‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 241 sur 392 · VOYAGE DE M. DE COURCELLES · texte numérisé non relu

VOYAGE DE M. DE COURCELLES

menaça de perdre tous ceux qui se révolteraient; & ajouta que, quand il le voudrait, il prendrait & dét:uirait leurs bourgades (1).

Le 14 juin, on commença à descendre les rapides, pour retourner à Villemarie. Au milieu de ces chutes d'eau impétueuses & de ces bouillons eflrayants, Champagne, qui commandait le bateau, courut risque plusieurs fois de la vie; & néanmoins toute cette troupe arriva heureusement, sans que, dans une si dangereuse navigation, il füt arrivé aucun accident à personne. A Villemarie, chacun demeura étrangement surpris de voir que, dans l'espace de quinze jours, on eût conduit ce bateau à travers tant de précipices, & tous rendirent publiquement des actions de grâces à Dieu, du succès d'un voyage si périlleux. Peu de jours après, les Outaouas arrivèrent pour la traite; & eux-mêmes ne revenaient pas de leur étonnement, en apprenant ce que le Gouverneur général venait de faire, pour les maintenir en paix avec les nations Iroquoises. Leur satisfaction était certainement bien fondée; car la Mère Marie de l'Incarnation rapporte que les Sonnontouans qui remuaient pour leur faire la guerre, furent tellement intimidés par le Gouverneur, aussi bien que les autres nations Jroquoises, que, d'ennemis qu'ils étaient, ils devinrent amis avec les Outaouas. De leur côté, les Missionnaires résidant chez les Iroquois rapportèrent que ce voyage du Gouverneur général les avait tellement épouvantés, que ceux qui demeuraient dans de petits villages, avaient voulu les abandonner; que ceux des villages plus considérables en étaient venus jusqu'à retenir la jeunesse, qui était prète à partir pour aller en guerre contre les sauvages de la Nouvelle-Suède; & même à rappeler une troupe de jeunes gens déjà partis. Ils rapportèrent aussi que les Iroquois, ayant appris le retour de M. de Courcelles, avaient tenu plusieurs conseils, & résolu d'envoyer, au printemps suivant, une ambassade, pour apprendre de lui les raisons de son voyage dans leur pays; & ce

(1) Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre 89°, p. 670.

RETOUR DE M, DE COURS CELLES, HEUREUX EF e FETS DE CE VOYAGE SUR LES IROQUOIS,

(1) Hiftoire du Montréal, de 1670 à 1071.

Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre Sg, p. 600, 670.

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qu'ils devaient en espérer. Mais le résultat fut que, pour ne pas déplaire aux Français, ils n'allèrent pas en traite chez les Hollandais; & qu'ils communiquèrent même à ceux-ci, la crainte qu'ils avaient conçue. « Les Iroquois,

dit en effet M. Dollier, furent si intimidés du voyage de M. de Courcelles, & leur audace en fut tellement rabattue, qu'ils firent passer chez les Européens, leurs voisins, la frayeur que cette entreprise leur avait inspirée à eux-mêmes, donnant à craindre à ceux-ci l'arrivée de M. de Courcelles, avec une multitude de gens de guerre, que l'épouvante des Iroquois leur faisait imaginer » (1). « Avant ces troubles, ajoute de son côté la Mère Marie de l'Incarnation, les Sonnontouans étaient d'intelligence avec les Anglais, à qui ils voulaient mener les Outaouas, afin de fruftrer la traite des Français : ce qui eût perdu tout le commerce. Mais les Anglais, ayant appris le voyage de M. le Gouverneur chez les sauvages, n'ont pas moins été effrayés que les sauvages eux-mêmes, craignant qu'on n'allât les attaquer, pour les chasser des lieux où ils sont établis (2). »

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