MORT DE M. DE MÉ'V
•2) Regiftre du Conseil, 27 avril i6G5.
(3' Délibération du Conseil 7 mai i6')5.
A VILLEMARIE LES TRA- VAILLEURS DES HOS- PITALIÈRES INVESTIS P\R LES IROQIOIS.
(4) Marie de l'Incarnation. Lettre 70'', p. 20G.
(h ^ llilloiredc Monlréal, de iGii^ à iGù?.
« semble, n"ayant jamais été autre que de servir fidèle-
« ment Sa Majefté & de maintenir l'autorité de la charge
« dont elle m'a fait la faveur de mhonorer en ce
« pays(i). »
Le lendemain 27 avril, M. de Mézy, qui voulait pourvoir à la conduite du pays après sa mort, signa une commission de lieutenant par intérim dans le gouvernement général en faveur de M. Jacques Leneuf de la Potterie(2), & termina enfin sa vie à Québec, dans la nuit du 5 au 6 mai i665. M. de la Potterie s'étant présenté au Conseil souverain avec sa commission, le Conseil refusa de le recevoir à ses séances, & déclara que le Roi n'avait point donné à M. de Mézy le pouvoir de transmettre la charge de président du Conseil, ni d'y envoyer quelqu'un pour tenir sa place de son vivant, ce qu'il avait accordé à M. de Laval seul; qu'en conséquence M. de la Potterie ne serait point considéré comme chef du Conseil , n'aurait aucune part à l'exercice de la juftice, de la police, ni dans la gestion des finances, & n'exercerait le pouvoir de lieutenant qu'en ce qui regardait la milice du pays (3).
Durant ces fâcheux conflits dont Québec était le théâtre, Villemarie était exposée, comme auparavant, aux hoftilités & aux surprises des Iroquois. La Mère Marie de l'Incarnation écrivait, le 28 juillet i665 : « L'hiver dernier « & ce printemps les Iroquois ont fait plusieurs meurtres « sur les Français & sur les sauvages, tant à Montréal que « dans les bois (4;. » Nous ne connaissons rien de ce qui eut lieu à Villemarie durant l'hiver, & M. Dôllier de Casson dit que cette saison se passa sans qu'il arrivât rien de funefte, parce que les colons faisaient bonne garde (5). Mais, au mois d'avril, les Filles de Saint-Joseph, malgré la douceur & la charité qu'elles témoignaient aux Iroquois, éprouvèrent leur cruauté dans la personne des serviteurs qu'elles employaient à défricher leurs terres. Depuis que Mathurin Jouaneaux, dont on a parlé, s'était donné à leur
4* GUKRRt:. HOSTiiJTKS. 1 665 . io3
service, elles lui avaient associé quatre hommes qui travaillaient sous sa conduite, afin de mettre plus promptement ces terres en valeur. C'étaient les nommés Basile Roilin, Guillaume Jérôme, Jacques Petit, & un autre surnommé Montor, qui avait été soldat (i). Le 24 avril i665,pen- (i) Rcg. mortuaire dant que ces hommes étaient appliqués à leur ouvrage & ^"^ Viiiemarie, 24 &
T , * • V j A , T . 26 avril if)hb.
que Jouaneaux leur apprêtait a amer, des Iroquois cachés dans les bois voisins fondirent tout à coup sur eux, firent une décharge de fusils, tuèrent Rollin, qui demeura sur la place, blessèrent mortellement Guillaume Jérôme, 8c firent prisonniers Jacques Petit 8c Montor. Jouaneaux, qui se trouvait heureusement à la grange au moment de cette • décharge, eut assez de présence d'esprit pour n'en pas sortir, ce qui lui sauva la vie. Ainsi renfermé, il se mit en devoir de se défendre^, montrant avec résolution les armes aux Iroquois, qui, par un effet de leur lâcheté naturelle, ou plutôt de la protection de Dieu sur Jouaneaux^, n'osèrent pas l'attaquer.
Cependant, au bruit de cette décharge, qui a^'ait porté jouaneaux échappe a l'alarme dans tous les alentours, on sonna le tocsin à Vil- *^^ danger.
lemarie, en disant que les ennemis étaient à Saint-Joseph, qu'ils avaient pillé la maison, pris & tué Jouaneaux 8c les autres. « Lorsque nous apprîmes cette affligeante nou- « velle, dit la Sœur Morin, je n'eus point envie de monter « au clocher. Dieu seul sait les convulsions intérieures <( que nos Mères souffrirent, surtout la Sœur Massé^ alors « Hospitalière de notre communauté, qui était inconso- « lable de la mort de ces pauvres hommes. Le pillage de « la maison n'était rien pour nos Mères, la mort du bonci homme Jouaneaux les touchait plus que tout le refte, « tant par la reconnaissance du bien qu'il leur avait déjà « fait en prenant soin de leurs travaux & de celui qu'il « avait dessein de leur faire encore, que par la considé- « ration de sa vertu Sl de ses bonnes qualités. Cet homme, « d'ailleurs, leur avait été beaucoup recommandé par ses (^) Annak;sdci'Hô-
, , ., 1 1 T-^i . 1 / T ■» «^ tcl-DicLiSaint-Josepli,
« parents a leur départ de la Flèche (2). » Les Montréa- par laSœur Morin.
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liftes ayant donc pris les armes, les Iroquois, dès qu'ils les virent arriver, se retirèrent, emmenant prisonniers Jacques Petit & Montor, & laissant sur la place Basile RoUin, déjà expiré, & Guillaume Jérôme, blessé mortellement. Lorsque Jouaneaux vit les barbares s'enfuir à l'arrivée des Français, il sortit incontinent de sa retraite, & alla en toute hâte à THôtel-Dieu pour annoncer lui-même aux Filles de Saint-Joseph qu'il était plein de vie. Elles le reçurent avec une joie égale à l'affliclion que leur avait donnée la fausse nouvelle de sa mort, & son retour fut une sorte de consolation pour elles après un tel désaftre; ce qui ne 'les empêcha pas de répandre des larmes de tendre compassion sur la mort de RoUin , qui fut enterré (i, Reg. mortuaire, le même jour (i), & sur celle de Guillaume Jérôme, qu'elles "^ """ ' eurent la douleur de voir mourir de ses blessures, & qui
'2^ ibid., 2(3 avril f^^- inhumé le 26 (2) ; enfin sur la captivité des deux autres.
Quelques jours après ^ sans être découragé par la perte de ces travailleurs, ni effrayé par la crainte des périls qu'il courait à Saint-Joseph, Jouaneaux pria les Hospitalières de lui donner d'autres hommes, pour qu'il pût se remettre au travail. Elles hésitèrent d'abord, tant à cause de la dépense, ayant déjà payé à trois de ceux qui étaient morts ou prisonniers des avances considérables de gages qui se trouvaient ainsi perdus pour elles, que du danger où ces hommes seraient encore exposés dans un lieu si éloigné de tout secours. Cependant, après avoir pris conseil de personnes sages, elles se déterminèrent à donner sans délai à Jouaneaux quatre nouveaux travailleurs, en leur recommandant de se tenir mieux sur leurs gardes que n'avaient fait les autres. Les aumônes que leur envoyaient M. Macé, prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice, M. le baron de Fancamp & leurs autres amis de France, servirent à Fentrctien de ces hommes & à mettre en valeur cette terre qui devint la ressource des Hospitalières par le zèle courageux, infatigable & intelligent de
JOUANEAUX RETOIR.NE SLR LES TERRES DES HOSPITALIÈRES.
PRIS P.AR I.FS IRO- CiUOiS.
4* GUERRE. HOSTILITÉS. I (365 . 1 o5
Jouaneaiix. Ce bon serviteur ne cessa d'y travailler que lorsque Tàge eut épuisé tout à fait ses forces. Alors, se voyant incapable de rendre aucun service à THôtel-Dieu, & la grande délicatesse de ses sentiments lui faisant croire qu'il ne devait pas être plus longtemps à la charge de cette maison, il résolut de repasser en France pour recueillir quelque bien de patrimoine qui lui refiait & se suffire ainsi à lui-même. Les Hospitalières firent tout ce qu'elles purent pour le retenir; &, malgré leurs représentations & leurs vives inftances, il s'embarqua pour la France, régla ses petites affaires temporelles, ëc se retira chez les Filles de Saint-Joseph, à la Flèche, où il finit ses jours très-chrétien- (g Annaiesdc i"hô-
. / \ tel-DieuSaint-Joseph,
nement (i;. p.^,. j^ s^g^r Morin.
xxvn.
Un autre désaffre pour Villemarie , arrivé la même < hurles i.k moyne est
année i665, fut la prise de Charles Le Moyne, qui s'était dirtingué dans tant d'adions de courage contre les Iroquois. Il y avait alors dans cette habitation des sauvages de la nation appelée des Loups, en guerre avec les Iroquois; & nous voyons que le 29 mai on inhuma au cimetière une femme chrétienne de la nation des Loups, âgée d'environ quarante ans, qui, ayant été blessée par les ennemis, mourut à Thôpital (2). Au mois de juillet suivant, (2) Reg. mcntuaiic Charles Le Moyne, ayant obtenu de M. de IMaisonneuve ^i^ vi"e"^='•■i''^ ^9 ^^'^ la permission d'aller à la chasse avec des sauvages Loups, se mit à leur tête, nonobftant les avis qu'on lui avait donnés que l'ennemi était en embuscade dans les environs. Pour cet homme de cœur, que nous avons vu s'offrir dans la fameuse expédition du Long-Saut, un pareil avertissement était plus propre à exciter qu'à ébranler son courage. Il part donc pour la chasse; & étant arrivé à l'île Sainte- Thérèse, il s'écarte seul & se voit attaqué par une bande d'Iroquois. Ces barbares, qui avaient eu occasion de l'entendre comme interprète dans tant de conseils, & d'éprouver plusieurs fois sa valeur, l'eurent bientôt reconnu & lui crièrent de se rendre. Le Moyne, refusant de se livrer, les couche en joue en reculant peu à peu; tandis que les Iro-
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quois avançaient toujours sur lui. Jaloux de faire une capture si glorieuse pour eux, ils mirent tout en œuvre pour le prendre. Les vieillards animaient par leurs discours les jeunes Iroquois à fondre sur lui; & pour exciter encore davantage leur ardeur, ils se mirent à faire des amas de bois , ce qu'ils avaient fait déjà depuis plusieurs années dans leur pays comme pour préparer le bûcher defliné à son supplice. Ces moyens eurent tout Teffet qu'ils en avaient attendu. Ces jeunes guerriers ainsi ftimulés, encouragés d'ailleurs par leur grand nombre, s'approchent Sl invertissent enfin Charles Le Moyrie. Celui-ci, qui se voit dans rimpuissance de leur échapper, ajulle son arquebuse & la décharge sur l'un d'eux; mais, ne remarquant pas que dans ce moment il mettait le pied sur un chicot qui apparemment changea de place, il culbute, manque son homme (r.HiftoireduMont- & tombc par terre. S'étant aussitôt relevé, il s'enfuit à réai, par M..Doiiier toutcs jambcs; mais il efl: si vivement poursuivi qu'enfin iGGs^^^""' ^ ' '^'^^ il eft atteint, inverti & fait prisonnier (i).
A VILI.EMARIE ON DE- Autaut fut graudc la joie que les Iroquois firent alors
MANDE A DIEU LA ^q\^^qj;. Qutattt fut Drofoudc la doulcur des colons de 'Ville-