CONTAGION DANS LES FORTS
pour leur donner à entendre qu'on était fort en nombre & en parfaite sécurité. Dans cette extrémité si affligeante, M. du Bois, dont on a parlé, assiftait spirituellement les soldats malades du Fort de Chambly (1), tandis que ceux du Fort de Sainte-Anne, le plus avancé vers le pays des lroquois, se trouvaient dépourvus de tout secours. M. de Tracy, en ayant été informé, écrivit à M. Souart, qui dit à l'un de ses prêtres de se tenir prêt à partir (*) (2)
C'était M. Dollier de Casson, bien digne assurément de servir les troupes en qualité d'aumônier. Avant d'entrer dans l’état ecclésiaftique, il avait été capitaine de cavalerie sous le maréchal de Turenne, & s'était même acquis, par sa bravoure, l’eflime de ce général d'armée, s'étant trouvé au feu comme le dernier de ses soldats, & ayant été plusieurs fois en danger imminent de perdre la vie. Il était d’ailleurs d'une taille avantageuse & d'une force physique si extraordinaire, qu'il portait deux hommes assis sur ses deux mains (3). Quoiqu'il eût rapporté de la campagne contre les Agniers une grosse loupe au genou, & qu'il se trouvat alors très-afflaibli par suite d'une saignée trop abondante, il voulut néanmoins partir sans délai, & sur ces entrefaites, deux soldats du Fort de Chambly étant arrivés à Villemarie, il résolut de partir avec eux, leur demandant seulement un jour pour se remettre. C'était
(*) A la réception de cette lettre, M. Souart se trouva fort embarrassé : M. de Tracy n'ayant point envoyé d’escorte pour accompagner le missionnaire. [l paraissait cependant nécessaire qu'il n’allit point sans ce secours, de peur d’être pris & d’être emmené en captivité par les [roquois. M. Souart s’adressa donc aux ofliciers des troupes en garnison à Villemarie, commandées alors par le sieur de la Frédière; mais ceux-ci, craignant apparemment qu’il y eût sur le chemin des Iroquois cachés, refusèrent de donner une escorte, sous le frivole & spécieux prétexte qu’ils n’avaient point reçu d'ordre de M. de Tracy. Comme néanmoins le commande:ment de ce dernier était absolu & qu'il v allait d’ailleurs du bien des âmes, M. Souart se mit en devoir de lexécuter.
‘1) Lettres de Marie de l'Incarnation, kttre
(2) Hifloire du Mont réal par M. Dollisr, de 1666 à 1667.