VIE
M, D'AVAUGOUR PERMET DE VENDRE DES Lite QUEURS FORTES AUX SAUVAGES.
Personne n'en éprouva de plus cuisantes, ni de plus mortelles que celles dont fut abreuvé M. de Laval. I fit tout ce qu'il put imaginer pour détourner les Français de ce malheureux commerce, qui mettait un obftacle insurmontable à la conversion des sauvages païens, & replongcait les nouveaux chrétiens dans tous leurs anciens désordres; & il avait la douleur de voir qu'on méprisait ses remontrances, sous le prétexte que la vente des boissons était permise partout. Il avait beau leur représenter qu'elle ne devait pas l'être parmi des peuples non encore policés, puisque l'expérience montrait que ces boissons empêchaient la propagation de l'Évangile & ruinaient les bonnes mœurs dans les nouveaux chrétiens : ses représentations furent inutiles, ou du moins n'arrêtèrent pas les partisans du commerce des boissons. Pour les intimider & les réduire à la raison, M. d’Avaugour, témoin du spectacle hideux de ces désordres, joignit son autorité à celle de l'Évèque, &, sans s'arrèter à la ligne de conduite qu'avait tenue son prédécesseur, défendit à tous les Français de vendre ou de donner de l'eau-de-vie ou d'autres liqueurs fortes aux sauvages (1), en décernant des peines très-sévères contre ceux qui enfreindraient son ordonnance sur un point si capital. Il semblait que les efforts réunis des deux puissances, agissant ainsi de concert, allaient arrêter le torrent; mais on eût dit qu'elles ne s'étaient réunies de la sorte que pour en augmenter ensuite la violence par le désiftement volontaire de l'une, sans le secours de laquelle l'autre n'eut plus de résiflance à y opposer.
M. de Laval avait lancé l'excommunication générale contre les traiteurs d'eau-de-vie aux sauvages, en exccptant néanmoins de sa censure quelques personnes de la modération desquelles il se tenait assuré. Une femme de Québec, leur en ayant vendu une bouteille, fut sur-lechamp conduite en prison. Le P. Lalemant, par charité pour elle, voulut intercéder auprès du Gouverneur; &
EAL,
: plus Il fit ais de nsur- ‘plonlésorit ses boissenter ncorc ISSONS nt les résenas les mider in du rité à contous ie ou rnant t son ie les conles ne hsuite ns le
érale (CCpde la e de ir-learité r: &
celui-ci, par une résolution bien contraire à son ordonnance, lui répondit brusquement que, puisque la traite de l'eau-de-vie n'était pas une faute punissable pour cette femme, elle ne le serait pour personne à l'avenir, & que tous en profiteraient également. Le peuple eut bientôt appris que le Gouverneur laissait la traite libre à chacun, & le désordre devint extrême; ce qui porta M. de Laval à renouveler l'excommunication contre les traiteurs. Alors on commença à invectiver de nouveau, on cria de toutes parts que les consciences étaient gènées, & on n'écouta plus ni évêque, ni prédicateurs, ni confesseurs : le commerce de l'eau-de-vie étant ouvertement toléré par le Gouverneur général, qui seul pouvait le réprimer efficacement. Le désordre s'étendit même si loin, que plusieurs chefs de sauvages, après avoir mis tout en usage pour en arrêter le cours, allèrent enfin trouver M. d'Avaugour, le suppliant de garder lui-même ses propres ordonnances & d'interposer son autorité contre ce furieux débordement ; mais ils ne gagnèrent rien sur son esprit. Un capitaine Algonquin alla s'en plaindre aux Religieuses Ursulines. « M. le Gouverneur nous tue, leur dit-il, en permettant « qu'on nous donne des boissons; » & comme ces Religieuses lui représentaient qu'il devait aller lui porter ses plaintes à lui-même : « Je lui ai parlé déjà deux fois, « repartit-il, & cependant il n'en fait rien. » Par ménagement pour M. d'Avaugour, la Mère Marie de l'Incarnation, qui nous a donné ces détails, a évité de le nommer dans celles de ses lettres où elle rappelle ces triftes démélés; mais elle le désigne équivalemment dans ces paroles : « Les Français ont méprisé les remontrances de notre « Prélat, parce qu'ils sont maintenus par une puissance « séculière qui a la main forte (1). »
Dans les dispositions où était le Gouverneur général, la position de M. de Maisonneuve à Villemarie était devenue extrêmement diflicile & embarrassante. Jusqu'alors il avait défendu aux colons la traite des boissons aux sau-
{13 Lettres de Marie de l'incarnat., p. 571,
VIIT.