‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 31 sur 392 · VENTE DES BOISSONS AUX SAUVAGES · texte numérisé non relu

VENTE DES BOISSONS AUX SAUVAGES

(3) Journal des Jésuites.

(41 Supra, p. 26,

5) Emplois du viconte d'Argenson, Bi:

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& ce même individu étant retomhé dans cette contravention, comme il l'avoua lui-même, il le condamna à une autre amende de cent livres, avec injonétion de la payer en trois jours (1). Ce sont ici les premiers désordres de ce genre que nous offrela colonie de Villemarie ; & nous ne voyons pas, à en juger par les ordonnances de M. de Maisonneuve, en assez grand nombre, que ce commerce, qui s'y accrédita beaucoup par la suite, eût pris alors racine parmi les colons. Cependant, le jour de la Pentecôte 1659, ce Gouverneur fit publier & afficher, à l'issue de la grand'messe, la défense faite par le Roi deux ans auparavant, ce qui doit donner à penser que cette précaution commençait à devenir nécessaire (2).

Mais les autres, qui avaient en main l'autorité temporelle, négligeant d'apporter un remède efficace au mal, les Missionnaires crurent devoir en appeler à la conscience des colons ; &, le 31 mars 1658, M. de Queylus, qui résidait alors à Québec comme grand vicaire & curé, s'expliqua publiquement en chaire sur ce point de morale: déclarant qu'il y avait péché mortel à vendre de l'eau-devie aux sauvages, attendu qu'ils n'en demandaient que pour s'enivrer (3), ou pour faire quelque mauvais coup dans leur ivresse (4). M. d'Argenson, chargé de veiller aux intérêts de la grande Compagnie, toléra cependant ces abus. Dans un mémoire déjà cité de M. de la Chenaie, celui-ci fait remarquer que ce Gouverneur eut Île malheur de se brouiller avec les Jésuites, surtout au sujet de la traite des boissons aux sauvages, ayant, malgré ses sentiments très-religieux, son opinion particulière sur ce point; & les lettres que nous conservons de M. d'Argenson montrent que cette inculpation était fondée (3). Dans une consultation sur ses démêélés avec M. de Laval, dont on à parlé, il proposait la queftion suivante : « Le vicaire « apoftolique peut-il jeter l'excommunication contre les « habitants en ce qui regarde la police, le bien de l'État « & le Gouvernement, & empêcher les choses permises

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« par le Gouverneur pour le bien public (1)? » Pourtant, si M. d'Argenson ne condamnait pas ce commerce, nous n'oserions assurer qu'il l'ait approuvé ouvertement, puisque la Mère Marie de l'Incarnation a donné de si grands éloges à ce Gouverneur, après même qu'il eût quitté la Nouvelle-France.

A la faveur de cette connivence, le mal fit de jour en jour de nouveaux progrès; &, en l'année 1662, il avait wagné toutes les contrées que les Français connaissaient alors, c'eft-à-dire depuis Gaspé jusqu'au pays des Iroquois (2). Il était même commun à tous les membres des familles sauvages qui pouvaient se procurer de ces sortes de liqueurs, aux femmes aussi bien qu'aux hommes, aux jeunes garçons & même aux filles : chacun étant maître dans sa cabane quand il s'agissait de boire ou de manger. Comme ils n'étaient point accoutumés à ces sortes de liqueurs, ils tombaient tout aussitôt en ivresse & devenaient comme furieux. L'on en voyait courir nus par Québec, la nuit & en plein jour, avec des épées ou d'autres armes à la main, faisant fuir tout le monde, sans que personne püt les arrêter, ce qui donnait lieu à des meurtres & à Ges brutalités monftrueuses & inouïes. Les filles sauvages qui fréquentent les classes externes des Ursulines, n'étaient pas exemptes de la contagion : « Nous « leur avons fait voir, dit Marie de l'Incarnation, le mal « où elles se précipitaient en suivant l'exemple de leurs « parents, & depuis elles n’ont pas remis le pied chez nous. « Tel eft le naturel des sauvages; ils font tout ce qu'ils « voient faire à ceux de leur nation en matière de mœurs, « à moins qu'ils ne soient bien affermis dans la morale « chrétienne (3). » « Je ne veux pas décrire les malheurs « que ces désordres ont causés, ajoutait le P. Lalemant; « mon encre n'eft pas assez noire pour les dépeindre de « leur couleur véritable, & il faudrait du fiel de dragon « pour exprimer ici les amertumes que nous en avons « ressenties (4). »

(a) 1bid., tol. 63.

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