‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 321 sur 392 · DE QUÉBEC ET S'EM- BARQUE À LA CHINE AVEC QUATRE CENTS HOMMES · texte numérisé non relu

DE QUÉBEC ET S'EM- BARQUE À LA CHINE AVEC QUATRE CENTS HOMMES

(1) Archives de la marine. Voyage de M. le comte de Frontenac au lac Ontario, en 1673.

(2) Archives de la marine, 15 mai 1674.

Déclaration du sieur Claude Bracourt.

Jbid., 16 mai, déclaration de M. Remy.

officiers établis sur la route, qui s’efforcèrent à l’envi de le fêter & arriva ainsi à Villemarie le 15, sur les cinq heures du soir. Les habitants de l'île, qui, pour lui faire honneur, l'attendaient en armes, sur la grève, avec M. Perrot, leur Gouverneur particulier, le reçurent, à son débarquement, au bruit de leur mousqueterie & de tous les canons ; après quoi les officiers de la juftice le haranguèrent, ainsi que le sieur Chevalier, syndic des habitants. On le conduisit de là à l’église, où, après qu'il eut été harangué de nouveau à la porte par le Clergé, on chanta le 7e Deum, en aétions de grâces de son heureux voyage; & enfin il alla prendre son logement au Fort ou au château de Villemarie, qu'on n'avait point encore démoli. Durant treize jours qu'il séjourna dans cette ville, il fut sans cesse occupé, tant à préparer ce qui lui était nécessaire pour la conftruction de son Fort, qu'à diviser en brigades & en escadres les habitants & les canots, qu'il avait mis en réquisition au nom du Roi, & à donner à chacune des commandants, en réglant le rang qu'elles tiendraient dans la marche, ce qui ne lui donna pas peu d'exercice (1). M. d'Urfé & M. de Fénelon, venus de Kenté, & alors présents à Villemarie, devaient accompagner l’armée dans ce voyage; & ce dernier, le 24 du courant, fête de saint Jean-Baptifte, prêcha à l'église paroissiale, & fit dans son discours l'éloge du Gouverneur général (2). M. de Frontenac qui voulait éviter les rapides du saut Saint-Louis, où l'on n'aurait pu faire passer tous les objets nécessaires à l'établissement de son Fort, ordonna aux habitants de réparer le chemin qui conduisait de là à la Chine, & par ce moyen fit transporter tous ces objets en charrette sans aucun accident. Enfin, le 26 & le 27 juin, il ordonna aux troupes de se réunir dans ce lieu & s’y rendit lui-même le 28 au soir. Il les avait divisées en neuf escadres en y comprenant celle des Hurons & des Algonquins qui l'accompagnaient, & chaque escadre se composant de dix à douze canots, il avait ainsi près de cent vingt canots, outre les deux bateaux plats, & environ quatre cents hommes.

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Durant la marche, le 9 juillet, l'on vit arriver, sur les six heures du soir, deux canots d'Iroquois qui apportaient à M. de Frontenac des lettres de M. La Salle. Il lui mandait que, nonobftant l'appréhension que les Iroquois avaient témoignée de son approche, ils s'étaient enfin résolus d'aller à Kenté, & qu'ils l'y attendraient au nombre de plus de deux cents, des plus anciens & des plus considérables de leur nation, pour l'assurer de leur obéissance. Il ajoutait cependant qu'ils avaient eu de la peine à prendre cette résolution, par jalousie pour ceux de Kenté, que le Gouverneur, qui allait ainsi les visiter, semblait préférer à tous les autres. Si M. de Frontenac avait témoigné d’abord l'intention de conftruire son Fort à Kenté pour appuyer ainsi, comme il écrivit à Colbert, la Mission des Prêtres de Saint-Sulpice, il paraît que ce n'était là qu'un motif fort accessoire, & qu'au fond il avait dessein de l'établir non à Kenté, dont les terres avaient déjà été données aux Missionnaires de ce lieu, mais à vingt lieues de là & à l'embouchure de la rivière de Katarakoui. Avant son départ de Villemarie, il avait résolu, en effet, de visiter ce lieu, l'ayant jugé déjà par l'examen de la carte & après beaucoup de consultations comme très-propre pour l'établissement qu'il méditait. Aussi, quoiqu'il eût fait assigner aux sauvages la Mission de Kenté, comme le lieu du rendez-vous, pour leur faire connaître l'établissement qu'il disait d'abord vouloir former dans ce lieu, il pria M. de Fénelon & M. d’Urfé de prendre les devants & d’aller en toute diligence à Kenté, pour inviter les Iroquois à se rendre à l'embouchure de Katarakoui, en leur déclarant que, contre sa première résolution, il les attendrait dans ce lieu, pour leur montrer qu'il ne préférait point les uns aux autres, & qu'il serait toujours leur père à tous, tant qu'ils conserveraient le respect & l'obéissance qu'ils devaient au Roi (1).

On conçoit que M. Perrot, Gouverneur de l'île de Montréal, si passionné pour le trafic des poteries, voyant

M. DE FRONTENAC FAIT DIRE AUX IROQUOIS QUIL IRA NON A KEN- TÉ, MAIS A KATARA- KOUI,

(1) Archives de la marine, Voyage de M. le comte de Frontenac au lac Ontario, en 1073.

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