‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 42 sur 392 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

« lancés, des armes d'or étincelantes & des cuirasses de

« toute espèce; c'eft pourquoi, remarque Fhittorien sacré,

« tous priaient Dieu que ces prodiges tournassent à leur

(1) Deuxième hvre © avantage (1). » Avant le tremblement de terre dont nous aa V parlons, on vit, en Canada, des signès extraordinaires qui He tinrent aussi tous les esprits en suspens; & le P. Lalemant, entre autres, en parle ainsi dans sa relation de cette

ù année, répandue bientôt après parmi les colons, qu'il donne pour témoins oculaires de la plupart de ces signes.

« Le ciel & la terre nous ont parlé bien des fois depuis

« un an: c'était un langage aimable & inconnu, qui nous « jetait en même temps dans la crainte & l'admiration.

« Le ciel a commencé par de beaux phénomènes : dès

« l'automne dernier, nous avons vu des serpents embra-

« sés, qui s'élançaient les uns dans les autres en forme Ellc

« de caducée, & volaient par le milieu des airs, portés qui

« sur des aïles de feu. Nous avons vu sur Québec un ima

« grand globe de flammes, qui faisait un assez beau jour tem

< pendant la nuit, si les étincelles qu'il dardait de toutes

« parts n'eussent mêlé de frayeur le plaisir qu'on prenait

« à le voir. Ce même météore apparut sur Montréal, mais

suix

« 11 semblait sortir du sein de la lune, avec un bruit qui son: « égalait celui des canons ou des tonnerres; & s'étant croi « promené en l'air, fut se perdre enfin derrière la mon- pres « tagne dont cette île porte le nom. » Le 7 de janvier sui- * le r vant, une vapeur presque imperceptible s'éleva du fleuve, fair &, frappée des premiers rayons du soleil, devint transpa- « Ci rente; de sorte, néanmoins, qu'elle avait assez de corps «Ch pour soutenir deux parhélies, qui parurent aux deux côtés « di

de cet aftre. Ainsi l'on vit, en même temps, comme trois soleils rangés sur une ligne parallèle à l'horizon, éloignés les uns des autres en apparence de quelques toises, &

chacun avec son iris, dont les couleurs, variant à chaque . L inftant, tantôt étaient semblables à celles de l'arc-en-ciel, lire : & tantôt d’un blanc lumineux, comme s'il y avait eu un sn grand feu derrière. Ce spectacle dura deux heures entières ; ce qu il recommença le 14, mais fut moins sensible ce jour-là. tomt

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s de cré, leur ous qui ale- -ette qu'il nes.

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Outre ces signes & d'autres encore, on demeura persuadé que plusieurs personnes avaient eu une connaissance surnaturelle du tremblement de terre, qui arriva le 5 février suivant. On cite l'exemple de deux femmes sauvages qui l'annoncèrent avant qu'il commencçät (1). L'une d'elles, très-bonne & excellente chrétienne, étant éveillée dans sa cabane, le troisième jour de février (*), entendit une voix diftinéte & articulée qui lui dit : « Dans deux jours il doit arriver des choses bien étonnantes & merveilleuses ; & le lendemain la même femme, étant dans la forêt, avec sa sœur, pour faire sa provision journalière de bois, entendit la même voix qui lui dit diftinétement : « Ce sera demain, entre cinq & six heures du soir, que la terre sera agitée & tremblera d'une manière étonnante. » Elle rapporta ce qu’elle avait entendu à ceux de sa cabane, qui le prirent avec indifférence, comme un effet de son imagination; & cela avec d'autant plus de raison, que le temps fut assez calme ce jour-là, & encore plus le jour suivant, jusqu'au moment du tremblement de terre (2).

Parmi les Français, on cite le témoignage d'une personne recommandable & d'une vie irréprochable, qu’on croit être Marie de l'Incarnation, qui, ayant eu les mêmes pressentiments de ce qui arriva, s'en était ouverte, comme le remarque le P. Lalemant, à qui elle était obligée de le faire, 'eft de lui-même que parle ici ce Religieux. « Le « cinquième jour de février, jour du lundi gras, vers cinq « heures & demie du soir, elle se sentit portée à deman- « der juftice à Dieu contre les péchés qui se commettaient

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(*) Dans l'édition des Lettres de Marie de l’Incarnation, publiée à Paris, en 16096, il s’eft glissé une omission dans la date de ce récit. Au lieu de ces mots : Le troisième jour de cette année 1663, on doit lire : Le troisième jour de février de cette année 1663; la preuve en eft que, dans la même page 575, où l’on a fait de nouveau la même omission, on lit ces mots : Le cinquième jour, fête de sainte Agathe, ce qui suppose manifeftement qu’il s’agit du mois février, cette fête tombant le cinquième jour de ce mois.

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