XXIV
sant de ui Le Séminaire de Villemarie, non content de donner GNEURS DÉMONTRE aux colons des terres à défricher, leur faisait encore des # LR A ” largesses pour les mettre en valeur. Il se montra même si généreux, surtout dans ces premiers temps, que, donnant au delà de ses moyens, il contraéta des dettes en France, dont l'acquittement le tint lui-même bien des années dans la gène, comme la suite le montrera. « Pendant treize ou quatorze années, depuis qu'il a le soin de l'île de Montréal, écrivait M. Tronson à Colbert, en 1677, toutes les concessions que le Séminaire a données à des particuliers pour défricher des terres ont été gratuites, sans autres redevances que de quelques deniers par arpent. Ceux à qui il les avait données n'ayant pas, pour la plupart, le moyen de les défricher & de les faire valoir, il a été obligé de les assifter & même quelquefois de contribuer à une partie de la dépense nécessaire pour le défrichement de ces mêmes terres. Quant au revenu qu'il tire de celles qu'il fait défricher lui-même pour son usage particulier, il eft si peu de chose, eu égard aux
dépenses qu'il a fallu faire, qu'il ne rapporte pas le deux pour cent, sans compter les dépenses communes & générales, auxquelles il eft obligé, pour l'adminifira- « tion de la juftice & les autres charges publiques qu'il a 20 mars 1677, et « soutenues jusqu'à présent, comme il paraît par les
1, Lettres de M.
Tronson; Placet du
Mémoire touchant
Montréal.
NOUVEL. ASPECT QU'OF- Ainsi, après l'arrivée des troupes & la guerre portée
FRE LE PAYS PARLE chez les Agniers, le pays sembla changer de face par la
PS ES facilité qu'eurent alors les colons de se livrer en toute
liberté aux travaux de l'agriculture. Ce nouvel ordre de
choses faisait dire au Père Le Mercier dans sa Rela-
tion, vers la fin de l'année 1667: « Autrefois l'Iroquois
nous tenait serrés de si près qu'on n'osait pas même
cultiver les terres qui étaient sous le canon des Forts,
bien moins aller découvrir au loin les avantages qu'on
doit attendre d'un sol qui n’a presque rien de différent
de celui de la France. Mais à présent que la terreur des
comptes & les états de chaque année (1). »
armes de Sa Majefté a rempli d'effroi ces barbares & les « a réduits à rechercher notre amitié, au lieu des san- «glantes guerres dont ils nous moleftaient incessamment, « nous découvrons, pendant le calme, quelles peuvent « être les richesses de ce pays, & combien grandes sont « les commodités qu'on s'en doit promettre. De fait, la « paix ayant été conclue avec toutes les nations Iroquoises, « après de pressantes inftances qu'elles ont faites par leurs « ambassadeurs, alors les habitants des colonies ont vu « qu'ils pouvaient s'étendre au large & labourer leurs « terres avec un parfait repos & une entière sûreté, tant à « cause de cette paix que de la continuation des soins « qu'on prend de garder & d'augmenter les Forts des fron- «tières, & de les munir de toutes choses nécessaires à « leur conservation & à celle des soldats qui les défen- « dent (1). » « Il fait beau voir à présent, lit-on dans la « relation de l'année suivante 1668, presque tous les rivages « de notre fleuve de Saint-Laurent habités de nouvelles « colonies qui vont s'étendant sur plus de quatre-vingts « lieues de pays le long des bords de cette grande rivière, « où l'on voit naître, d'espace en espace, de nouvelles « bourgades qui facilitent la navigation, la rendent & plus « agréable par la vue de quantité de maisons, & pius com- « mode par de fréquents lieux de repos. »
Mais ceux qui prirent ainsi des concessions ne montrèrent pas tous la même conftance à les mettre en valeur, & il eft nécessaire d'entrer ici dans quelques détails pour faire connaître les difficultés qu'on eut à vaincre dans le premier défrichement des terres, détails que nous empruntons de la colonie de Villemarie, mais qui pourront donner une idée des obftacles dont on eut à triompher ailleurs. M. Talon se trouvant dans cette ville au mois de mai 1667, plusieurs habitants zélés pour l'avancement du pays lui représentèrent que leur bonne volonté était rendue inefficace par la négligence de leurs voisins, qui n’abattaient point les bois de leurs concessions & retardaient par
(r)Relationde 1667, p. 2.