‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 129 sur 392 · PAS · texte numérisé non relu

PAS

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moire de M, d'Allet,

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ment solide de la religion, invita elle-même M. de Bretonvilliers à y faire passer des prêtres formés de sa main. Elle fit cette demande avec d'autant plus de raison, que les Ecclésiaftiques envoyés du Séminaire n'étaient point à la charge du Roi ni à celle du pays, chacun d'eux s'entretenant de ses propres revenus & faisant même des largesses aux habitants pour les aider à s'établir à Villemarie. L'année précédente, M. de Bretonvilliers en avait envoyé quatre, ce qui fut un renfort considérable, alors qu'il n'y avait encore à Québec que huit prêtres séculiers, en comprenant même dans ce nombre l'Evèque & ses deux vicaires généraux (1). Ces quatre Missionnaires étaient M. Dollier de Casson, déjà nommé; M. Gilles Pérot, du diocèse de Chartres, & deux autres du diocèse de Rouen, M. Frémont & M. Jean Cavalier (2), frère du sieur de la Salle, dont il sera parlé dans la suite. L'année d'auparavant, ils avaient été précédés par un autre Missionnaire, M. Michel Barthélemy, autrefois chantre à la paroisse de Saint-Sipice à Paris (3), & qui fut employé plus tard à l'inftruction des Algonquins. Ces nouveaux ouvriers ne pouvaient arriver plus à propos; les Trois-Rivières se trouvant destituées de pafteur l'année suivante, M. Souart, de l'agrément de M. de Laval, y envoya M. Frémont, qui fit paraître beaucoup de dévouement pour le bien spirituel des colons de ce pofte (*).

(*) M. Frémont s’embarqua dans une biscaïenne avec plusieurs personnes qui l’'accompagnèrent, quoique la saison d’automne fût déjà bien avancée. Ils pensaient tous étre rendus en peu de temps aux Trois-Rivières, lorsqu'un vent contraire les ayant d'abord arrêtés, & ensuite le froid étant devenu extrêmement vif, les deux bords du fleuve Saint-Laurent se gelèrent, à l’exception du courant, que la barque suivait. Mais quand elle fut entrée dans le lac Saint-Pierre, le courant, étant alors moins fort, il se gela aussi bien que tout le refte du lac, sans que la glace qui était trop faible pût porter les voyageurs. Ils se virent dans la nécessité de demeurer immobiles dans leurs barques, au milieu du lac, sans vivres & sans feu, & même si mal vêtus pour la saison que M. Frémont crut être obligé de donner sa couverture à l’un de ses compagnons de voyage, qui courait risque de mourir

Le Roi, sachant que M. de Laval n'était pas en état d'appeler des prêtres de France & désirant d'en procurer au Canada, avait imposé cette charge à la Compagnie des Indes occidentales, en 1664, par l'édit même de sa création. « Comme, dans l'établissement des colonies, disait-il, « nous regardons principalement la gloire de Dieu & le

salut des sauvages, à qui nous désirons de faire con- « naître la vraie religion, la Compagnie présentement « établie sera obligée d'y faire passer le nombre d'Ecclé- « siaftiques nécessaires pour y prêcher le saint Évangile, « & y inftruire ces peuples dans la créance de la religion « catholique, apoftolique & romaine. Pareillement elle « sera obligée d'y bâtir des églises, d'y établir des curés & « des prêtres, dont elle aura la nomination, & d'entretenir « décemment & avec honneur ces prêtres & ces églises, en « attendant qu'elle soit en état de les fonder raisonnable- « ment, sans toutefois que la Compagnie puisse changæ « aucun des Ecclésiaftiques qui y sont présentement éta- « blis (1). » Si Louis XIV dit, comme on vient de le voir, qu'il avait principalement en vue la gloire de Dieu & l'établissement du catholicisme en Canada, il ne faut pas croire que ce ne fût là qu'une vaine formule; on voit, en effet, par les autres monuments du temps, que telle était l'intention de ce prince, & c'eft d'ailleurs ce que témoigne hautement la correspondance de M. de Laval avec le Siége Apoñtolique. Ce prélat écrivait de Québec, en 1660 : « Je ne vois personne ici qui, par son autorité & « son zèle, soutienne beaucoup la religion; la plupart, « trop occupés de leurs intérêts propres, ne s'affectionnent

de froid sans ce secours. Heureusement, un vent impétueux qui vint à souffler dégagea la barque & la poussa sur le bord du fleuve opposé aux Trois-Rivières. De ce pofte on aperçut bientôt les voyageurs; &, malgré le danger qu'offrait alors la navigation du fleuve, à cause des glaces énormes qu’il portait, on alla les chercher en canot d’écorce (2). M. Frémont n’arriva ainsi à son pofte qu’au commencement du mois de décembre, & prit son logement chez M. Boucher, alors gouverneur de ce lieu (3).

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