LOUIS XIV
étant monté en effet à Villemarie, M. d'Urfé le pria d'éclaircir cette affaire; & comme le Gouverneur disait qu'il avait oublié le procès-verbal & n’y songeait plus, l’autre lui représenta que cette pièce, étant écrite, pourrait lui faire tort un jour, & qu'il voulût bien prendre des informations, au moins sur les choses qu'il lui en avait lues à lui-même. « Il le refusa sèchement, rapporte M. d'Urfé, me disant « que son secrétaire, qui était aussi homme d'honneur que « moi, savait bien ce qu'il faisait. Et sur ce que je le « priais d'agréer au moins que l’on fit venir le marchand « qui avait rapporté ce discours à son secrétaire, il se « mit en colère, me disant que je n'allais chez lui que « pour l'insulter. Enfin, prenant sa canne, il me con- « duisit hors de sa chambre, pour ne pas dire qu'il m'en « fit sortir : criant tout haut, sur les degrés, que je « n'avais que faire de revenir chez lui pour l'insulter de « la sorte; me traitant d'une manière si désobligeante & « si rude, que la sentinelle qui était auprès dit ensuite « à plusieurs que M. de Frontenac m'avait chassé de sa « maison (1). » Ce marchand, ainsi que le rapporte M. d'Urfé, faisait les affaires de M. de Frontenac à Villemarie : ce qui signifie apparemment qu'il lui faisait part de ses bénéfices ; & ce fut sans doute pour ne pas le voir convaincu de faux témoignage que M. de Frontenac, pressé par M. d'Urfé de le faire comparaitre, en vint contre lui aux éclats violents qu'on vient de rapporter.
De cette manière si étrange de terminer les différends entre les particuliers, comme aussi de tout ce qui a été dit sur l’adminiftration de la juftice dans l'affaire de M. Perrot, on peut se former une idée des désordres qui devaient régner alors dans la colonie. Il faut joindre encore à cela les excès occasionnés chaque jour par la liberté que M. de Frontenac donnait aux marchands de vendre des liqueurs fortes aux sauvages, & à ceux-ci d'en emporter publiquement, pour faire dans leurs propres villages le même trafic. C'efl ce qu'il nous fait connaître lui-même dans plu-
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