COMMERCE DES LIQUEURS CHEZ LES SAUVAGES
sieurs ordonnances rendues l'année 1674. Dans l’une, qui eft du 12 février, il nous apprend que des habitants des Trois-Rivières, de Batiscan, de Champlain & d’autres lieux, abusant de l'inclination que les sauvages avaient pour l'eau-de-vie, recevaient d'eux à vil prix, en échange des boissons, les vêtements, les couvertures, les fusils, le plomb & la poudre que ces sauvages venaient d'acheter à crédit; & qu'ainsi, étant dépouillés de tout, ils se trouvaient hors d'état d'aller à la chasse, & par là de payer leurs dettes, à leur propre détriment & à celui de leurs créanciers (1). Dans une autre ordonnance qu'il rendit à Villemarie, dès les premiers jours du mois d'août de cette année 1674, « des plaintes nous ont été faites, dit-il, sur les
violences que les habitants de la Chine, & ceux des autres habitations avancées, circonvoisines de l'ile de Montréal, commettent contre les sauvages, pour se faire payer des eaux-de-vie, des boïssons & des autres marchandises qu'ils leur vendent à crédit. Pareillement, on s'eft plaint à nous de l'abus que font les sauvages de ces eaux-de-vie, qu’ils portent le long de la rivière des Hurons & dans d’autres endroits, où ils Ctablissent des cabarets & y attendent les chasseurs, avec lesquels ils traitent de ces boissons pour des caftors qu'ils transportent ensuite chez les étrangers. Pour remédier à ces désordres, nous défendons à tous les Français de faire aucune violence aux sauvages, sous prétexte de se faire payer d'eux; & nous voulons qu'ils s'adressent à M. de La Nauguère, Commandant de Montréal, qui terminera leurs conteitations sur-le-champ. Nous défendons pareillement aux Français de vendre à crédit aux sauvages ni eau-de-vie, ni autres boissons, pour être transportées hors des habitations Françaises, comme aussi de recevoir pour payement de celles qu'ils leur vendront comptant, d’autres pelleteries que des caftors. Enfin nous défendons aux sauvages de faire des cabarets sur les bords du fleuve Saint-Laurent, & voulons qu'ils portent leur eau-de-vie dans leurs villages, sans en faire aucun
(1) Arcmves du Conseil souverain, 12 février 1674. Ordonnance de M, de Fron-
tenac,
(1) Archives du Séminatrede Villemarice.
Ordonnance de M. de Frontenac, 4 août
(2) Jbid, Arrêts di vers sur Jes boissons, Arrêt du Conseil de