‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 153 sur 392 · AGRICULTURE, MOYEN FACILE POUR FAIRE SUBSISTER LES PAR · texte numérisé non relu

AGRICULTURE, MOYEN FACILE POUR FAIRE SUBSISTER LES PAR

TICULIERS ÉTABLIS.

l'exemple, M. ‘Talon lui-même faisait défricher aux frais du Roi des terres situées à deux lieues de Québec, appelées ensuite la seigneurie des Zslets. Il y envoya un grand nombre de colons pour y former des familles (1), & les diftribua en trois villages qu'il établit assez rapprochés l'un de l'autre : le premier fut appelé le Bourg-Royal, le second le Bourg-de-la-Reine, & le troisième le Bourg- T'alon (2). Pour ce même motif, il envoya un très-grand nombre de colons à Beaupré, à Beauport & à l'île d'Orléans. Ainsi, tandis que dans le recensement de 1666 on ne trouve que cinq cent cinquante-cinq personnes à Québec, on en voit six cent soixante dix-huit à la côte de Beaupré, cent soixante-douze à la seigneurie de Beauport, & quatre cent soixante-onZe dans l'île d'Orléans (3.

Les colons qui avaient à cœur leur établissement pouvaient, sans être accablés par le travail, défricher successivement leur concession, & tirer, après un court espace de temps, de la partie déjà mise en culture, de quoi pourvoir à leur subsiftance & à celle de leurs familles. « Quand une famille a commencé une habitation, écrivait « la même Religieuse, il lui faut deux ou trois ans avant « que d’avoir de quoi se nourrir; mais ces premières dif- « ficultés étant passées, ils commencent à être à leur aise; « & s'ils ont de la conduite, ils deviennent riches avec le « temps, autant qu’on le peut être dans un pays nouveau « comme l'eft celui-ci. Au commencement, ils vivent de « leurs grains, de leurs légumes & de leur chasse, qui eft « abondante l'hiver. Pour se procurer le vêtement & les « uftensiles du ménage, ils font des planches destinées à « couvrir les maisons, & débitent des bois de charpente « qu'ils vendent bien cher. Ayant ainsi le nécessaire, ils « commencent à faire trafic, & de la sorte ils s'avancent « peu à peu. Ici les blés, les légumes & toutes sortes de « grains croissent en abondance : la terre eft une terre à « froment, & plus on la découvre en abattant les bois, plus « elle eft fertile & abondante. Sa fertilité a bien paru cette

« année, où les farines de l'armée s'étant gâtées sur mer, « il s'eft trouvé ici des blés pour fournir à sa subsiftance, « sans faire tort à la provision des habitants. Cela a telle- « ment touché les officiers des troupes, qu'ils ont obtenu « des terres pour y faire travailler. Aussi, il eft incroyable « combien te pays se découvre & se peuple partout (1). »

Le zèle pour l'exploitation des terres ne se montra nulle part plus empressé ni plus courageux qu'à Villemarie. On a vu que les seigneurs de Montréal avaient, à diverses reprises, essayé d'appliquer les colons à l’agriculture, & que les guerres continuelles dont Villemarie était le théâtre, forcèrent les habitants d'abandonner leurs champs pour cultiver les terres qui avoisinaient le Fort. Dans cette nécessité, on s'était contenté de leur faire des concessions d'une très-petite étendue, avec promesse pourtant d'en donner à chacun de plus considérables quand les circonftances pourraient permettre d'aller travailler au loin. Mais à peine eut-on appris, en 1664, que le Roi allait enfin envoyer des troupes, que plusieurs colons demandèrent & obtinrent aussitôt de nouvelles terres, au côteau Saint-Louis, quelques-uns vers la montagne de Montréal, d'autres enfin au pied du Courant, dans le voisinage de la maison fortifiée de Sainte-Marie (*). L'année suivante 1665, & avant même que les troupes fussent arrivées en Canada, un grand nombre d'autres

(‘) On a vu que l’Hôtel- Dieu de Villemarie avait aussi été réduit, plusieurs fois, à abandonner la culture des terres attribuées pour sa donation. L'arrivée des troupes permettant donc de se livrer aux travaux de la campagne, le Séminaire, en 1666, lui accorda deux cents arpents de terres, joignant les deux cents arpents donnés le 8 (avril 1650, & pareillement à titre de fief, sans aucune redevance (2). Enfin, comme les pauvres de l’Hôtel-Dieu n'avaient pas de prairies pour leurs animaux, il leur accorda encore, à la suite de ces quatre cents arpents, toutes les terres non concédées qui, du fleuve Saint-Laurent, s’étendaient vers le lac Saint-Pierre, jusqu’à la première redoute : le / tout également à titre de fief (3).

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