POUR LES LIQUEURS
lés touchant la vente des boissons fortes aux sauvages. Ce n'eft pas que ce désordre commençät dès lors à s'introduire dans la colonie : il la désolait depuis longtemps ; mais, cette année, 1l occasionna une rupture ouverte entre M. d'Avaugour, d'une part, & M. de Laval & le clergé de l'autre ; & c'eft ce qui nous a fait différer d'en parler jusqu'ici. Dès que les Européens fréquentèrent le Canada, ils jugèrent que ces liqueurs, l'eau-de-vie surtout, leur devenaient plus nécessaires dans ce pays que partout ailleurs, à cause de la rigueur excessive du froid, qui v règne six mois de l'année; & les sauvages, à qui ces liqueurs étaient alors inconnues, en eurent d’abord du dégoût & mème de l'horreur {1). Plusieurs en ayant cependant goûté, & ayant éprouvé les effets ordinaires de ces boissons sur les personnes qui n'y sont point accoutumées, les recherchèrent bientôt avec passion, non pour le plaisir qu'ils auraient pu y prendre, mais, ce qui eft assez étrange, pour tomber par là dans l'ivresse (2), désordre qu'ils ne connaissaient pas avant l'introduétion de ces liqueurs. Quoique très-vindicatifs de leur naturel, les sauvages avaient soin de cacher leur rancune; jusque-là que, parmi eux, un individu se serait déshonoré dans l'eftime de ceux de sa nation, s'il s'était vengé de ses ennemis. Voyant donc que, par les boissons fortes, ils perdaient la raison, & que, dans cet état, ils n'étaient plus maîtres d'euxmêmes, ils se mirent à les rechercher pour se venger sans
(1) Relation de 162), P:
(2) Relation de 1642 P: