BOIS
commandant avec dix soldats de garnison, pour saisir à une si grande diftance des hommes qui formaient entre eux des ligues & marchaient toujours en armes ? Il arriva de là que l'impunité de ces désordres fut cause que le nombre des coureurs de bois s'accrut considérablement. Aussi, en 1672, M. de Frontenac, arrivant en Canada, en écrivit-il à Colbert en ces termes : « Il faudrait envoyer
ici quelques troupes, qui seraient très-nécessaires pour maintenir ce pays en repos, en empêchant le désordre des coureurs de bois, qui, si l’on n'y prend garde, deviendront comme les bandits de Naples & les boucaniers de Saint-Domingue. Leur nombre s'augmente tous les jours, nonobftant toutes les ordonnances qu'on a faites, & que j'ai encore renouvelées, avec plus de sévérité qu'auparavant, depuis que je suis ici. Leur insolence, à ce qu'on m'a dit, va au point de faire des ligues & de semer des billets pour s’attrouper, menaçant de faire des Forts, & d'aller du côté de Manate & d'Orange, où ils se vantent qu'ils seront reçus & auront toute protection (1). »
Telle était, au commencement du gouvernement de
M. de Frontenac, la législation en Canada, touchant la vente des boissons aux sauvages. Il était permis à tous les domiciliés, c'eft-à-dire, aux colons proprement dits, qui avaient feu & lieu, de leur vendre, dans leurs maisons propres, des liqueurs à pot & à pinte; & défendu à tous, sous peine de la vie, de leur en porter dans les bois. Le Roi exigeu:t cependant, avec grande raison, que les personnes en place, à qui il aurait été si aisé, à la faveur du pouvoir dont elles étaient revêtues, de faire le monopole de ce commerce, s’abftinssent de toute espèce de négoce, & usassent de leur ascendant & de leur autorité pour favoriser le commerce des seuls colons, en les obligeant toutefois de se conformer aux dispositions de ses ordonnances. Mais ses intentions à cet égard furent trop souvent méconnues, comme on le verra dans la suite de cette His-
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