SUR LES COLONS DANS & TREMBLEMENT DE
TERRE, :)Rélationde 1663.
2) Relation de 1663, >.
sur les sauvages & les Français, au milieu de ce désaftre. Il dura depuis le 5 février jusque dans les mois d'août & de septembre, quoique les secousses ne fussent pas toujours également rudes. En certains endroits, le mouvement de la terre fut continuel pendant un temps considérable; dans d’autres, il se renouvelait d'ordinaire deux ou trois fois le jour, avec grande violence, surtout dans les pays plats. Quant à l'étendue de terres qu'il agita, il se fit sentir depuis l'île Percée & Gaspé, qui sont à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, jusqu'au delà de l'île de Montréal, comme aussi dans la Nouvelle-Angleterre, dans l'Acadie & en d’autres lieux fort éloignés. De sorte que la terre fut agitée, au même jour & au même moment, sur deux cents lieues de longueur & sur cent de largeur, ce qui fait une étendue de vingt mille lieues en superficie. Enfin, la proteétion visible de Dieu sur les habitants, au milieu de ce bouleversement, eft un fait aussi inconteftablement démontré que la vérité du tremblement de terre lui-même.
« Pas un n'y a perdu la vie, écrivait cette même an- « née le P. Lalemant (1); nous voyons proche de nous de « grandes ouvertures qui se sont faites, & une prodi- « gieuse étendue de pays toute dévaftée, sans que nous y « ayons perdu un enfant, non pas même un cheveu de « nos têtes. Nous nous voyons environnés de bouleverse- « ments & de ruines, & toutefois nous n'avons eu que « quelques cheminées démolies, pendant que les mon- \ tagnes d’alentour ont été abîmées (2). » Ce que ce religieux attefte ici, la Mère de l'Incarnation le confirme dans sa lettre du 20 août 1663 : « Un honnête homme de « nos amis, dit-elle, avait fait bâtir une maison, avec un « fort beau moulin, sur la pointe d'une roche de marbre : « la roche, dans une secouse, s’eft ouverte, & la maison « & le moulin ont été enfoncés dans l'abime qui s'est « creusé; mais, ce qui eft admirable, parmi des débris si « étranges & si universels, nul n'a péri, ni même n'a
ÉAL.
aftre.
oùût & tououveisidéux où ns les | se fit chure Montdans e que it, sur 1r, ce rficie.
ts, au nconnt de
1e anpus de srodious y reu de 'erseu que monrelihfirme me de ec un irbre :
jaison i s'est bris si e n’a
TREMBLEMENT DE TERRE. 1663. 4i
« été blessé. C'eft une marque toute visible de la protec- « tion de Dieu sur son peuple, qui nous donne un jufte « sujet de croire qu'il ne se fâche contre nous que pour « nous sauver. » M. Boucher, gouverneur des Trois- Rivières, en rendait, de son côté, ce témoignage à Colbert, dans l'épître dédicatoire de son Hifloire naturelle de la Nouvelle-France, du 8 oétobre de la même année: « Depuis environ trente ans que je suis dans ce pays, je « n'avais jamais rien vu de semblable à ce tremblement de « terre, qui a duré plus de sept mois; nous en avons eu « des atteintes aux Trois-Rivières, dès le commencement; « mais Dieu nous a tellement conservés au milieu de ce « désaftre, que pas une seule personne n'en a reçu la « moindre incommodité (1). » Il en fut de même à Villemarie, où, comme on le voit par les regiftres de la paroisse, il ne mourut personne depuis le 3 février, deux jours avant le tremblement de terre, jusqu'au 25 mai suivant.
Ajoutons que, pour disposer les esprits à reconnaître, dans ce phénomène, un avertissement miséricordieux de sa juftice, Dieu fit paraître auparavant des signes extraordinaires dans le ciel. Ce fut la conduite quil tint autrefois sur les Juifs de Jérusalem, avant leur dernière cataftrophe, comme Notre-Seigneur le leur avait prédit dans l'Évangile, & comme l'hiftorien Josèphe l'a montré en détail après l'événement (2). Pareillement, du temps des Machabées, il avait donné aussi des signes avant-coureurs des massacres dont Antiochus, le fléau de sa juftice, devait remplir Jérusalem ingrate & criminelle : « On vit pendant « quarante jours, de tous les points de cette ville, des « hommes à cheval, qui couraïent dans les airs, riche- « ment vêtus & armés de lances, comme des troupes de « cavalerie; des chevaux, rangés par escadrons, qui cou- « raient les uns contre les autres; des combattants qui en « venaient aux mains; des boucliers agités ; une multitude « de gens armés de casques et d'épées nues; des dards
(1) Hifl. véritable & naturelle de la Nou-
velle-France.
Paris,
1664, in-12. Épitre
dédicatoire.