XXVIE COMMENCEMENT DH LA
MISSION DE KENTÉ,
:\Rélationde rtus,
Relation de 16:
2 oétobre 1668, au licu appelé ensuite la Chine (*), & abordèrent à Kenté, le jour de saint Simon & saint Jude, 28 octobre, après vingt-six jours de navigation. Les sauvages du lieu les reçurent avec beaucoup d'affeétion, & essayèrent de les régaler à leur manière; mais ce qui fut plus du goût des Missionnaires, le chef du village conseritit à leur envoyer les petits enfants, pour qu'ils les inftruisissent & les disposassent à recevoir le baptême. Les missionnaires se mirent donc à leur faire le catéchisme, donnant en récompense à ceux qui se montraient plus
‘) Dans leur Relation de cette année, les PP. Jésuites ont mentionné ce voyage. « Deux fervents Missionnaires, tirés du Séminaire « de Saint-Sulpice, M. de Féne'or & M. Trouvé, ont été envoyés par « Mgr de Pétrée, cet été dernier, à une peuplade des [roquois d'Oïo- « goüen, qui se sont placés, depuis peu, sur les rives du nord du « lac Ontario {1. Cette nouvelle peuplade avait besoin de pasteurs « pour confirmer l'esprit de la foi dans cette nouvelle Eglise, que nous « avons cultivée pendant deux années, & c’eit ce que feront digne- « ment ces deux Ecclésiaftiques du Mont-Royal (2). » L'auteur de la Relation voulait dire, non que les Jésuites cussent déjà évangélisé les sauvages de Kenté; mais apparemment que douze ans auparavant, le P. Ménard avant passé deux mois chezles Oïogoüens (3), quelquesuns de ceux de Kenté avaient pu recevoir, par ce Religieux, quelque teinture de Chriflianisme; car les deux Missionnaires ne trouvèrent à Kenté ni Eglise formée, ni même aucun chrétien.
Arrivés au lac Saint-François, ils rencontrèrent deux pauvres femmes sauvages, exténuées de fatigues & de misère, qui, après s’être échappées depuis quarante jours d'Onneiout, où elles étaient prisonnières, fuyaient à Villemarie. Là,les deux conduéteurs Iroquois se saisirent aussitôt de ces femmes, malgré tous les efforts des Missionnaires qui leur représentaient que M. de Courcelles serait très-irrité de cette infraétion de la paix. Bien plus, l'un des deux conducteurs qui portait avec lui de l’eau-de-vie s’enivra ; & dans la fureur cruelle où le jeta son ivresse, voulut tuer l’une de ces femmes, qui parvint heureusement à se dégager de ses mains & s'enfuit avec son enfant dans les bois, aimant mieux mourir de faim que par la hache de ce barbare. Les deux Iroquois conduisaient néanmoins avec eux l’autre femme, lorsqu’après avoir vogué cinq ou six jours, ayant rencontré des Hurons qui allaient en traite à Villemarie, ils craignirent la jufte colère de M. de Courcelles, & leur remirent cette captive, qui arriva, ainsi que l’autre, dans cette ville, 1e refuge ordinaire des malheureux.
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attentifs, au lieu d'images, quelques fruits secs ou d'autres petites douceurs, & après les avoir inftruits, en baptisèrent cinquante, du nombre desquels était la fille du chef, qu'ils nommèrent Marie. Mais à l'égard des adultes, ils n'exerçaient guère leur miniftère qu'envers des malades dont plusieurs, néanmoins, les consolèrent singulièrement à leur mort. Ils passèrent ainsi à Kenté l'hiver de 1668 à 1669 (1). Au printemps suivant, M. de Fénelon descendit à Villemarie, au milieu des rapides, traînant lui-même son canot dans les portages, avec des fatigues qui sembleraient incroyables à ceux qui n'ont pas fait l'expérience d'une si accablante navigation. De Villemarie il se rendit à Québec, & ce fut peut-être alors que M. de Laval, l'ayant interrogé sur ses travaux apoftoliques, pour qu'on en insérât le détail aux Relations, il lui fit cette réponse : « Monseigneur, la plus grande grâce que vous puissiez « nous accorder, c'eft de ne point faire parler de nous.
A Québec, il salua la Mère Marie de l'Incarnation. « M. l'abbé de Fénelon, ayant hiverné aux Iroquois, dit « cette Religieuse, nous a rendu une visite dans un voyage « qu'il a fait à Québec. Je lui ai demandé comment il « avait pu subsifter, n'ayant eu que de la sagamité pour « tout vivre & de l’eau pure à boire. Il m'a reparti qu'il v « était si accoutumé qu'il ne faisait point de diftinétion de « cet aliment à aucun autre, & qu'il allait partir pour y « retourner & y passer encore l'hiver avec M. Trouvé, ne « l'ayant laissé que pour aller quérir de quoi payer les « sauvages qui les nourrissent. Le zèle de ces grands ser- « viteurs de Dieu eft admirable (2). » Lorsqu'il eut terminé ses affaires à Villemarie, il repartit pour Kenté & emmena avec lui l'un de ses confrères, M. Lascaris d'Urfé, pour qu'il y apprit la langue Iroquoise & s'exerçât à la vie dure des missions. M. de Fénelon s'était proposé d'hiverner à Kenté; mais, des Iroquois retirés à Gandaseteiagon lui ayant demandé d'aller les inftruire, il se rendit chez eux & y passa l'hiver, tandis que M. d'Urfé &
(1) Lettres de li
Mère de l'Incarnation, lett. S2e, 1er septembre 1650, p. 638. — Hifloire du Montréal, par M. Dollier. Abrégé de la mission de Kenté, — Archives de la marine, Mémoires généraux sur le Canada, État du pays en général, 1669.
XXVHIT, M. D'URFÉ, MISSIONe NARE A KENTÉ,
‘2) Lettres de la Mère de l’Incarnation, lett, S2e, rer septembre 1660, p. 638.
G) Hit, du Montréal, par M. Dollier.
Abrégé de la mission de Kenté.
LE SÉMINAIRE DE SAINT- SULPICE DE PARIS SE CHARGE DES FRAIS DE LA MISSION DEKENIÉ.
(2) Lettres de M.
TFronson, t. I, 25 avril 1675. Ibid. lettres de M. de Bretonvilliers, mai 1675, 5 avril 1077, pe 54.
M. Trouvé, privés alors des commodités qu'on leur procura dans la suite, allèrent hiverner dans les bois pour y trouver de quoi subsifter. M. d'Urfé, voulant faire un jour son action de grâces après la sainte Messe, entra dans le bois, & s'avançant insensiblement sans remarquer la direction qu'il prenait, s'égara si fort qu'il ne fit qu'errer tout le jour & toute la nuit suivante. Dans cette extrémité, il craignait avec raison de mourir de faim, ou d’être dévoré par quelque bête farouche, lorsqu'il se recommanda à M. Olier pour l'exécution des desseins duquel il était allé en Canada; & s'étant remis en marche avec confiance d'être secouru, il arriva droit au village comme s'il eût été conduit par un guide assuré. Après deux ans de séjour à Kenté, 1l fit lui-même un voyage à Villemarie, Pendant cette périlleuse navigation, son canot tourna au milieu des bouillons, & quoiqu'il ne sût pas nager, il échappa une seconde fois à la mort par une proteétion particulière de la divine Providence. Le séjour de M. de Fénelon à Gandaseteiagon donna lieu à l'établissement d'une nouvelle mission dans ce village; & enfin les prêtres de Saint-Sulpice en rormèrent un autre à Ganeraske; de sorte qu'ils desservirent ces deux villages, outre Kenté, leur résidence principale (r).
Lorsqu'on eut appris au Séminaire de Saint-Sulpice,
à Paris, l'établissement de cette Mission, on examina s'il
était à propos de s'en charger & de faire les grandes dépenses qui en seraient la conséquence inévitable. Considérant qu'on ne l'avait entreprise que sur la demande expresse des Iroquois, & avec l'autorisation des deux puissances, on conclut qu’on avait des marques suffisantes de la:volonté de Dieu, & qu'on devait la soutenir au prix de tous les sacrifices (2). On envoya donc à Kenté des travailleurs pour y défricher des terres, & d'autres ouvriers pour y bâtir une ferme avec une grande maison, qu'on fournit de tous les inftruments d'agriculture, des meubles, des provisions & des autres choses nécessaires à
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