‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 104 sur 392 · PRÉPARATIFS DE GUERRE · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE GUERRE

femmes & leurs enfants (1). La crainte de tomber entre 1) Journal des Jéles mains des Iroquois porta alors les chrétiens Algon- ‘tites, 2% ot: 065. quins à aller se camper, avec leurs familles, auprès des

nouveaux Forts pour se mettre sous la proteétion des sol-

dats qui en faisaient la garde, & là ils se livraient en

toute assurance à de grandes chasses dans ces endroits

mêmes où les Iroquois avaient coutume de trouver aupa-

ravant quantité de pelleteries. La chasse y était si abon-

dante que chaque jour ces Algonquins prenaient, dit-on,

plus de cent caftors, sans parler des orignaux & d'autres

bêtes fauves. C'était une grande ressource pour les Fran-

çais des Forts; car si ces derniers défendaient les Algon-

quins, ceux-ci, à leur tour, nourrissaient les Français de

la chair des bêtes qu’ils prenaient, après en avoir: enlevé

les peaux, qu'ils portaient ensuite aux magasins du pays.

« M. de Tracy, rapporte la Mère Marie de l'Incarnation,

me dit, il y a peu de jours, qu'il avait mandé tout cela

au Roi avec les autres avantages que l'on a pour faire

la guerre à l'ennemi juré de notre foi (2). » Si cette Reli- (2) Leu. de ia Mère gieuse s'exprime de la sorte en parlant des Iroquois, c'eft % de qu'on faisait entendre aux soldats Français que la guerre p.608

qu'on allait entreprendre était une guerre sainte, où il ne

s'agissait que de la gloire de Dieu & du salut des âmes; &

pour cela on tâchait de leur inspirer de véritables senti-

ments de piété & de faire régner la dévotion parmi eux.

« Ce qui les anime tous, äjoute-t-elle, c'eft qu'ils vont

( combattre pour la Foi. Il y a bien cinq cents soldats qui {4 peut, de ta Mère « ont pris le scapulaire ; c'eft nous qui les faisons, à quoi 4e l'incarnation,

«nous travaillons avec bien du plaisir (3). » Se \ », , 8 , 7°

On résolut donc d'aller en guerre contre celles des «.vrcourcriresron-

nations [roquoises avec lesquelles il n'y avait point de 0

pa'x conclue, & comme parmi celles-ci les Agniers se mon- quer Les aëxiene.

traient les plus audacieux, on arrêta d'aller les attaquer

dans leurs propres villages. M. de Courcelles, qui fut chef (4) Hiftoire du Mont

de cette expédition, se donna des peines incroyables (4) "ét Par M-Dollier te

afin d'en assurer le succès, & fit toutes les diligences pos- 1666." . TOME II, 9

(1) Relation de 1006, pP: 6,

(2) Ibid.

Journal des Jésuites, Q Janv. 1000.

(-p Relation de 1066,

‘5 Hiftorredu Montréal, par M. Dollier de Casson, de 16535 à 1660,

MALGRÉ L'HIVER M, Di COURCELLES PART POUR LE Pays DES

AUNIERS,

@5, Hik ire du Mo:

réal, par M Doliicr

üe Casson, de 1003 à

{7)Relation de 1666, p. 6. Journal des Jésuites, Q janv, 1606,

sibles pour hâter le départ (1). Il devait être accompagné de M. du Gas, qu'il prit pour son lieutenant; de M. de Salampar, gentilhomme volontaire; du P. Pierre Raffeix, jésuite, & de trois cents hommes du régiment de Carignan (2), avec environ une centaine de Français du pays (3). D'autres se joignirent à lui sur la route; car la relation de cette année rapporte qu'il avait deux cents volontaires, habitants des colonies Françaises (4), & il eft certain que, dans cette première expédition, il eut avec lui soixante & dix hommes de Montréal, commandés par Charles Le Moyne. Mais, quoiqu'on eût de bons soldats & des officiers exercés au métier des armes, la campagne ne fut pas heureuse, & nous y perdimes bien des hommes ; ces officiers, tous encore sans expérience du pays, ayant voulu faire la guerre à la manière d'Europe, malgré tout ce qu'on put leur dire pour les détourner de cette tactique très-désavantageuse en Canada (5).

Ce mauvais succès mit à découvert la faute irréparable qu'avait faite M. de Tracy quelques mois auparavant, en se privant, par le renvoi de M. de Maisonneuve en France, des sages conseils & de l'expérience de cet habile Gouverricur, On a vu déjà que M. d’Argenson, dans son mémoire à la Cour, touchant les moyens de faire la guerre aux Iroquois, avait marqué qu'on ne devait pas l'entreprendre l'hiver, & si M. de Tracy eût passé seulement une année en Canada, il aurait renoncé à une si téméraire entreprise. Mais à peine débarqués, & sans avoir encore expérimenté la rigueur des frimas du pays, ce général, aussi bien que M. de Courcelles & les autres, crurent en triompher par leur courage, & jugeant qu'il était trèsimportant de donner aux Iroquois une haute idée des troupes Françaises, ils résolurent d'aller les attaquer dans leur pays aussitôt que les glaces seraient assez solides pour porter la petite armée (6;. M. de Courcelles partit même de Québec le 9 de janvier 1666 (7), c'eft-à-dire dans le temps de l'année où, d'ordinaire, le froid eft le plus

piquant dans la Nouvelle-France. D'ailleurs la niarche ne pouvait être que très-lente, chacun ayant des raquettes aux pieds pour pouvoir marcher sur la neige, & tous, sans en excepter les chefs, ni même M. de Courcelles, portant sur leur dos vingt-cinq ou trente livres, en biscuits, couvertures & autres provisions nécessaires, & ayant enfin trois cents lieues de chemin à faire, dans cet équipage, sur les neiges & sur les lacs. À peine pourrait-on trouver, dans toutes les hiftoires militaires, une marche plus difficile & plus longue que ne le fut celle de cette petite armée ; & il fallait assurément un très-grand courage & toute la constance de M. de Courcelles pour oser l'entreprendre. Outre l'embarras des raquettes, qui sont des :spèces d'entraves fort incommodes, surtout à ceux qui. ont pas l'habitude de s'en servir, & outre l’incommodité des fardeaux que chacun portait, il fallait traverser continuellement des lacs & des rivières gelés, avec danger de faire autant de chutes que de pas, ne coucher que sur la neige au milieu des forêts, & souffrir un froid qui passe de beaucoup la rigueur des plus rudes hivers de l'Europe.

Aussi, la troupe étant partie le 9 janvier de Québec & de Sillery le lendemain, plusieurs, dès le troisième jour, eurent le nez, les oreilles gelés, comme aussi les genoux. les doigts ou d’autres parties du corps, & le refte couvert de plaies. Quelques autres, entièrement engourdis pai le froid, seraient même morts sur la neige si on ne les avait portés, quoique avec beaucoup de peine, jusqu'au lieu où on devait passer la nuit. Les sieurs de la Fouille, Maximin à Lobiac, capitaines au régiment de Carignan, ayant joint, le 24 de janvier, cette petite armée aux Trois- Rivières, avec chacun vingt soldats de leurs compagnies & quelques habitants du lieu, le froid les éprouva, dès le lendemain, plus rudement encore qu'il n'avait traité les autres les jours précédents; & l'on fut contraint d'en rapporter plusieurs aux Trois-Rivières, dont les uns avaient les jambes coupées par les glaces, & d'autres les mains,

EËVEIS DÉSASTREUX Di LA RIGUEUR DU FROID

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