‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 339 sur 392 · SOUPCONS CONTRE M. DE FRONTENAC · texte numérisé non relu

SOUPCONS CONTRE M. DE FRONTENAC

marie un Commandant de son choix, M. de La Nauguère, qu'il pouvait révoquer à volonté, aussi bien que le juge qu'il y avait établi; M. de Frontenac était le maître absolu dans l’île de Montréal, & pouvait, sans rencontrer d'opposition, accorder sa proteétion aux marchands disposés à le servir, & molefter impunément tous ceux qui se seraient opposés à ses entreprises. Plusieurs parmi ces derniers, M. de Brucy (1) entre autres, alléguaient contre lui des faits les plus étranges, qu'on pourrait, à cause même de leurs circonftances révoltantes, suspecter d'exagération ; mais le trait suivant, qui eft inconteftable dans tous ses détails, montre la partialité de M. de Frontenac envers les marchands, qui, disait-on, le mettaient en part des bénéfices de leurs entreprises commerciales, & sa dureté envers les colons qui ne lui plaisaient pas.

M. d'Urfé, étant descendu à Québec, se trouvait chez M. de Frontenac, lorsque celui-ci reçut une dépêche que Barrois, son secrétaire, lui envoyait de Villemarie où il était alors. C'était un long récit de propos injurieux à M. de Frontenac lui-mêmé, que l'un de ses marchands affidés, chez lequel logeait Barrois, assurait calomnieusement evoir été tenus par M. d'Urté, & dont ce secrétaire avait essé, sans autre examen ni perquisition, un procèsverbal de trois pages, qu'il envoyait à son maître. L'ayant ouvert, M. de Frontenac dit, en se tournant vers M. d'Urfé : « Voilà, monsieur, de plaisants discours que vous tenez de moi; » & se mit à en lire tout haut trois ou quatre lignes. M. d'Urfé, étrangement surpris qu'on lui attribuât de tels propos, dont il n'avait jamais eu la pensée, le supplia de lui faire justice de calomnies si noires, lorsque, à Villemarie, où il devait monter sous peu, il se serait informé de la vérité. Il lui demanda inftamment de lui lire le refte de cette pièce; mais, voyant que M. de Frontenac s'y refusait, il le conjura de la porter au moins à Villemarie, afin qu'il pût reconnaître par lui même la fausseté de ces accusations. Quelque temps après, M. de Frontenac

(1) Regiftre des jugements du Conseil souverain, 20 août

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