AUGMENTATION DE LA POPULATION A VILLE= MARIE
marine, regitlre des ordres du Roi pour les Compagnies des Eides, fol. 140, lettre du 15 mai 1660.
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(1) Archives de la marine, recensement de 1667. Article Montréal,
:) 1bid., recensement,
(3) Hifloire du Montréal, par M, Dollier, 1072,
4) Vie de M. de Bretonvilliers, par M.
Baudran, p. 148.
(5) Lettres de M.
Tronson, placet présenté à Colbert Île 20 mars 1077, & Mémoire sur Montréal.
MESURES PRISES PAR LOUIS XIV POUR PRO= CURER LE DÉFRICHES MENT DES TERRES.
l'événement. Pour augmenter le nombre des colons à Villemarie, le Séminaire faisait venir chaque année une recrue de serviteurs qu'il établissait ensuite dans le pays ; & le recensement de 1666 en désigne vingt-huit sous le titre de domefliques engagés. Parmi eux étaient des hommes de diverses professions nécessaires à la colonie : un taillandier, deux tailleurs, deux cordonniers, un boucher, un menuisier, un meunier, un tourneur. Le recensement de l’année suivante en mentionne trente-deux, dont la moitié étaient nouvellement venus de France, entre autres Nicolas Perrot, alors âgé de vingt-six ans (1). En 1666 (2), on comptait à Villemarie cinq cent quatrevingt-deux personnes; l’année suivante, la population était de sept cent soixante-six; mais l'année 1672, elle se composait de quatorze à quinze cents âmes (3). Depuis l'année 1663 que le Séminaire s'était chargé de l'île de Montréal, il n'aurait pu fournir à la dépense sans le concours généreux de quelques-uns de ses membres qui jouissaient d'un gros revenu, entre autres M. de Queylus & surtout M. de Bretonvilliers, qui y contribua durant vingt-cinq ans (4). « Pendant treize ou quatorze années que Mes- « sieurs du Séminaire ont pris soin de l'île de Montréal, « écrivait M. Tronson à Colbert, ils y ont fait des « dépenses si considérables, que cette habitation eft main- « tenant composée de plus de quinze ou seize cents « âmes, de grand nombre de maisons, & s'augmente tous « les jours (5). »
Convaincu que, pour établir solidement la colonie, il fallait la faire subsifter du produit même du pays, le Roi fit tout ce qui était en son pouvoir pour exciter les colons à la culture des terres. Déjà, en 1658, ayant appris que plusieurs serviteurs désertaient le Canada & s'embarquaient sur les vaisseaux qui faisaient voile pour la France, principalement sur les navires pêcheurs, & que ces désertions nuisaient à l’agriculture en diminuant le nombre de bras, il défendit à tous ses sujets Canadiens de sortir du
pays sans passe-port, & aux capitaines de recevoir aucun passager qui ne fût muni d'un passe-port en règle, donné par le Gouverneur ou par celui qui commandait en son absence, « attendu, disait-il dans son arrêt, que par ce « moyen une partie des terres demeure inculte ou sans « être dépouillée des fruits de la saison, faute d'ou- « vriers (1). » Comme toutes les diverses Compagnies mises précédemment en possession du Canada avaient entièrement négligé cette branche essentielle d'induftrie, Louis XIV ne jugea pas à propos d'imposer à la Compagnie des Indes l'obligation de travailler au défrichement des:terres. Mais pour obtenir plus sûrement ce résultat, il donna ordre au Conseil souverain de faire lui-même des concessions de terres aux particuliers. Colbert en écrivait ainsi à M. de Laval, le 18 mars 1664: « Sa Maijeité a pris « résolution de faire lever des hommes qu: seront con- « duits en Canada; mais elle eftime tout à fait indispen- « Sable que le Conseil souverain diftribue des terres à ces « nouveaux venus, & qu'on les oblige à les défricher de « proche en proche, afin que, n'étant plus épars comme « autrefois, ils soient mieux en état de se défendre contre « les surprises des Iroquois (2). » Enfin, dans les lettres de noblesse dont le Roi voulut honorer plusieurs colons des plus zélés pour l'établissement du pays, il donna pour motif de cette faveur l'empressement qu'ils avaient fait paraitre pour la culture des terres (*).
(") Ainsi, dans la lettre que Louis XIV accorda à Nicolas Juchereau, de Saint-Denis, il rappelle que le père de celui-ci, au lieu de faire le commerce, fut l’un des premiers qui s’attachèrent « unique- « ment & suivant nos intentions, dit-il, à faire des établissements « assez considérables & à travailler au défrichement & à la culture « des terres (3). » Pareillement dans celles du sieur Aubert de Lachesnaye, il expose le même motif : « Et d'autant qu’il a employé des « sommes très-considérables pour le bien & lPaugmentation de la « colonie, & particulièrement au défrichement & à la culture d’une « grande étendue de terres, en divers établissements séparés, nous « avons cru que nous devions le traiter favorablement, » & lui donner des lettres de noblesse (4).
(1) Archives du miniflère des affaires étrangères, vol, A mérique, de 1502 à 1600, fol, 483, 12 mars
(2) Archives de l'archevêché de Québec, lettre de Colbert, 15 mars 1034.
3) Regiftre des insinuations au Conseil de Québec, fol. 125,
(4) Ibid, fol, 1274
AVIL
POUR FACILITER LE DÉ- FRICIEMENT, LOUIS AIV FAIT TRANSPOR- TER EN CANADA DES CHEVAUX QU'IL DONNE AUX PARTICULIERS, (1) Hifloire vérita-
ble et naturelle de la
Nouvelle-France, Pa-
ris, 1004, in-12, page
(2) Relation de 1065, p.25. -Journaldes Jésuites, 16 juill, 16068,
{3 Lettres de Marie
* de l'incarnation, lettre
501, pb2t.
L'un des premiers soins du Monarque fut d'y faire passer, à ses frais, des chevaux, tant pour faciliter aux colons les travaux de l'agriculture, que pour procurer leur commodité particulière, attendu que jusque-là ils n'avaient pu marcher qu'à l'aide de raquettes pendant l'hiver. Le 16 juillet 1665, on débarqua à Québec douze chevaux, les premiers envoyés de France par le Roi. Il était naturel que les sauvages, à qui ces animaux étaient entièrement inconnus, témoignassent une grande surprise en voyant ces orignaux de France : c'eit ainsi qu'ils les appelaient, par comparaison avec ces animaux du pays, n'ayant pas de mots dans leur langue pour les désigner. Ce qu'ils admiraient surtout, c'était qu'ils fussent si traitables & si dociles sous la main de leurs cavaliers, qui les faisaient marcher à leur fantaisie (2). « Sa Majesté a encore « envoyé des chevaux, écrivait en 1667 la Mère Marie de « l'Incarnation, & on nous a donné, pour notre part, deux « belles juments & un cheval, tant pour la charrue que « pour le charroi (3). » L'année 1670, le Roi envoya pareillement un étalon & douze juments, & les fit diftribuer aux gentilshommes du pays, les plus zélés pour la culture des terres : une jument à M. Talon, deux juments à M. de Chambly avec un étalon, une à M. de Sorel, une à M. de Contrecœur, une à M. de Saint-Ours, une à M. de Varenne, deux juments à M. de Lachesnaye, une à M. de Latouche, une à M. de Répentigny, enfin la douzième à M. Le Ber. Voici les conditions auxquelles le Roi faisait ces sortes de dons aux particuliers : ils devaient les nourrir pendant trois ans; & si, par leur faute, quelqu'un de ces animaux venait à mourir, celui à qui il avait été donné était obligé de payer au receveur du Roi la somme de deux cents livres. Dans l'autre cas, il pouvait le vendre après les trois ans expirés, ainsi que les poulains qu'il aurait pu avoir; mais avec charge, au bout des trois ans, de donner au receveur de Sa Majesté un poulain d'un an pour chaque cheval, ou la somme de cent livres. Il était pareillement ordonné que, lorsque ces poulains que le Roi
faisait élever & nourrir seraient parvenus à leur troisième année, on les diftribuerait à d'autres particuliers, & toujours aux mêmes conditions (1). Comme on le voit, ces conditions ne pouvaient être plus avantageuses aux particuliers ni au pays en général. Aussi Colbert, qui avait tant à cœur de voir fleurir la colonie, écrivait à M. Talon, le 11 février 1671 : « Je tiendrai la main à ce qu'il soit « envoyé en Canada des cavales & des ânesses, afin de « multiplier ces espèces si nécessaires à la commodité « des habitants (2). » De tous les animaux domeftiques envoyés par le Roï dans la Nouvelle-France, les chevaux furent, en effet, ceux qui s'y multiplièrent le plus, quoique le nombre des autres y augmentàt d'une manière étonnante (3).
Dans la diftribution de chevaux faite en 1670, nous avons dit que le Roi en fit donner un à M. de Sorel & un à M. de Chambly. C'eft que ce Prince, tout en tenant garnison dans les Forts nouvellement conftruits, excitait par ses largesses les officiers qui y commandaient, à entreprendre le défrichement des terres voisines de ces poîtes, & que les deux dont nous parlons se diftinguèrent par les travaux auxquels ils se livrèrent alors. « L’on défriche « beaucoup, écrivait la Mère de l'Incarnation, surtout au « fort de Chambly & à celui de Sorel. Ces messieurs, qui « sont fort honnêtes gens, y vivent de ménage, y ayant « des bœufs, des vaches, de la volaille. Ils ont de beaux « lacs, fort poissonneux tant en hiver qu'en été, & la « chasse y eft abondante en tout temps. L'on a fait des « chemins pour communiquer d'un Fort à l'autre : les « officiers y faisant de fort belles habitations & avançant « bien leurs affaires par les alliances qu'ils font avec les « familles du pays (4). » D'autres officiers se livraient ailleurs à l'agriculture. De ce nombre, M. Sidrac du Gué, à qui M. lalon permit, en 1667, sous le bon plaisir du Roi, de s'établir à l'ile Sainte-Thérèse, d'y abattre les bois & d'en faire cultiver les terres (5). Pour leur donner à tous
(1, Archives de la marine, vol, Canada, LI, de 1670 à 1676, 20 août 1670,
(2) Jbid., lettre de Colbert à M. Talon, it février 1071,
(3) Relation de 1668, P-. 3.
OFFICIERS QUI SE Li- VRENT A L'AGR!CUL- TURE, M, TALONe
(4) Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre 79, 18 oétobre 1667, p. b20, 027.
(5) Greffe de Villemarie, 11 oél. 16067, Autorisation de M.
Talon,
(1) Lettres de Marie Ce l’Incarnation, lettre Si, 100$, P: 634.
(2) Pièces & documents sur la tenure scigneuriale, p. 348.
(5) Arcluves de Ta marine, recensement de 1066.