M. DE FÉNELON CITÉ AU CONSEIL
Se fondant donc sur la législation civile d'alors & sur celle de l’Église, les prêtres du Séminaire de Villemarie exposèrent, dans leur réponse à M. de Frontenac, le 27 avril, les juftes motifs de leur refus; & dans une lettre qu'ils y joignirent, ils ajoutaient : « Nous espérons que « Sa Majefté, quand elle aura été informée de tous nos « procédés, qui ont toujours eu pour fin le respeét & « l'obéissance que nous devons à sa personne & à la vôtre, « prononcera en notre faveur. Nous n'espérons pas aussi, « Monsieur, un jugement moins favorable de votre jus- « tice, quand nous vous aurons représenté par cet écrit, « les raisons qui nous mettent dans l'impuissance de vous « donner les réponses que vous demandez. Nous doutons « même si vous & la Cour, qui doit être informée de tout, « approuveriez que nous fussions les premiers à con- « damner un prêtre qui depuis tant d'années a été notre « confrère, jusqu'à ce jour où vous nous avez ordonné « de nous défaire de lui (1). »
M. de Frontenac, qui d'abord s'était déclaré juge dans cette affaire criminelle, quoiqu'il en fût lui-même partie, se voyant ainsi récusé par le Séminaire, s'adressa alors au Conseil souverain, dont il était néanmoins président; &, nonobftant les défenses faites par les lois civiles en pareil cas (2), cita, devant cette compagnie séculière, M. de Fénelon, quoique prêtre, en se portant lui-même cette fois pour accusateur. Le Conseil entra dans ses vues &nomma, pour faire les informations à Villemarie, les deux commissaires «déjà chargés de procéder contre M. Perrot, les sieurs de Tilly & Dupont, qui se ‘endirent dans cette ville. Le 2 mai, ils citèrent plusieurs laiques, pour répondre tant sur la matière du sermon du jour de Pâques, que sur les signatures demandées aux habitants en faveur de M. Perrot, & continuèrent leur interrogatoire les jours suivants (3). Pendant qu'on faisait ces informations, M. de Frontenac craignit sans doute que La Salle, ainsi que le brigadier de ses gardes & quelques autres flatteurs, éga-