M. DE QUEYLUS REPASSE EN CANADA
(2) Hiftoire du Montréal, de 1066 à 1667.
(3) Regiftre À de la paroisse de Villemarie, délibération du 18 oét. 1666. Archives du séminaire de Villemarie, Inventaire de Paris, 10 ot. 1666,
1) Archives de Ja Propagande, v. America 3, Canada, 255, lettre du 20 janvicr
(2 Ibid, Lettre au au Pape, 15 oét. 1666, fol, Sr.
Bibliothèque Mazarine, à Paris. Manuscrit ISS2, in-fol.
Maison de Queylus, P: 5S.
4) Hiftoire du Montréel, par M. Dollier de
Casson, 1007 à 008,
voir se fortifier & s'accroître, & étant d'ailleurs bien éclaircie sur tout ce qui concernait M. de Queylus, l'invitait elle-même à repasser en Canada. L'ancien nonce Piccolomini, devenu cardinal, faisait lui-même l'éloge de cet Ecclésiaftique dans une lettre écrite de Ravenne, cette année 1667, au secrétaire de la Propagande (1). Enfin l'Archevèque de Rouen avait renoncé depuis longtemps à toute prétention sur la Nouvelle-France; on ne pouvait donc pour aucun motif raisonnable en exclure plus longtemps M. de Queylus, alors surtout que la population, croissant de jour en jour, demandait un plus grand nombre de Missionnaires. Cette nécessité était manifefte, & personne ne la sentait mieux que M. de Laval. « Pour procurer immédiatement les secours spirituels aux nombreux habitants qui sont ici, écrivait-il au Souverain Pontife, il faudra faire venir de France des prêtres déjà formés & en appcler encore d'autres tous les ans; en attendant que des jeunes gens indigènes, nés Ge Franais, qui seront jugés propres au saint Minifière, grandissent & soient élevés (2), » M. de Queylus, voyant donc que l'Océan lui était ouvert, & que le Roi l'invitait même à repasser en Canada, dans l'espérance que sa présence contribuerait beaucoup à l'augmentation de Villemarie, se disposa à partir avec plusieurs autres Ecclésiaftiques du Séminaire. Il fit son teftament, le 12 mars 1668 (3), avant de s'embarquer, & arriva heureusement, accompagné de trois de ses confrères (4). M. de Laval, jusqu'alors si inflexible, & qui ne s'était rendu ni aux sollicitations, ni aux inftances de personnes puissantes qui demandaient son retour, céda tout aussitôt dès qu'il sut que tel était le désir du Roï, & s'empressa même de le recevoir avec honneur, comme nous le dirons bientôt, ce que firent aussi le clergé de Québec, les Communautés & les autorités civiles & militaires.
La Mère de l'Incarnation, qui avait jeté un voile sur son renvoi en France, à eu soir üe ‘aire aussi les raisons
de son retour, qu'elle attribue à la liberté, donnée à chacun par la paix, d'aller s'établir en Canada. « Cette paix des « Jroquois & des autres nations, dit-elle, a fait tant de « bruit en France & a tellement excité, dans plusieurs per- « sonnes, le zèle de la gloire de Dieu, que M. l'abbé de « Queylus eft venu cette année & a amené avec lui, pour « Montréal, plusieurs Ecclésiaftiques qui portent la piété « dépeinte sur le visage (1). » De leur côté, dans la relation de cette année 1668, les Jésuites en parlent de la même sorte. « Mais, parce que la moisson devient plus ample « que jamais dans une si vafte étendue de pays & parmi « tant de nations différentes, où il nous eft permis d'aller « maintenant, la Providence divine y a pourvu d'une « façon particulière... & nous a fourni un puissant renfort « par la venue de M. l'abbé de Queylus, avec plusieurs « ecclésiaftiques tirés du Séminaire de Saint-Sulpice, les- « quels vont joindre à Montréal ceux qui y sont. On ne « peut espérer de tant de braves Missionnaires que de « très-heureux succès, dont ce pays sera redevable au « Roi de France, qui pousse avec bien plus d'ardeur en- « core l'agrandissement du royaume de Jésus-Christ que « l'étendue de ses États (2).
M. de Laval, informé des intentions du monarque, ne se contenta pas d'accueillir avec honneur M. de Qu2ylus ; pour eflacer sans doute dans les esprits les impressions que ses procédés antérieurs avaient pu y laisser, il donna cette fois à M. de Queylus des lettres de grand-vicaire, dont celui-ci exerça les pouvoirs tout le temps qu'il demeura à Villemarie (3). 1 fit plus : il écrivit à M. Poitcvin, curé de Saint-Josse à Paris, son ami & son chargé d'affaires dans cette ville, une lettre dans laquelle il lui témoigna sa satisfaction sur l'heureux retour de M. de Queylus, & fit insérer cette lettre à la Relation de cette année, quoique jusqu'alors il n'eût jamais rien fait paraître dans ce recueil, & qu'il n'y insérât plus rien par la suite. C'était apparemment pour donner à la réception qu'il fit
(1) Lettres de la Mère del'Incarnation, lett, Sor, 17 ot. 1658, pr. 32,
(2) Relation de 166, P. +.
ACCUEIL QUE M, DE Li- VAL FAIT A M, D
QUEXLUS,
(5) Reégiflres de fa paroisse de Villemarie.
Mariages : 1000, 2 & 2N déc, 1070,21 janv., 1Q mars, 23 juillet, 17 24 nov, 13 décembre.1671,15avril, 1 juin.
menton
er arrete Reeves
(1) Relation de 1668,
(2) Lettres spirituelles, lettre G6e, 13 sept. 1661, p.216.
à M. de Queylus la plus grande publicité possible, « Le « secours des ecclésiaftiques que vous nous avez envoyés, « dit-il, nous eft venu fort à propos pour nous donner le « moyen d'assifter divers lieux de cette colonie, qui en ont « un notable besoin, & sans lesquels ils auraient été des- « titués de toute assiftance. La venue de M. l'abbé de « Queylus, avec plusieurs bons ouvriers tirés du Séminaire « de Saint-Sulpice, ne nous a pas moins apporté de con- « solation. Nous les avons tous embrassés dans les en- « trailles de Jésus-Chrift. Ce qui nous donne une joie plus « sensible eft de voir notre clergé dans la disposition de
travailler tout d'un cœur & d'un même esprit à procurer « la gloire de Dieu & le salut des âmes, tant des Français « que des sauvages. Les tendresses de père que le Roi fait « paraitre pour sa Nouvelle-France, & les dépenses no- « tables qu'il fait pour la rendre nombreuse & florissante, « fournissent à tous une fort ample moisson, pour em- « ployer dignement leur zèle & consumer leur vie pour « l'amour de Jésus-Chrift, qui leur a donné les pre- « mières inspirations de venir la lui consacrer dans cette « Église (1) Ce »
(*) Après ces marques d’atfection pour M. de Queylus, très-sincères de la part de M. de Laval, qui était incapable de dissimuler en rien ses sentiments, on a lieu d’être surpris qu’il n'ait pas imité la conduite de M. de Tracy, qui, pour effacer le souvenir des démélés ficheux de M. de Mézy avec M. de Laval lui-même, avait ordonné de rayer tout ce qui en avait été écrit dans les regiftres du Conseil souverain. Nonobitant ces témoignages si publics & si éclatants d’eftime & d’amitié pour M. de Queylus, M. de Laval ordonna, plusieurs années après, lorsqu'il fut devenu Evêque titulaire de Québec, de transcrire, au contraire, sur les regiftres du nouvel évéché, ses trois lettres contre lui, comme nous l'avons déjà dit, sous l’année 1661; & même, pour en certifier l’authencité, il apposa sa propre signature à ces transcriptions. On peut cependant expliquer cette conduite dans un homme dont les vues étaient si pures, en se rappelant ce que dit la Mère Marie de l’Incarnation sur le caractère de ce Prélat : « S’il eft « une fois persuadé qu’il y va de la gloire de Dieu, il n’en reviendra « jamais (2). »
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M. de Queylus avait amené avec lui trois Ecclésiastiques du Séminaire de Saint-Sulpice, M. Antoine d'Allet, dont on a parlé précédemment, M. René de Bréhant de Galinée, & M. François-Saturnin Lascaris d'Urfé. Ces deux derniers, ayant fait preuve d'un grand dévouement pour le bien de la colonie, il eft à propos de les faire connaître ici en peu de mots, afin de ee e céteur à ce que nous aurons à dire de l'un & de l'autre dans la suite. René de Bréhant de Galinée, du diocèse de Rennes, auteur d'un voyage curieux dans le C Canada & de la carie d’une partie de ce pays, la plus ancienne que nous connaissions & la plus remarquable pour cette époque, était diacre, prieur de Saint-Maur de Nazar, au diocèse de Saint-Brieuc (1),/ & licencié de Sorbonne. Il avait su allier avec l'étude de la théologie celle des mathématiques & de l'aftronomie, & l'un de ses contemporains, qui l'avait connu particulièrement, ajoute « qu'il était très-eftimable, non-seulement
pour son esprit, ses mœurs & ses grandes connaissances « ecclésiaftiques, mais aussi pour son adresse singulière « dans les arts mécaniques (2); » ce qui devait le rendre très-utile dans un pays nouveau. L'autre Missionnaire a donné son nom à cette partie du haut de l'ile de Montréal, appelée encore aujourd'hui de son nom, la baie d'Urfé, où il réunit des sauvages qu'il desservit en qualité de Missionnaire. Il était fils de Charles-Emmanuel Lascaris, marquis d'Urfé & de Baugé, & de Marguerite d'Alègre, de l'une des premières familles d'Auvergne; & cette circonfance, qui le rendit assez proche parent de Colbert, ne sera pas sans quelque intérêt dans la suite de cette histoire (*).
(*) La Mère de lIncarnation, parlant de M. de Galinée & de M. d'Urté, dit qu’ils étaient de qualité & de naissance ; & quoique en général cette remarque ne doive pas tirer à conséquence pour la plupart de ceux dont nous avons à parler, il ne sera pas hors de propos de donner ici quelques éclaircissements sur l’extraction de l'un & de l’autre & sur l’origine de leurs noms. La famille de Bréhant, qualifiée par la Chesnaye des Bois, »raic