OS
URONS MASSACRÉS OL PRIS PAR CES PRÉTEN- DUS AMBASSAUEURS.
firent la promesse, &, pour preuve de leur sincérité, voulurent laisser comme otage quatre d'entre eux, pendant que les trois autres iraient au plus tôt trouver les anciens de leur pays pour hâter l'ambassade. On accepte d'accord avec eux cet expédient, & on reçoit avec le plus d'appareil qu'on peut ces quatre nouveaux hôtes. Ce ne sont que feftins, que chants, que danses, que présents réciproques ; aucune marque de réjouissance n'eft oubliée.
Le soir étant venu, les prières sonnent à l'ordinaire pour les sauvages; les Agniers s'y présentent eux-mêmes, & le refte du jour se passe en entretiens familiers, en bonne chère, en témoignages d'amitié en apparence la plus cordiale; enfin chacun se retire pour prendre son repos. Il y avait alors à Villemarie quelques Hurons qui s'y étaient réfugiés pour vivre chrétiennement, après avoir quitté depuis peu le pays ennemi. On mène les Agniers dans la cabane de ces Hurons, où il n'y avait qu'un homme, deux femmes, un jeune garçon & trois petites filles, tous les autres étant à la chasse depuis quelque temps; & on ne savait pas qu'en y logeant ces Agniers on y introduisait des assassins. Vers l'heure de minuit, ces quatre traitres se lèvent, & tombant à grands coups de hache sur les Hurons endormis, mettent toute la cabane en sang, fendent la tête à l'homme, laissent les deux femmes pour mortes, toutes couvertes de plaies, et emmènent captives les trois petites filles, le jeune garçon s'étant heureusement échappé de leurs mains. Au bruit de ce massacre & aux cris poussés par les Hurons, les habitants de Villemarie accoururent de tous côtés, mais trop tard, pour les secourir; à la faveur de la nuit les Agniers avaient déjà pris la fuite. L'affreux spectacle que présentait cette cabane fit horreur à chacun : c'étaient trois corps nageant dans leur sang & défigurés de la manière la plus horrible. On s'approche, & l'on s'aperçoit qu'une des deux femmes, nommée Hélène, avait encore un peu de vie.
Dieu voulut lui prolonger l'exiftence, en récompense sans doute de la charité qu'elle avait exercée chez les Iroquois envers les compagnons de sa captivité; car elle allait près des chrétiens, dans leurs supplices, pour les encourager à tenir fermes dans la foi, s'approchait de ces victimes demi-brûlées, leur suggérait dans leurs tourments de ferventes prières, & après leur trépas les ensevelissait de ses mains (1). La sœur Bourgeoys, qui rapporte la mort cruelle de ces Hurons, ajoute : « C'était une pitié « de voir ces pauvres gens massacrés d'une aussi étrange « façon. » Si elle fait ici cette réflexion sur l'horreur de ce spectacle, c'eit que probablement elle ensevelit elle-même les corps de ceux qui avaient été ainsi massacrés, conformément à la pratique qu'elle s'était généreusement imposée, d'offrir ses services pour rendre aux morts ce devoir de piété chrétienne; supposition d'autant plus probable que, les autres Hurons se trouvant alors à la chasse, il n'y avait personne de cette nation à Villemarie qui püût ensevelir leurs morts. Hélène, dont nous venons de parler, & que les Agniers avaient cru laisser pour morte, tant ils avaient déchargé sur elle de coups de hache, eut un œil crevé & le visage taillé de tant de blessures qu’elle en retta toute difforme & défigurée. Sa plus grande affliétion, dans son malheur, était la perte de ses filles, emmenées au pays d'Agnié; elle les pleurait avec des larmes intarissables, non tant à cause de leur captivité chez ces barbares, que parce qu'elles y étaient en danger de perdre la foi. Elle disait jusqu'à douze &treize chapelets par jour pour obtenir leur délivrance, &, dans la simplicité de sa ferveur, elle adressait à Marie cette prière : « Sainte Vierge, ayez pitié « de moi, il n'y a que vous qui ayez bien connu, par votre « propre expérience, la douleur qu'une mère ressent de « la perte de ses enfants. Assiftez-moi donc, s’il vous plaît, « selon mes besoins, que vous voyez bien mieux que je « ne les connais moi-même (2). »
Cependant les Hurons, revenus de leur chasse, ap-