‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 308 sur 392 · VENTE DES LIQUEURS FORTES AUX SAUVAGES · texte numérisé non relu

VENTE DES LIQUEURS FORTES AUX SAUVAGES

« débauche dont elle eft l'occasion. C'eft ce qui nous « oblige à vous faire une très-humble supplication, de « vouloir, par l'autorité du Roi, retrancher la liberté que « tous les marchands ont eue jusqu'ici, d'apporter de ces « boissons autant qu'il leur a plu. À quoi vous serez, « Monseigneur, d'autant plus invité, que le Conseil a « rendu un arrêt contre cette trop grande abondance de « boissons; & qu'entrant dans vos sentiments, si avanta- « geux à la colonie, il a ordonné, par ce même arrêt, « l'établissement de brasseries, ouvrage que M. Talon a « bien voulu commencer, & que ce même Conseil a jugé « très-utile à tout le pays, pour les raisons qui vous sont « connues (1). »

Mais il paraît qu'en provoquant l'établissement de ces brasseries en Canada, la Cour, sur les avis intéressés que lui avaient donnés les partisans du commerce de l'eau-de-vie, avait déjà consenti qu'on suspendit, pour un temps, les défenses faites jusqu'alors. Du moins quelques jours après que cette lettre eut été écrite, M. Talon, sur le point de mettre le pied dans le vaisseau pour passer en France, à l'occasion de son premier rappel, leva par provision toutes les ordonnances & les peines, dont le Conseil s'était servi pour réprimer ces désordres (2); & ce coup d'autorité, qui renversait la législation suivie jusqu'alors pour la traite des boissons, devait ouvrir la porte à la licence la plus etlrénée & augmenter encore les progrès du mal. Ainsi le Conseil souverain, malgré tous ses arrêts différents & malgré la lettre qu'il venait d'écrire, se vit, onze jours après, dans l’affligeante nécessité de permettre aux colons de vendre de l'eau-de-vie aux sauvages; & tout ce qu'il put faire, ce fut de défendre à ceuxci de s'enivrer. « Pour mettre à exécution les intentions « de Sa Majefté, qui veut & entend, disait le Conseil « dans le nouvel arrêt, que les sauvages vivent avec Îles « Français, dans un esprit de douceur & d'union, & afin « de fomenter l'alliance qui eft entre eux, & de la cimenter

(1) Regiftre du Conseil, 30 oët. 1668, Lete tre écrite par MM. de Villeray & Garribon à Colbert,

IL

Page 1