‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 243 sur 392 · ÉRECTION DES FIEFS DE CARION, DE MOREL EF DE VERDUN · texte numérisé non relu

ÉRECTION DES FIEFS DE CARION, DE MOREL EF DE VERDUN

(2) Greffe de Villemarie, S juillet 1674.

Contrat de mariage de Louise Soumillart,

marine, lettre de M, Talon à Colbert, 10 nov. 10670. Mémoire de M. Talon à Colbert, du g nov. 1631.

leurs voisinages des maisons-fortes, qui, dans le besoin, pussent leur servir de lieux de retraite. Pour ce motif les seigneurs de Montréal résolurent, en 1671, d'ériger d'autres fiefs nobles, dans les endroits de leur île les plus importants & les plus exposés, & de donner ces fiefs à des militaires, avec obligation pour eux d'y conftruire des maisons de défense & d'y résider. Un grand nombre de colons s'étant déjà établis jusqu'à la Pointe-aux-Trembles, & même bien au delà de ce lieu, M. de Queylus, le 28 juillet, avait accordé au brave Pierre Picoté de Béleftre les terres situées au bas de l'île de Montréal, à partir d'une concession déjà faite à Jean Baudoin, & de là, en suivant le bord du fleuve Saint-Laurent, jusqu'à la rivière des Prairies, sans autre charge que de payer aux scigneurs vingt sous de rente chaque année (*) (1).

Jusqu'alors aucun des colons n'avait osé s'établir sur la rive de l'île de Montréal qui borde la rivière des Prairies, par où les Iroquois venaient quelquefois attaquer les colons. Voulant leur fermer ce passage, fortifier en même temps le bout de l'île, & bloquer tout à la fois l'entrée de la rivière de l'Assomption, M. Dollier érigea, le 7 du mois de décembre de la même année 1671, deux fiefs sur la partie de l'île de Montréal qui fait face à cette rivière : le premier en faveur de M. Philippe de Carion du Fresnoy, lieutenant de la Compagnie de La Motte, au régiment de l'Eftrade {2) ; & le second, pour M. Paul de Morel, enseigne de la même Compagnie. Ces fiefs, contigus l’un à l’autre, composés chacun de deux cents arpents de terres, huit

(*) M. de Queylus se proposait alors de faire un voyage en France pour vendre ses biens & en consacrer le prix à l'établissement de la colonie (3); & comme il était nécessaire que, pendant son absence, quelqu’un du Séminaire fût autorisé à faire des concessions de terre, M. de Bretonvilliers, au mois de mai de cette année 1671, donna pour cet etfet les pouvoirs les plus étendus à M. Dollier de Casson, notamment le droit d’ériger & de donner des ficfs nobles qui pouvaient étre si avantageux à la sûreté de la colonie.

res :est le raiingt

sur rair les éme » de ois r la : le oy,

de june itre, huit

e en ment

son sions 671, ‘r de s qui

sur les bords de la rivière & vingt-cinq en profondeur, leur furent donnés pour en jouir, eux & leurs successeurs, en toute propriété, à titre de fiefs nobles, sans juftice, avec droit de chasse dans ces terres & de pêche dans la rivière, sur toute leur largeur, à la charge de la foi & hommage, qui devait être portée & rendue aux seigneurs, dans leur maison de Villemarie, comme aussi de ne pouvoir vendre sans leur consentement, à des gens de main-morte, aucune portion de ces mêmes fiefs (1). Mais pour que les sieurs de Carion & de Morel pussent, en cas d'attaque dans ces licux écartés, repousser les Iroquois, plusieurs hommes de cœur désirèrent de s'établir aussi sur le bord de la rivière des Prairies ; & dès le commencement de l'année 1672, M. Dollier fit des concessions de soixante arpents de terre à chacun de ces braves. Parmi les premiers nous devons nommer : François Boulard, dit Cambrai, François Dormet, dit la Lande, Paul d'Azé, Jacques Hubert, Pierre Magné, Pierre Chantreux, dit Tourangeau, François Fortin, dit Picrre Mesle (*) (2). Après l'établissement de ces fiefs, d'autres particuliers allèrent aussi s'établir à la rivière des Prairies, & au bas de l’île, sur les concessions de terres que le Séminaire leur fit à chacun (‘*). Enfin le 26 décembre 1671, le Séminaire créa un autre fief noble, dont

*) Ce dernier épousa peu après ur. vertueuse fille de Troyes, Louise Soumillart, conduite en Canada av. : eux de ses sœurs, Marguerite & Catherine, par la Sœur Bourgecys, leur tante maternelle. Louise, dont l’aéte de mariage fut passé dans la maison neuve de la Congrégation, était fille d’Orson Soumillart, huissier royal à la cour souveraine de. Troyes, & de Marie Bourgeoys (3).

(**) Comme dans les différends qui survenaient entre eux, ces colons étaient obligés de faire venir des sergents de juftice du château de Villemarie, éloigné de quatre, de cinq & six lieues, les seigneurs de Montréal, au commencement de l’année 1673, nommèrent sergent d'oflice un habitant de la côte Saint-Martin, appelé Pierre Cabasié (4), qui fut reçu & inflitué en titre par M. d’Ailleboult, juge de l'ile (5). C’eit ce même Cabasié qui, l'année suivante, fut établi notaire public & se trouve avoir cette qualité dans la lifte des notaires de l’île de Montréal (6).

(1) Greffe de Villemarie, 7 déc, 1671.

Concession du fief de Carion, 8 déc, 1671, Concession du ticf Morel,

(2) lbid, Concession de 1572. 15 janvier, 15 février, 20 & :8.

ibid., 25 avril.

(3) Ibid, 8 juillet 1674. Contrat de mariage.

(4) Grefle de Villemarie. Regiftre des audiences. Mardi 24 janvier 1673.

(5) 1bid,, 23 janviet 1073,

(6) Lift of notaries,

NX AA

mr

il invettit M. Zacharie du Puy, major de l'île, pour qu'il en jouit, lui & les siens, aux mêmes conditions. Ce nouveau tief appelé de Verdun, situé au delà de la rivière Saint- Pierre, en tirant vers le Saut Saint-Louis, se composait de trois cent vingt arp:ats de terres, dont M. du Puy avait

! fil (1)Gretle de Ville- déjà été mis en possession par le Séminaire, quoique sans fl marie, 20 déc, 1671. tr \ fl. e Fief du Puy. contrat (1).

lt | (TE | ÉRECTION DES FIEPS DE Par l'érection de ces quatre fiefs, y compris celui de | ORAN, DAILE- Ja Chine, le centre & le bas de l'ile de Montréal étaient

1! BOUST, DE BELLEVUE, : È sn ds . A , er ve saivr-axoré, Mis en état de défense; mais il était surtout important d'en

fl fortifier la tête en établissant des colons sur le bord des lacs de Saint-Louis & des Deux-Montagnes, par où les sau- | vages avaient coutume de descendre pour faire leurs hostilités. M. Dollier y érigea quatre autres fiefs nobles, en

fit! faveur de gentilshommes qui avaient fait preuve de zèle & (! de courage pour la défense du pays. Le 19 janvier 1672,

il accorda le premier à un capitaine d'infanterie déjà nommé, M. Sidrac du Gué, sieur de Boisbriant (*). Ce fief, situé au bord du lac des Deux-Montagnes, se composait de deux cents arpents de terres & fut appelé de Boisbriant ; & comme M. du Gué témoignait beaucoup de zèle pour l'établissement du pays, & que même il avait déjà fait cons-

(‘) La plupart des ofliciers que nous nommerons dans ce chapitre sont qualifiés capitaines, lieutenants ou enseignes au régiment de Carignan, quoique dans plusieurs aétes on suppose qu'ils avaient appartenu à d’autres régiments que ce dernier. Ainsi, M. du Gué cft dit tantôt capitaine au régiment de Carignan, tantôt au régiment de Montaigu, & enfin au régiment de Chambell, ce qui eft peut-être une altération du nom de M. de Chambly, alors commandant des troupes en Canada. On peut supposer de là que ces officiers avaient successivement appartenu à plusieurs régiments, & qu’après avoir quitté le service, ils se qualifiaient du nom de quelqu’un des régiments où ils avaient eu l’emploi. Ainsi, dans les lettres de noblesse pour M. de Contrecœur, on lit qu’il avait d’abord été capitaine du régiment de Montizon, qu’ensuite 1l avait servi dans les chevau-légers de M. de Créquy, & enfin dans le régiment de Carignan dont il avait méme eu le « mmandement dans une campagne.

en cau intde vait ans

| de ent l'en des aU- 10$- en e &

léjà fief, t de Là éta- )ns-

chanent dent Gué nent -être | des tient voir rÉgipour régi- ‘gers avait

truire une maison au haut de l'ile, M. Dollier, pour le récompenser, ajouta à ce fief toutes les îles & battures situées au-devant & d'autres encore (*) (1). Le fief de Boisbriant fut ensuite vendu par M. du Gué & par son épouse Marie Moyen, à M. Charles Le Moyne de Longueuil & à Jacques Le Ber, écuyer, son beau-frère (2), d'où il passa à M. Le Ber de Saineville, fils de ce dernier, qui donna son nom au Fort & à la maison seigneuriale, conftruits dans ces lieux, & même au fief, qui cessa ainsi d'être appelé Boisbriant. Le 12 avril de la même année 1672, M. Dollier donna à M. Charles-Joseph d'Aillebouit des Mussceaux, juge de Montréal, un autre fief noble sur les bords du lac où divers particuliers s'étaient établis déjà, entre autres Robert Perroy, Mathurin Roullier, Toussaint Hunault, dit Deschamps (3). Le 30 juillet de la même année, il accorda deux autres fiefs nobles, dans le même lieu, aux

(*) Ces îles, données par le Séminaire à M. du Gué, n'ayant pas été spécifiées en détail dans ses lettres de concession, il s’éleva, en 1705, une assez vive conteftation entre M, de Saineville, alors propriétaire du fief du Gué, & M. Jean-Baptifte de Celloron, sieur de Blainville, au sujet d’une ile appelée Saint-Gilles, que chacun d’eux prétendait lui appartenir. M. de Blainville fondait ses droits surceux de M. de Brucy, à qui il venait de succéder, & soutenait que l'ile de Saint-Gilles avait été donnée à ce dernier par M. Pérot, gouverneur de Montréal, le 1°" janvier 1676, ainsi que l'ile appelée aux Pins, disant qu’elles étaient des dépendances d’une concession de dix arpents sur trente faite alors à M. de Brucy dans l’île Pérot. M. de Saineville représentait, de son côté, que l’ile Saint-Gilles était trèsproche de son Fort, que l'automne on y passait à gué, n’y ayant pas de l’eau à mi-jambe; & que même deux années on y était passé à pied sec. Cette dernière raison leur fit conclure, de concert, qu'elle était contenue dans les iles € battures adjacentes données par le Séminaire à M. du Gué. Quoique le titre de concession de M. Talon à M. Pérot eût attribué à celui-ci avec l’ile aux Pins l'ile Saint- Gilles en particulier (4), on conclut apparemment que, ce titre étant du 29 novembre 1672, & celui que le Séminaire avait donné à M. du Gué du 19 janvier précédent, M. Talon n’y avait mentionné l'ile Saint-Gilles que parce qu’il pensait qu’elle était alors sans maitre : son intention n’ayant pu être d'en dépouiller M. du Gué qui en était déjà pourvu.

(1) Gretle de Villemarie, 10 janv. 1072, Ficf du Gué,

(2) Grefle de Villemarie, 20 juin 1679.

(3) bit, 12 avril

(4) Pièces & documents sur la tenure seigneuriale, p. 250.

(1) Jbid,, 30 juillet

(2) Jbid,, 4 août

(3) Grefle de Villemarie, 5 mai 1075, ee avril 1673,

IV

LOUIS XIV ORDONNE DE DISTRIBUER AUX OFFI- CIERS ET AUX SOLDATS DFS TROUPES LES TERRES VOISINES DE L'ILE DE MONTRÉAL,

(4) Archives de la marine, regittre des ordres du Roi pour les Compagnies des Indes, fol, 146; lettre du 15 mai 1660,

frères de Bertet, ou plutôt un seul fief, consiflant en quatre cents arpents, qui furent possédés en commun par Louis de Bertet de Chailly & Gabriel de Bertet de la Joubardière, son frère (1). Ce fief, contigu à celui de M. d'Aillebouft, fut appelé par M. de la Joubardière du nom de Belle-Vue (2). Enfin, à côté du fief précédent, M. Dollier en forma un autre, de la contenance de deux cents arpents, en faveur de M. Claude Robutel de Saint-André, qui promit d'y faire bâtir une maison seigneuriale & de l'habiter, au lieu de l’île Saint-Paul où il avait fait jusqu'alors sa résidence (3),

En érigeant ainsi les fiefs que nous venons d'énumérer & en les donnant en toute propriété à des militaires, les seigneurs de Montréal faisaient ce qui était en leur pouvoir pour protéger les colons & mettre l'île en état de se défendre, & par là ils répondaient à l'attente du Roi qui se reposait presque entièrement sur eux pour l'avancement de cette colonie particulière (4). Mais il était de la politique éclairée de Louis XIV de faire dans toute la partie avancée du pays qui avoisinait l'île de Montréal ce que le Séminaire venait de faire dans cette île même, & tel avait été le dessein de ce Monarque en envoyant en Canada divers corpsde troupes, & en faisant aux officiers & aux soldats des largesses pour les déterminer à s'y établir. Il avait, en effet, résolu d'y créer de grands fiefs en faveur des officiers, & d'ériger ces fiefs en autant de seigneuries qui, par le moyen des soldats qui s'y établiraient, deviendraient l'occasion de la formation d'autant de bourgades très-propres à fortifier & à défendre par là la tête de la colonie. Déjà M. Talon, dans de graves considérations politiques qu'il fit publier, avait exposé l'importance & la sagesse de ce dessein: « Cette manière de donner un pays nouvellement con- « quis, dit-il, répond à l'usage autrefois reçu chez les « Romains, de diftribuer aux gens de guerre les champs « des provinces subjuguées, qu'on appelait prædia mili- « taria, & la pratique de ces peuples politiques & guer-

« riers peut, à mon sentiment, ètre judicieusement intro- « duite dans un pays éloigné de mille lieues de son « Monarque, qui, à cause de cet éloignement, peut sou- « vent être réduit à la nécessité de se soutenir par ses « propres forces. Elle me paraît d'autant plus à eflimer « qu'un jour elle procurera au Roi un corps de vieilles « troupes, capables de conserver cet État’naissant du Ca- « nada contre les incursions des sauvages. C'efl pourquoi « les premiers de nos Rois, plus grands politiques qu'on « ne se l'eft persuadé, introduisaient dans les pays nou- « vellement conquis des gens de guerre, nés leurs sujets, « dont la fidélité leur était bien connue, afin d'y contenir « au dedans les habitants dans le devoir, & au dehors « d'éloigner leurs ennemis communs. Pour les y entre- « tenir & les faire subsifter, nos anciens Rois leur concé- « daient, dans ces pays mêmes, des terres qu'ils culti- « vaient & qui leur fournissaient, par leurs produélions, « tout ce qui était nécessaire à la vie: pratique également « économe & politique, puisque d'un côté elle épargnait « les finances du trésor public, & que de l'autre elle inté- « ressait l'officier & le soldat à la conservation du pays, « comme à celle de leur propre héritage (1). » Pour conserver le Canada à la France, il n'y avait pas, en effet, d'autre moyen à prendre que de faire dans ce pays, & surtout sur les rives du fleuve Saint-Laurent, depuis la rivière de Richelieu jusqu'au-dessus de Villemarie, ce qu'on avait fait avant l'arrivée des troupes pour conserver ce dernier pofte en particulier, c'eft-à-dire d'y établir des colons qui fussent tout à la fois soldats, cultivateurs & propriétaires.

Mais avant de diftribuer les terres de ces quartiers aux officiers de ses troupes, Louis XIV, informé qu'une grande partie de ces mêmes terres, ayant déjà été concédée en trop vafte étendue par la grande Compagnie, était reftée inculte, ce qui avait empêché l'établissement du pays & dégoûté les colons, ordonna à M. Talon

(1) Arrêts & règlements des intendants du Canada, 24 janvier 1667, Québec 1855,p. 33,

LOUIS XIV FAIT RÉUNIR A SON DOMAINE LES TERRES CONCÉDÉES AUTREFOIS, FT NON ENCORE DÉFRICHÉES, POUR LES DONNER EN FIEFS A DES OFFI- CIERS DE TROUPES.

(1) Greffe de Ville.

marie. Extrait des registres du conseil d'État, 4 juin 1672.

(2) Greffe de Villemarie, 26 septembre & oétobre 1672.

TITRES DE CONCESSIONS DONNÉES AUX OFFI- CIERS. MOTIFS DE CES CONCESSIONS,

(G) Édits, ordornances royaux. Québec, 1854, p. 70, 71.

344 il PARTIE. LOUIS XIV,

de retrancher la moitié de toutes celles qui avaient été accordées avant dix ans & de les adjuger à ceux qui se présenteraient, à condition que ces nouvelles concessions seraient nulles, si elles n'étaient pas défrichées dans l'espace de quatre ans (1). M. Talon rendit donc, le 27 septembre suivant, une ordonnance par laquelle il obligea « tous ceux qui, avant dix ans, avaient obtenu plus de « quatre cents arpents de terres, de lui en faire ieur décla- « ration (2); » & ce fut probablement dans cette occasion qu'il réunit au domaine du Roi cette immense seigneurie de /a Citière, dont nous avons vu que M. de Lauson père avait voulu faire une sorte de royaume pour l'un de ses fils. Du moins eft-il certain que, cette année, M. Talon en diftribua les terres à des officiers des troupes qui même y avaient déjà commencé des défrichements, sous le bon plaisir du Roi, ou qui étaient résolus d'en entreprendre, & qu'il donna à chacun d'eux pour ces mêmes terres des titres de propriété.

Ces titres, datés des mois d'oétobre ru de novembre 1672, & la plupart du troisième jour de : dernier mois, furent donnés & signés par M. Talon se , comme personnellement autorisé, le 4 juin de cette: inée, pour agir souverainement dans cette matière & en dernier ressort, Louis XIV lui ayant attribué toute cor , juridiction € connaissance pour concéder à d’autres h itants les terres ainsi retranchées (3). Nous devons remarquer ici les motifs exposés dans le préambule de toutes ces concessions, comme un témoignage éclatant de la religion du Monarque & une confirmation authentique de la fin qu'il s'était proposée dans la formation de la colonie Française en Canada : « Sa Majefté a de tout temps recherché avec « soin, & avec le zèle qui convient à son titre de fils aîné « de l'Église, les moyens de porter dans les pays les plus « inconnus la gloire de Dieu, par la propagation de la Foi « & la publication de l'Évangile, avec le nom chrétien. « Telle eft la fin première & principale de l'établissement

it été ui se sions l'essCpligea is de éclasion °urie père » ses n en ne y bon dre, des

1bre 10IS, peragir sort, in € rres les ons, nartait en vec iné lus Foi ien.

ent

« de la colonie Française en Canada, & sa fin accessoire « eft de faire connaître aux parties de la terre les plus « éloignées du commerce des hommes sociables la gran- « deur du nom du Roi de France & la force de ses « armes. Sa Majefté a donc efltimé qu'il n’y avait pas de « plus sûr moyen d'arriver à ces deux fins que de com- « poser la colonie de gens capables de la bien conduire « par les qualités de leur personne, de l’augmenter par

« leurs travaux &'leur application à la culture des terres,

« & de la soutenir par une vigoureuse défense contre les « insultes & les attaques auxquelles elle pourrait être « exposée dans la suite des temps. Pour ce dessein, elle a « fait passer dans ce pays bon nombre de ses fidèles su-

« jets, officiers de ses troupes dans le régiment de Cari- :

« gnan & autres, dont la plupart, se conformant au grand « & pieux dessein de Sa Majefté, veulent bien se lier au « pays, en y formant des seigneuries d'une étendue pro- « portionnéeà leurs forces (1). »

Comme on le voit ici, l'une des fins que le Roi se proposait par ces concessions était de fortifier le pays contre les Iroquois; aussi eft-il à remarquer que les fiefs nobles qu'il donna à ses ofticiers furent presque tous situés dans le voisinage de l'île de Montréal, & sur le bord des rivières par où les barbares avaient coutume de descendre, c'eft-à-dire, sur la rivière appelée de Richelieu, & sur le fleuve Saint-Laurent, à partir du lac Saint- Pierre. Si l’on en excepte un seul capitaine, le sieur de La Durantaye (2), deux lieutenants, les sieurs de Sueur & de Villieu (3), le sieur de Lanoguère, enseigne (4), ainsi que la veuve du sieur de Lacombe-Poccatière, ancien capitaine réformé & maréchal des logis au régiment de Carignan (5), tous les autres officiers des troupes qui participèrent à cette diftribution générale recurent en fief diverses concessions de terres à partir du lac Saint-Pierre & en remontant de là jusqu'à la tête de l’île de Montréal; & en s'y établissant avec un certain nombre de leurs soldats

(1) Pièces & documents sur la tenure scigneuriale, p. 6, etc.

PAR TOUS CES FIEFS, LOUIS XIV VEUT PRO- TÉGER CONTRE LES IROQUOIS LA TÊTE DE LA COLONE,

(2) Pièces & documents sur la tenure scigneuriale, p. 154, (3) Ibid.,p. 11,277,

(4) bid., p. 11,277.

(5) lbid., p. 43.

VIIT,

FIEFS POUR PROTÉGER LA RIVE GAUCHE DU FLEUVE, DEPUIS LE LAC SAINT-PIERRE JUSQU'AU - DESSUS DE L'ILE DE MONTRÉAL, (1) Archives de la

marine ; Regiftre des

ordres du Roi pour les

Compagnies des In-

des, fol. 107; Regiftre

des expéditions, 1670,

tol, 20.

(2) Pièces & documents sur la tenure seigneuriale, p. 16, 17, 274.

(3) Ibid, p. 122,

(4) Pièces & documents sur la tenure seigneuriale, p. 153,

on TR

(5) Antiquités & chroniques de la ville de Dieppe, par Asseline, ms, de la biblio.

thèque Dieppe, année 1071.

de

(6) Pièces & documents sur la tenure seigneuriale, p. 267.

devenus agriculteurs, ils donnèrent lieu à la formation de divers bourgs qui, avec Villemarie, furent la sûreté & comme le boulevard du refte de la colonie Française (*). Quelque monotone que soit le dénombrement de ces fiefs, on nous permettra d'en faire l'énumération détaillée dans cette hifloire, deftinée à faire connaître les origines du pays.

D'abord, pour mettre la rive gauche du fleuve Saint- Laurent à l'abri des incursions des Iroquois, M. Talon donna au sieur de Laubia, capitaine au régiment de Broglia, arrivé de France depuis peu avec sa compagnie (1), deux lieues de terre de front & autant de profondeur sur les bords du lac Saint-Pierre où ce capitaine s'était déjà établi (2), & au sieur de Labadie, sergent de la compagnie de Laubia, une terre d'un quart de lieue sur une demilieue, située au-dessous de la précédente (3). II donna pareillement au sieur de Moras, enseigne d’une compagnie, l'île qui eft à l'embouchure de la rivière Nicolet,’au bord du fleuve Saint-Laurent, appelée depuis le fief ou l'ile de Moras, du nom de ce militaire (4); & pour reconnaître les services que M. Louis-Godefroy de Normanville & M. Boucher avaient rendus au pays, il donna au pre-

(*) Le Roi avait déjà fait une concession de mille arpents de terres, située entre les Trois-Rivières & Montréal, en faveur d’un gentilhomme Normand du pays de Caux, le sieur de la Bouteillerie, qui, dans le dessein de s’y établir & de la mettre en valeur, s'embarqua à Dieppe, à la fin du mois de juin 1671, sur le navire le Saint-Jean-Baptiste, conduisant pour cela avec lui deux charpentiers, deux maçons & quatre manœuvres (5). Mais il paraît qu’arrivé en Canada, il craignit de s’établir sur des terres si exposées aux incursions des barbares, & renonça à sa concession pour se fixer sur une autre où il n’eût pas les mêmes dangers à courir. Du moins, le 29 ottobre de l’année suivante 1672, il obtint de M. Talon deux lieues de terres de front au bord du fleuve Saint-Laurent, savoir une lieue au-dessus & une lieue au-dessous de la rivière Oüelle, cette rivière y comprise, sur une lieue & demie de profondeur (6), & ce fut là qu’il s'établit.

>n de té & Je (*).

fiefs, dans s du

Saintlalon Broei} ir sur : déjà agnie demilonna mpaet ’au >f ou econnville pre-

nts de

d’un Ilerie, s'emire le rpenarrivé incurir une

octoes de

lieue Hivière fut là

mier une demi-lieue sur une lieue de terres au-dessus de la Pointe du lac Saint-Pierre (1), & au second une lieue & demie sur deux lieues (2); enfin au fils de M. Boucher trois quarts de lieue sur une lieue (3). Toujours en remontant le fleuve & sur la même rive, M. Berthier, capitaine d'une compagnie d'infanterie, eut pour son fief deux lieues de terres sur deux lieues de profondeur (4); le sieur de Comporté une demi-lieue sur une lieue (5), & le sieur Raudin, enseigne de la compagnie de Sorel, une demilieue de front sur une lieue, avec l'île nommée déjà Rdfüin, où il paraît qu'il avait commencé des défrichements (6). Au sieur de la Valterie, lieutenant d'une compagnie, M. Talon donna une licue & demie de front sur une profondeur égale (7); à M. Jean-Baptifte Le Gardeur de Repentigny, les deux îles appelées Bourdon (8); au fils du capitaine de Saint-Ours, une lieue de front sur une licue & demie de profondeur (9); enfin au sieur Berthelot, l'ile Jésus (*), avec les îles aux Vaches & autres (10); & par toutes ces grandes concessions, il voulut pourvoir à la sûreté de la rive gauche du fleuve Saint-Laurent, depuis le lac Saint-Pierre jusqu'à la tête de l'ile de Montréal, en remontant la Rivière des Prairies.

Mais c'était à partir de la rivière de Richelieu, & de là en remontant le fleuve, qu'il était surtout important de

L'île Jésus, comme on Pa dit, avait été concédée aux RR. PP, Jésuites par la grande Compagnie, le 15 janvier 1636. Ces Religieux n’y ayant fait aucuns défrichements, M. Talon la réunit apparemment au domaine, en vertu des ordres qu’il avait reçus du Roi, & la donna purement & simplement à M. Berthelot, sans faire mention des premiers propriétaires (11). D'après les titres imprimés pour la tenure seigneuriale, M. Talon aurait donné lile Jésus à M. Berthelot, le 3 novembre 1672 ; cependant, on lit ailleurs le 13, au lieu du 3, ce qui eft peut-être une aberration du copifte qui aura pris le mot troisième pour treizième. Quoi qu’ilen soit, le P, Dablon, Supérieur des Jésuites de Québec, pour donner, sans doute, toute sécurité à M. Berthelot, lui fit cession de l'ile Jésus, le 7 novembre 1672, par acle passé devant Becquet, notaire à Québec !r2),

(1) Pièces & documents sur la tenure seigneuriale, p. 118, 110, 120.

(2) Ibid., p. 311.

(3° Jbid., p. 31.

(4) Ibid, p. 100,

(5) Ibid, p. 66.

(6) lbid., p. 133.

(7) Ibid, p. 262.

8) Jbid., p. 306,

(0) Zbid., p. 113.

(10° lbid., p. 310.

Page 1