ON
(2, Relation de 160,
pet.
prenant la perfidie cruelle des Agniers, résolurent d'en tirer vengeance. Le 26 du même mois, aborda à Villemarie un canot conduit par cinq lroquois d'Onnontagué, dont un était malade, & sachant qu'il y avait là des Hospitalières qui consacraient leurs soins aux œuvres de charité, ils demandèrent que leur malade fût traité à l'hôpital, I y fut reçu avec empressement, & si bien soigné qu'au bout de huit jours il fut en état de s'embarquer avec ses compagnons & de continuer sa route. Mais les Hurons, qui se trouvaient alors à Villemarie, jugérent, selon le sentiment des colons eux-mêmes, que ces Iroquois n'étaient que des espions, & qu'il était temps de venger par leur sang celui de leurs parents fraîchement répandu. Is les laissent donc embarquer, les attendent à une pointe de terre, proche de laquelle devait passer leur canot, & faisant sur eux une furieuse décharge, en tuent un sur la place, lui enlèvent la chevelure, & s'emparent des autres dangereusement blessés, que cependant les Français de Villemarie parvinrent à retirer de leurs mains (*).
Malgré toutes ces ambassades & ces semblants de paix, les Iroquois ne laissaient pas de faire toujours aux colons une guerre cachée & de se tenir en embuscade. Le 11 juin de cette même année 1663, la colonie de Villemarie eut à regretter la perte de Léger Haguenier, âgé de trente-neuf ans, tué par les Iroquois, & qui, le lendemain, reçut les honnèurs de la sépulture (1); comme aussi celle de Simon des Prés, dit Berry (dont la femme se trouvait alors à Blois), il fut pris par des Iroquois d'Onneiout, & conduit dans leur pays. On apprit, le 20 avril suivant, par
+) L'un de ces Onnontagués, qui étaient en danger de mort, fut inftruit par un P. Jésuite, qui était là, & reçut le sacrement de baptéme. Un autre Iroquois, arrivéà Montréal avec son oncle, étant tombé peu après malade, reçut aussi le baptéme & mourut en donnant des marques d'une foi sincère, quoique son oncle persiflât toujours dans son infidélité{2).
ceux d'Onnontagué, qu'on l'avait fait mourir cruellement à Onneiout, par le supplice du feu (1). I n'y avait plus de sécurité pour personne à la campagne ; c'eft ce qui faisait dire à M. Boucher, Gouverveur des Trois-Rivières : « Une femme eft toujours dans l'inquiétude que son « mari, qui eft parti le matin pour son travail, ne soit « pris ou tué, & que jamais elle ne le revoie. C'eft ce qui « eft cause que la plupart des habitants sont pauvres, les « Iroquois tuant souvent le bétail, empêchant quelquefois « de faire les récoltes, & brûlant les maisons ou les pillant « quand ils en trouvent l'occasion (2), »
Les Sœurs hospitalières de Villemarie n'avaient pas plus de sécurité. Lorsque, dans les attaques que donnaient les Iroquois, on venait à en blesser quelques-uns & à sen emparer, M. de Maisonneuve les faisait aussitôt transporter à l'hôpital pour y être traités; & les Filles de Saint-Joseph n'étaient pas toujours sans crainte d'être assaillies par ceux mêmes qu'elles avaient guéri de leurs blessures, dès qu'ils étaient convalescents. Il eft vrai que, dans ces circonftances, M. de Maisonneuve plaçait une sentinelle pour protéger les Sœurs, nuit & jour; mais, outre que ce secours n'aurait pas été toujours suffisant, elles s'en trouvaient quelquefois tout à fait privées. « Je « suis témoin, rapporte la sœur Morin, qu'un jour l'un « de ces Iroquois, s'étant jeté sur la Sœur de Brésoles, « & cela en plein jour, s'eflorça de l'étouffer entre une « porte & une armoire, où elle se trouva si fortement pres- « sée qu'elle en perdait la respiration. Étant venue à pas- « ser par hasard dans ce lieu, qui était assez écarté, je « courus promptement pour appeler les malades, & à « linftant plusieurs d'entre eux, oubliant leurs propres « maux, se jettent hors de leurs lits & volent, avec une « ardeur incroyable, au secours de la Sœur, pour la con- « servation de laquelle ils auraient volontiers donné leur « vie. Ils se mettent à frapper assez rudement le sauvage, auquel ils reprochent son ingratitude & sa cruauté.
(1) Ibid., 20 avril 1664,
2) Hifloire natu-
relle & véritabble de
la
par
Nouvelle-France, M. Boucher,
pe 101,