‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 77 sur 392 · PAR DES IROQUOIS · texte numérisé non relu

PAR DES IROQUOIS

portés au cimetière pour déterrer les corps de ces derniers baptisés, quoique plusieurs y eussent déjà reçu leur sépulture.

L'année 1664, on fut dans des alarmes continuelles, aussi bien que les années suivantes. « À Villemarie, dit « M. Dollier, il fallait être toujours sur ses gardes, à cause « des embuscades que les Iroquois nous tendaient de « tous côtés. St on voulait faire savoir à Québec ou aux « Trois-Rivières des nouvelles importantes, ou donner « des avis touchant la guerre, il fallait chercher les meil- « leurs canoteurs & les faire partir de nuit pour qu'ils ne « fussent pas aperçus par les Iroquois; & ces intrépides « colons, tâchant par leur vitesse d'éviter la rencontre des « ennemis, se rendaient au lieu déterminé avec une dili- « gence qui, aujourd'hui, pourrait paraître incroyable. « M. Jacques Le Ber, l'un des plus riches & des plus « honnètes marchands de Villemarie, & même de tout le « Canada, a rendu en cela de grands services à la Colo- « nie, s'étant souvent exposé, soit en canot, soit sur les « glaces, ou à travers les bois, pour aller donner ces sortes « d'avis (1). » Le 18 août de cette année 1664, la Mère de l'Incarnation écrivait : « Quoique les Iroquois soient « fort humiliés par les maladies & les mortalités que Dieu « leur envoie, ils ont néanmoins fait des courses dans ces « quartiers lorsqu'on ne les y attendait pas. Ils ont enlevé « deux grandes filles françaises, avec quelques sauvages « & quelques Français; puis, en ayant tué quelques-uns,

ils ont pris la fuite, selon leur coutume (2). »

Dans l’automne précédent, deux soldats de la garnison des Trois-Rivières, qui étaient allés chasser aux îles de Richelieu, furent attaqués par des Iroquais, cachés en embuscade, qui les prirent & les lièrent pour les conduire dans leur pays. L'un des deux fut blessé par eux d'une balle qui, l'ayant percé au travers du corps, s'était arrêtée à la surface, du côté opposé à celui par où elle était entrée.

Comme ils désiraient de le conduire vivant dans leur pays, ils parvinrent, au moyen d’une incision, à retirer la balle, & enfin à le guérir. A l'entrée du village, tous les Iroquois, rangés en haïe des deux côtés du chemin, armés de verges & de bâtons, les accablèrent de si rudes coups, que l'un & l’autre tombèrent évanouis. Le lendemain, on se disposait à les faire périr par le plus cruel supplice, lorsqu'un ambassadeur, nouvellement venu d'Onnontagué, demanda aux anciens que les deux captifs lui fussent remis pour servir à un accommodement qu'on projetait de faire avec les Français. On les lui remit, en effet, & il les conduisit en sûreté à Onnontagué pour les réunir aux autres captifs, afin qu'ils fussent tous prêts à s'embarquer quand on voudrait les ramener à Villemarie (1).

Ces barbares avaient, en effet, dessein d'envoyer une ambassade extraordinaire, dans la vue sans doute de tromper plus sûrement les Français. Ils publièrent qu'ils voulaient réunir toute la terre, & jeter la hache si avant dans le fond des abimes qu'elle ne parût plus jamais. Que pour marque de leur sincérité, ils viendraient, femmes, enfants & vieillards se livrer entre leurs mains, non pas pour otages, mais pour commencer à ne faire plus qu'une seule terre & qu'un seul peuple (2). Cependant ceux d'Onnontagué, qui étaient les premiers moteurs de ce dessein, ne voulant pas exposer témérairement les plus notables de leur pays, résolurent d'envoyer à Villemarie, dès le mois d'août, des avant-coureurs pour sonder les esprits & savoir si les députés seraient bien reçus. Ils parurent donc audessus de l'habitation avec un pavillon blanc dans leur canot, afin qu'on ne les prit pas pour ennemis. Sous cet auspice, ils débarquent à Villemarie & font quelques présents pour déclarer que toutes les nations iroquoises, à l'exception de celle d'Onneiout, demandent la paix, & que les Agniers eux-mêmes sont dans ce dessein. On écoute ces propositions avec joie, mais non pas sans défiance puisque lors même que ces barbares venaient parler de

(1)Relationde 1604, P. 20, 30.

LES IROQUOIS FEIGNENI

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