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XVI

FILLES SAUVAGES CON- FIÉES AUX SOEURS DE LA CONGRÉGATION, CATHERINE NACHITAL

(2)Hiftoire du Monte réal, par M, Dollier,

3) Gretle de Ville.

marie, 1.4 NOV, 1072

4) bit.

(1) Regiftres de l'archevèché de Québe:, À, Pe 77:

MARIE-THÉRÈSE ADOb- TÉE PAR M. DE COUR- CELLES,

2) Grefle de Villemarie, 11 mars 1091, Acte de Maugue.

(3) Greïle de Villemarie. Lettre de M, de Courcelles attachée à l'aéte précédent.

(4) Ibid, 11 déc, 1072. Aéle de Basset, 17 juillet 1600, 22 juin 1705.

270 It PARTIE, LOUIS XIV.

prescrivait M. de Laval, à la condition expresse que les époux seraient domiciliés parmi les colons, & non errants dans les bois; qu'ils élèveraient leurs enfants selon les mœurs Françaises, & leur apprendraient notre langue (1.

M. de Courcelle, qui n'avait pas moins à cœur la civilisation des enfants sauvages, voulut fournir aux frais d'éducation d'une petite Iroquoise, qu'il plaça, comme pensionnaire, à la Congrégation. Cette enfant, née en 1666 ou 1667, s'appelait Gannensagouas, &, à son baptème, on la nomma Marie-Thérèse (*), des noms de la Reine de France (2). Par contrat du 29 oétobre 1672, & par d'autres contrats antérieurs, M. de Courcelles avait remis, en faveur de cette petite Iroquoise, diverses sommes à M. Dollier, à qui il écrivaitle 23 novembre suivant : « Voici « un mémoire de ce qui a Cté fourni pour Marie-Thérèse : «il se monte à mille livres; veillez à ce que ce fonds « soit en sûreté, & qu'on le fasse valoir autant qu'on « pourra (3). » Dans ce dessein, M. Dollier remit la somme à la Sœur Bourgeoys, qui, du consentement de celui-là, l'employa à acheter une terre défrichée en partie, où se trouvait une grange en bois, avec diverses dépendances ; le tout pour la somme de mille cinquante livres tournois (4). Par ses soins intelligents, la Sœur fit valoir ce petit fonds, car les mille livres données par M. de Courcelles, qui en 1672 s'élevaient à mille cinquante livres tournois, formèrent, neuf ans après, un capital de trois

(*) Sur le regiftre des baptêmes de la Mission de la Montagne de Montréal, il eft marqué qu’une Marie-Thérèse, nommée Gannensagouas, fut baptisée le 28 juin 1681; mais comme celle qui fut adoptée par M. de Courcelles avait déjà, le 25 mars de la même année, terminé son année de probation pour être dans la Congrégation de Notre- Dame, on doit les diftinguer l’une de l’autre. Ce que nous avons dit dans la Vie de la Sœur Bourgeoys, tome [‘', p. 295, que le grandpère de cette dernière l’avait amenée de Sonnontouan à la Montagne, en 1667, eft donc inexact & fondé sur la confusion que nous avons faite de l’une avec l’autre.

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mille quatre-vingt-quinze livres. Marie-Thérèse, touchée de la vie sainte de ses maîtresses, & désireuse de les imiter, témoigna de bonne heure le désir de se consacrer à Dieu, dans l'Inftitut de la Congrégation; & après avoir rcitéré longtemps ses inftances, elle fut admise enfin à la profession en 1681, & apporta en dot à la Communauté cette somme ainsi accrue pour elle (1). Les Prètres de Saint-Sulpice, de leur côté, firent élever à leurs frais d'autres filles sauvages, par les Sœurs de la Congrégation, & eurent conflamment de petits garçons au Séminaire. A l'un d'eux, nommé Ondaguctte, qui montrait plus d'application au travail & plus d'adresse que les autres, ils firent apprendre le métier de taillandier, & l'envoyèrent méme en France, pour qu'il se perfectionnat encore dans cet art (2).

Il paraît cependant que le caraétère de ces enfants, naturellement impatients de toute discipline, rendait inetficaces les soins qu'on prenait de leur éducation. D'ailleurs, l'amour désordonné ou plutôt la faiblesse qu'avaient pour eux leurs parents, incapables la plupart de les contrarier dans leurs petits caprices, & même de les voir éloignés d'eux, y mettait un obitacle presque insurmontable, qui lassa la patience des personnes les plus dévouées à une œuvre si ingrate & si malaisée. « Si Sa Majefté veut « qu'on les civilise, écrivait Marie de l'Incarnation, nous « sommes prêtes de le faire, par l'obéissance que nous lui « devons; & surtout parce que nous sommes toutes dispo- « sées de faire tout ce qui sera à la plus grande gloire de « Dieu. C'eft pourtant une chose très-difficile, pour ne pas « dire impossible, de les franciser ou civiliser; nous en « avons l'expérience, plus que toutes autres, & de cent de « celles qui ont passé par nos mains, à peine en avons-nous « civilisé une (3). Depuis que nous sommes en ce pays, « nous n'avons francisé que celles dont les parents « l'ont bien voulu, & quelques pauvres orphelines, dont nous étions les maîtresses : les autres n'étaient que pas-

1) dbid., 14 mars 10N1, Acte de

gue,

2) Archives du séminaire de Villemarie,

Mémoire de

Belmont sur | tance des enfants sau- | Vages par

naire.

XVI, | DIFFICULTÉ | NIR AUX ÉCOLES LES | ENFANTS SAUVAGES, l

de l'Incarnation, let- Ait tre 78e, 1er septembre 1603, P.

le

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Sémi- die) |

RETE-

fa) Lettre 70°, 21 sept. 100, puit,

(2) Lettre 75°, 1e sept. 160S, p. 027,

(3) Archives du se-

minaire de Québec, vol, in-fol., intitulé :

Noms de ceux qui sont entrés au petit séminaire,

(4) Lettre Soc, p.

sou ras NE AS SES

sagères, & demeuraient avec nous un mois ou un peu plus ; puis elles faisaient place à d'autres (1). Dans ces enfants, nous trouvons de la docilité & de l'esprit; mais lorsqu'on y pense le moins, elles montent par-dessus notre clôture & s'en vont courir, avec leurs parents, dans les bois, où elles trouvent plus de plaisir que dans tous les agréments de nos maisons Françaises, L'humeur sauvage eft faite de la sorte. Elles ne peuvent être contraintes : si elles le sont, elles deviennent mélancoliques, & la mélancolie les fait malades. D'ailleurs les sauvages aiment extraordinairement leurs enfants ; quand ils savent qu'ils sont trifles, ils passent pardessus toute considération pour les ravoir, & il faut les leur rendre. Nous avons eu des Huronnes, des Algonquines, des lroquoises ; celles-ci sont les plus docres de toutes; mais je ne sais pas si elles sont plus capables d'être civilisées que les autres, ni si elles retiendront tu politesse Française, dans laquelle on les élève. Je n'attends pas cela d'elles : car elles sont sauvages, & cela sutlit, pour ne le pas espérer (2). »

Si M. de Laval prit un grand nombre d'enfants sau-

vages pour les civiliser, comme l'assure la Mère de l'Incarnation, ii ne les plaça pas au petit Séminaire; du moins nous lisons dans le regiftre de cette maison que les six enfants Hurons entrés en 1668 furent les seuls’ qu'on y reçut (3) : sans doute à cause des difficultés qu'il y avait

les former à notre manière de vivre. « La vie sauvage leur eft si charmante, à cause de sa liberté, ajoute la même Religieuse, que c'eft un miresle dc les pouvoir captiver aux façons d'agir des Français : eftimant qu'elles sont indignes d'eux, qui font gloire de ne point travailler qu'à la chasse, à la navigation ou à la guerre (4). » — « Cette entreprise, écrivait M. de Laval lui-même, n'eft pas sans difficulté, tant du côté des enfants que de celui des pères & mères, qui ont un amour extraordinaire pour leurs enfants, à la séparation desquels ils ne peuvent se résoudre; ou, s'ils la souffrent,

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«il y aura une peine tout à fait grande qu'elle soit pour « beaucoup de temps. Cependant nous n'épargnerons rien « de ce qui sera de nos soins pour faire réussir cette « heureuse entreprise, quoique le succès nous en paraisse « fort douteux (1), » Le succès ne répondit pas, en effet, aux efforts qu'on sembla faire, & la Cour, qui désirait vivement la réussite de cette œuvre, attribua ce faible résultat à quelque mauvais vouloir. En 1673, le Roi se plaignit de ce que les Jésuites n'eussent pas fait vivre îes sauvages à la manière Française, & parussent avoir là-dessus d'autres maximes, & aussi de ce que Îles Prètres du Séminaire de Montréal ne s'y fussent pas appliqués (2).

Ces derniers, en particulier, n'avaient cependant cessé de donner des preuves assez manifeftes de l'ardeur avec laquelle ils poursuivaient cette œuvre, quelque onéreuse qu'elle pût être pour eux. Comme l'une des plus grandes difficultés à vaincre était de faire consentir les parents des enfants sauvages à se séparer de ceux-ci pendant leur éducation, M. de Queylus conçut le dessein de fonder à Villemarie un hospice, pour y recevoir & traiter gratuitement les sauvages invalides, ainsi que ceux qui, parvenus à un grand âge, voudraient s'y retirer. Il espérait que les parents de ces invalides auraient moins de répugnance à se fixer dans le voisinage de Villemarie, quand ils verraient les chefs de leurs familles résider à cet hospice, & que par là, ils auraient toute facilité de voir ceux de leurs enfants qui seraient auprès des Prètres du Séminaire, ou chez les Sœurs de la Congrégation, pour y être élevés. Nous avons raconté qu'avant l'arrivée des Filles de Saint-Joseph, M. de Queylus avait invité les Hospitalières de Québec à prendre la conduite de l'Hôtel- Dieu de Villemarie, & que ce projet n'avait pas réussi. Voulant néanmoins, sans nuire à celles de Saint-Joseph, remplir ses promesses envers les autres, il offrit à ces dernières la conduite de cet hospice projeté pour les sauvages

(1) Relation de 166$, p. 31, Lettre de M, de Laval à M, Poitevin.

marine; Regiftre des dépêches, 1673, in fol,, fol, 37, 13 juin

EN VUE D'ARRÊTER LES ENFANTS SAUVAGES, M, DE QUEYEUS VEUT FONDER UN HOPITAL POUR LES SAUVAGES VIEUX OÙ INFIRMES,

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