PRISE DE POSSESSION DE LA BAIH D'HUDSON
« avec des hommes, & tout ce qui était nécessaire à la « navigation. Avec ces avantages, il se met en mer; & au « lieu de prendre la route que les autres avaient coutume « de suivre, & où ils avaient travaillé en vain : il alla à « contre-vent, & chercha si bien qu'il découvrit la grande « baie du Nord, Il prit possession de ce grand pays, pour « le Roi d'Angleterre; & y ayant trouvé un grand peuple, « il eft revenu avec son navire ou ses navires, chargés de « pelleteries, pour des sommes immenses. A son retour « en Angleterre, il a reçu vingt mille écus de récompense « du Roi, qui l’a fait chevalier de la Jarretière; & l'on a « fait une gazette pour louer cet aventurier Français. Sa « femme & ses enfants sont encore ici (1). »
Le bruit de cette prise de possession parvint bientôt en Canada. « Des sauvages Kilifinous, dit à ce sujet le « P. Le Mercier, dans la Relation de 1667, qui ont leur « demeure plus ordinaire sur les côtes de la mer du Nord, «€ m'ont rapporté qu'ils ont eu connaissance d'un navire; & € un vieillard me dit qu'il l'avait vu lui-même, comme aussi « une maison conftruite sur la terre ferme, par des Euro- « péens, avec des planches & des pièces de bois; & que « ces hommes tenaient entre les mains des livres sem- « blables à celui qu'il me voyait à moi-même en me fai- « sant ce récit (2). » M. Talon, ayant appris que des Européens faisaient le commerce, dans cette mer, avec les sauvages, y envoya en 1671 M. de Saint-Simon & un autre Français, avec le P. Albanel, Jésuite, qui partirent de Tadoussac, bien fournis par l'Intendant de tout ce qui était nécessaire au succès de leur voyage. Après avoir navigué sur le Saguené, en chaloupe, ils se mirent ensuite en canot, conduits par six sauvages (3). Les neuf voyageurs hivernèrent en chemin (4), & repartirent le 1° de juin 1672, pour continuer leur route, au nombre de dixneuf personnes, dont seize sauvages & les trois Français dans trois canots (5). Le vingt-huit du même mois, ils rencontrèrent, dans un petit ruisseau, un heu avec ses
(1) Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre 84°, 27 août 1070, p: 649, 650.