SIGNATURES POUR M. PERROT
nelon manquait d'une autre qualité non moins essentielle à un Missionnaire : la prudence, qui dirige l'exercice du zèle & lui fait prendre les sages tempéraments que les circonftances peuvent exiger.
Les Prêtres du Séminaire, présumant que M. La Salle, pour mériter de plus en plus les bonnes grâces de M. de Frontenac, lui raconterait à sa façon ce qui venait d'avoir lieu, & que ce même sermon ferait ainsi le voyage de Québec, craignirent que, par défaut de mémoire, il n'eût recours à ses amis pour le reproduire, ou qu'ayant luimême beaucoup d'esprit, il ne suppléât indiscrètement à ce qu'il aurait pu oublier & n'attribuât au prédicateur des expressions dont il ne se serait pas servi. Ils jugèrent donc à propos d'en signer l'original, que M. de Fénelon leur présenta volontiers (1), & écrivirent immédiatement à M. de Frontenac pour désavouer le sermon, comme celui-ci nous l'apprend lui-même. « Messieurs du Sémi- « naire, mandait-il à Colbert, se crurent obligés de m'en « écrire en corps, pour m'en faire des excuses, avant que «J'en eusse eu aucun avis (2). »
Mais, indépendamment de ce sermon, M. de Fénelon se porta à une démarche non moins contraire à la prudence, & qui acheva d'irriter contre lui M. de Frontenac. Madame Perrot, jugeant bien que l'affaire de son mari serait portée à la Cour, désirait de lui procurer des moyens de juftification, en tirant des habitants de l'île des certificats qui lui fussent favorables. M. de La Motte, Commandant à Villemarie à l’arrivée de M. Perrot, en avait déjà usé de la sorte pour lui-même, avant de retourner en France, & s'était servi pour cela du syndic de Villemarie, qui était allé demander lui-même leur signature aux habitants (3). Si Madame Perrot s'adressa à son tour au syndic, qui ctait alors Louis Chevalier, on doit penser qu'il s'y refusa, par la crainte d'encourir l'indignation de M. de Frontenac. Du moins eft-il certain que cette dame avant
VIE MESSIEURS DU SÉMINAIRE SIGNENT LE MANUS- CRIT DU SERMON ET ÉCRIVENT A M, DE