnières, qui n'avait pas peu servi à
(5) Mémoires du O ^^ • «-^'Avaugour, de retour en France, alla combattre les
Roi pour' M. T. Ion, Turcs, & fut tue en défendant avec beaucoup de valeur contre eux le fol. -7. fort de Serein, sur la froniière de Croatie (5).
M. DK MKZY. CONSKIL SOUNKRAIN. 67
le gagner à Dieu (i). M. de Laval, ayant passé lui-même (o Marie de rincarplusieurs années dans ce lieu de retraite, ainsi que nous nation, p. 590. l'avons dit, ertimait beaucoup M. de Mézy pour sa piété sincère 8: pour son désintéressement. Il voulut donc l'amener avec lui à Québec, persuadé que, sous un tel Gouverneur, tous les abus qui lavaient fait repasser en France disparaîtraient du Canada, 8c que le règne de Dieu n'y rencontrerait plus d'obftacles. M. de Mézy s'excusa d'abord, alléguant pour motif de son refus les dettes dont il se trouvait alors chargé, & qui ne lui permettaient pas d'accepter un emploi de cette nature. Sans être arrêté par cette considération, M. de Laval témoigna un si vif désir au Roi d'avoir M. de Mézy pour Gouverneur, que ce prince paya lui-même de sa cassette les dettes qui mettaient obrtacle à son départ, & lui fit en outre de grosses gratifications, tant il avait à cœur de donner à M. de Laval un homme qui lui fût agréable (2). Se voyant ainsi sollicité (2) imioire derHôpar le monarque lui-même, qui le prévenait d'une manière tei-D:cu de Ouébec, si délicate & si généreuse, M. de Mézy accepta le gouver- ^' "^'' ^"^^' nement général du Canada dans la seule vue de s"y sanc- ^'^^- •^'■'-■':"^'^^ '^^ '^
"^ -^ manne. Canada, t. I,
tifier, en procurant la gloire de Dieu, le service du Roi & de ir56 à 1669, lettre le bien de la Colonie (3). de m. de Mezy, dernier
^ ■' février 1064.
Après avoir donné à M. de Laval un Gouverneur en qui il eût une pleine confiance, le Roi voulut procurer au Canada une forme d'adminiflration qui assurât le bien public, &: en particulier le repos & la liberté de l'Église. Pour cela il rendit un édit, au mois de mars i663, par lequel il créa un Conseil souverain dont il fixa le siège à Québec, en se réservant pourtant de le transférer ailleurs, s'il le jugeait convenable. Jusqu'alors le Conseil de Québec, chargé de délibérer sur les affaires du pays, avait été composé de membres choisis, en grande partie, par le Gouverneur, sans que l'Évêque prît aucune part à leur nomination. Toutes les prérogatives de ce prélat consiflaient à avoir entrée au Conseil & voix délibérative, avec charge pour le Gouverneur de l'appeler aux séances & de le
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