CRAINDRE QUE LES IROQUOIS NE RECOM- [1 MENÇASSENT LA | | GUERRE
(3) bit, p. 70, 77.
VII
CN NE PEUT FAIRE JUS- TICE DU MASSACRE DES ONNEIOUTS, LES ASSASSINS AYANT PRIS LE LARGE.
(1) Greffe de Villemarie, 12 & 22 juillet
(2) Greffe de Villemarie, 5 juill, 1669.
Ce qu'il y cut encore de très-fâcheux, c'eft qu'on ne put faire juftice d'aucun des trois scélérats, qui avaient assassiné les six Onneiouts, quelques moyens qu'on eût pris pour les atteindre, & quoiqu'on eût promis trois cents livres de récompense à ceux qui les amèneraient (1). Il paraît que ce dernier crime, commis dès le printemps précédent, était refté, plusieurs mois, entièrement inconnu. On en eut eniin quelque soupçon, & M. La Salle, en ayant entendu parler, interrogea adroitement l'un des trois assassins, qui avoua le fait, & lui en donna même une relation par écrit. M. La Salle était alors sur le point de partir avec M. Dollier; la veille même du départ, il alla faire sa déclaration au Procureur fiscal, craignant, dit-il, d'engager sa conscience, s'il ne révélait le crime, avant d'entreprendre un voyage, où il courait danger de perdre la vie (2). Mais les assassins avaient déjà pris le large; & tout ce que put faire la juftice des seigneurs de Montréal, fut de mettre en sûreté les hardes des six Onneiouts, ainsi que leurs pelleteries, que M. de Queylus fit porter au Fort de Villemarie. En outre, le juge, M. d’Aillebouft, se transporta à la maison de celui des assassins qui demeurait à la Commune, & fit l'inventaire de ses meubles, qui furent vendus à l'enchère, le 28 du même mois, à l'issue de Vüpres, pour sauvegarder, par leur produit, les droits de ses créanciers. Mais le P. Raffeix, qui était alors à la Prairie de la Magdeleine, ayant appris cette vente, alla trouver M. de Queylus, & lui déclara que le fugitif avait recu chez lui, en dépôt, plusieurs objets d'un Troquois Onneiout, qu'on présumait avoir été assassiné, & que ces objets devaient appartenir au fiis du défunt, nommé Aaritak, encore enfant. « La juftice, répondit M. de Queylus, « ne peut, en effet, s'emparer du bien d'autrui, & on ren- « dra à cet enfant tout ce que les sauvages reconnaîtront « avoir appartenu à son père. » Les objets vendus furent donc rapportés par les acquéreurs; & des Iroquois, venus de la Prairie, reconnurent divers objets, mis en dépôt chez l'assassin, qui leur furent remis pour l'enfant.
Enfin, les informations étant terminées, & le massacre des six Onneiouts juridiquement conftaté, le Procureur fiscal, après avoir rappelé, que ces malheureux avaient sacrifié à leur déteftable avarice, tout le pays, en l'exposant à sa totale deftruction, par une violation si lâche & si noire du traité de paix avec les nations sauvages, traité, qui aurait dû être inviolable & cher à tous les colons, pour la douceur qu'ils en ressentaient : il conclut que les trois assassins devaient être mis à mort; & ce fut la peine que porta contre eux M. d’Aïllebouft. Il déclara que ces individus étaient convaincus d’avoir, de guet-apens & de propos délibéré, assassiné, massacré & volé six personnes sauvages, de la nation d'Onneiout, & les condamna, si on pouvait les saisir, à être mis sur un échafaud, dressé dans la Place Commune de Villemarie, à y avoir les bras, les cuisses, les jambes & les reins rompus vifs, jusqu à ce que la mort s'ensuivit, & ensuite à être mis sur une roue, pour y demeurer l'espace de vingtquatre heures; ajoutant que, si l'on ne pouvait les saisir, ils subiraient ce supplice en effigie, dans la même place, & que leurs biens seraient confisqués au fisc (1).
L'année suivante, 1670, les entreprises des Iroquois contre les Algonquins pensèrent rompre de nouveau la paix. Une troupe de vingt Iroquois, étant à la chasse, rencontrèrent deux hommes de leur propre nation, qui, ayant été faits prisonniers de guerre par les Algonquins, & s'étant heureusement échappés, leur apprirent que le bourg d'où ils étaient partis n'était alors défendu par personne; que les ;;ens de guerre, qui y demeuraient, étaient tous allés à la chasse; qu'il n'y reftait plus que des femmes, des enfants & quelques vieillards, & qu'il leur serait très-aisé de le piller. Aussitôt la résolution fut prise de faire une tentative de ce côté-là; ce qui leur réussit avec tant de facilité, qu'ils entrèrent sans résiftance dans le bourg, & qu'après en avoir tué quelques-uns, ils firent captifs les femmes & les enfants, au nombre d'une cen-