LEGS RELIGIEUX
combat, Il serait difficile de représenter la vive allégresse que firent éclater les colons de Villemarie au retour de leur concitoyen, surtout lorsqu'ils lui entendirent raconter les circonftances de sa délivrance, bien propre à ranimer dans tous les cœurs la confiance en Marie. « I n'a pas été « méconnaissant de ce bienfait, ajoute le P. Lalemant, ne « pouvant entendre parler de la Sainte Vierge sans fondre « en larmes, et publiant sans cesse les merveilles qu'elle « a opérées pour sa délivrance; car il devait périr dans « cette attaque, par la grêle de balles qui sitflaient à ses « oreilles, & qui jetaient par terre tous ceux qui étaient « autour de lui (1). »
Nous dirons ici, pour faire connaître les mœurs de ces heureux temps, que ces pieux colons n'ayant d'autre ambition sur la terre que de s'assurer la possession du Ciel, ceux qui n'avaient point d'enfants laissaient ordinairement leurs biens à Dieu, en les léguant par teftament à l'Eglise de leur paroisse, à laquelle tous se montraient três-attachés. Au commencement de février de l'année 1658, Gilles Trottier, interprète de Villemarie, qui mourut à l'âge d'environ trente ans, laissa à l'Église de ce lieu, par teflament, tout ce qu'il avait de biens en Canada (2). L'année suivante, Pierre Lefebvre laissa parcillement son bien à l'Église (3). Jean Tavernier, l'un des braves qui donnèrent leur vie avec tant de résolution et d'héroïsme dans l'immortelle aétion du Long-Saut, laissa également ses biens à l'Église paroissiale (4). L'un des colons dont nous avons parlé, Pierre Cauvin, dit le Grand Pierre, de la basse Normandie, pris par les’ Iroquois d'Onnontagué, avait déclaré à plusieurs de ses concitoyens, égalemen captifs dans ce pays, que, s'il venait à être mis à mort ou condamné à un esclavage perpétuel, il donnait son bien à l'Église de Villemarie. Cauvin périt, en effet, par le supplice du feu; & comme il n'avait pu faire de teflament avant sa mort, plusieurs de ses compagnons de captivité, ramenés ensuite, s'empressèrent de faire connaître ses
(1) Relation de 1663, p.13, 14, 15, 16, XX, LEGS EN FAVEUR DE L'ÉGLISE PAROISSIALE,
(2) Reg. mortuaire de Villemarie, 8 fév, 1058,
(3) dbid , er février
(4: Greffe de Ville.
marie, ordonnance de M. de Maisonneuve, 10 nov, 1602,
(1) Greffe de Viilemarie. Inventaire des maichandises de l'É- 1667,
glise, Q déc.
(2) Regiftre de la paroisse de Villemarie, délibération de la fabrique, 12 octobre 1OÛE,
(3) Grefle de Viilemarie, Acte de Basset, 7 sept.1003, Donation à la fabrique de Villemarie.
(4) Zbid. Donation du 14 déc. 1003,
5) Reg. de la paroisse de Villemarie, délibérat, de la fab., 10 août 1003, 21 sept.
pieuses dispositions (*). Outre des biens-fonds, on léguait aussi, ou même on offrait volontairement des biens mobiliers, qui consiftaient le plus souvent en marchandises les plus nécessaires alors. Ainsi, dans l'inventaire des objets remis par Jean Gervaise à Pierre Gadois, du 9 décembre
1661, appartenant à l'Église, il eft fait mention de haches,
de tranchets, de fers de flèche, de couteaux, de poinçons, de fers de harpons, comme aussi de toile, de bas, de bonnets, de chemises, de braies, de capots bleus ou rouges, enfin de poudre, de fusils (1), & tous ces objets mobiliers,
qui se montaient à la somme de deux mille deux cent cinquante livres, provenaient de dons pieux, ou avaient été laissés par teftament (**).
(*) Le 12 oétobre 1661, Tècle Cornélius, Irlandais, déclara, qu'étant prisonnier à Onnontagué avec plusieurs autres, Pierre Cauvin lui avait témoigné qu'en cas de mort il donnait son bien à l'Église. Marin Jannot, dit Lachapelle, conduit aussi dans le même village, au printemps de 1661, assura avoir appris de la bouche d’Urbain Tessier, dit Lavigne, que telle était l'intention de Cauvin; ce qui fut confirmé encore par Michel Paroissien, natif de S Saumur en Anjou, paroisse Saint-Pierre, également pris par des Iroquois, & à qui Lavigne avait fait la méme déclaration (2):
(**) Ainsi Louis Fontaine, en donnant ses biens inimeubles à son filleul, inftitue la fabrique de Villemarie pour héritière de ses meubles (3). Cette même année 1663, Jacques Boivin, qui n'avait pas non plus d’enfant, donna la moitié de ses biens, par teftament, à l'église paroissiale (4). Enfin d’autres lui donnaient de petites rentes : Jacques Millot, dit Lavallée, & Jeanne Hébert, sa femme, lui assurèrent, le 16 août de cette année, trente-deux livres dix sous de rente perpétuelle, & deux ans après, François Bailly, dit Lafleur, lui légua une rente de onze livres deux sous (5).
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