‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 114 sur 392 · LOU · texte numérisé non relu

LOU

un de ces passages, les Français trouvèrent une si grande quantité d’eau, qu'il leur était impossible de passer à l'autre bord sans un secours extraordinaire. Comme on ne savait quel parti prendre & qu'on allait de côté & d'autre pour chercher quelque endroit plus praticable, l'on aperçut fort à propos, dans les herbes, de grands arbres creusés en forme de bateaux, que l’on jugea avoir été cachés ainsi par les Iroquois. On les tira de là, &, comme ils étaient propres pour la navigation, on y fit embarquer successivement tous les soldats, qui passèrent ainsi cette rivière, & enfin on mit le feu à tous ces bateaux. Malgré cette assiftance providentielle, l'armée essuya sur le lac Champlain une violente tempête, qui fit périr deux canots & huit personnes, parmi lesquelles on regretta surtout le sieur de Luques, lieutenant d'une compagnie, qui avait signalé souvent sa valeur en France aussi bien qu'en Canada 2).

On ignora à Québec le résultat de cette expédition jusqu'au second jour de novembre, où l'on apprit enfin des nouvelles de M. de Tracy & de l'armée. Depuis le premier d'octobre, on avait continué l'oraison des quarante heures, &, dans chaque famille, on n'avait cessé de faire des prières en particulier; mais, dès qu'on eut connaissance de la déroute des Agniers, on changea toutes ces prières en actions de grâces, & on chanta le 7e Deum avec beaucoup c'e pompe & de solennité (3). Le 5 du même mois, au soir, M. de Tracy rentra à Québec,

avant avec lui environ treize cents hommes, & enfin, neuf

jours après, on fit une procession solennelle d'actions de grâces, où l'on chanta de nouveau le Te Deum (4). I Y avait alors à Québec, comme on l'a dit, plusieurs captifs des nations Iroquoises ; comme l'un d'eux avait donné de mauvais conseils aux Agniers, M. de Tracy le fit pendre, en donnant à entendre aux autres que, s'il le traitait de la

sorte, c'eft qu'il avait été infracteur de la paix & la cause du malheur arrivé aux ennemis qu'on venait de détruire. Ce traitement les jeta tous dans une crainte étrange, par l'appréhension où ils étaient qu'on ne leur en fit autant à chacun, surtout le bâtard Flamand, l'un des plus considérables parmi les Iroquois. M. de Tracy lui donna néanmoins la vie & le renvoya, pour qu’il cherchàt ses gens fugitifs, avec ordre de leur dire que, s'ils remuaient de nouveau, il irait les voir derechef, mais qu'ils n’en seraient pas quittes à si bon marché. Il renvoya aussi trois ou quatre sauvages de chaque nation, pour porter aux leurs la nouvelle de la défaite des Agniers, & leur dire qu'ils eussent à faire connaître leurs intentions, avec menace, s'ils n'obéissaient, de faire pendre tous ceux de leurs gens qui étaient prisonniers dans la colonie (1).

(1) Lettres de Maric de l’Incarnation, lettre

73°, p. 017, LES.

Tel fut le résultat de ces trois expéditions, qui firent cou prs crcxs

périr un grand nombre de soldats, les uns par le froid, les autres par la famine, par les hasards de la guerre ou par d'autres accidents, sans occasionner aux Iroquois d'autre perte que celle de leurs cabanes d'écorces, qu'ils pouvaient reconftruire aisément. Si M. de Maisonneuve eût eu à sa disposition ces treize cents hommes d'élite, avec trois cents bateaux, les munitions de guerre & les autres avances qu'avait M. de Tracy, on peut présumer qu'il aurait mieux pris ses mesures & fait autre chose que de brüler des cabanes, lui qui, avec une poignée d'hommes, avait fait éprouver tant de pertes aux Iroquois. Ce qui peut donner quelque fondement à ces conjeétures, c'eft l'opinion avantageuse que M. de Fracy & M. de Courcelles avaient conçue eux-mêines les braves colons formés par M. de Maisonneuve au métier des armes; car l’un & l’autre regardaient les volontaires de Villemarie comme plus propres à cette guerre que ne l'étaient les soldats de Carignan. « M. de « Courcelles, sachant qu'ils étaient les mieux aguerris, « rapporte à ce sujet M. Dollier de Casson, leur fit l'hon- « neur de leur donner la tête de l'armée en allant, & la

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