DES ALGONQUINS TOM BENT SUR LES AMBAS- SADEURS
paix, ils ne laissaient pas de continuer leurs hoftilités dans la campagne & de tomber sur les laboureurs. Néanmoins, pour ne pas les rebuter, on leur donna de bonnes paroles, & ils partirent de Villemarie avec la résolution d'aller hâter le départ des ambassadeurs.
En effet, peu de temps après, le capitaine Garacontié, protecteur des captifs français à Onnontagué, qui était comme l'âme de cette entreprise, se joignit à ceux de sa nation avec les Sonnontouans, & fit un prodigieux amas de porcelaine afin d'offrir les plus beaux présents qu'on eût jamais vus. Ils s'embarquèrent ainsi, au nombre de trente, chargés de cent colliers, du prix de dix mille livres, dont quelques-uns avaient plus d'un pied de largeur; &, pour être mieux recus encore, ils menèrent avec eux les deux captifs des Trois-Rivières, afin que la liberté qu'ils leur donneraient rehaussät encore le prix de si riches présents (1). Comme leurs avant-coureurs avaient apporté à Villemarie une lettre écrite au Gouverneur général par l'un des notables de la Nouvelle-Hollande, qui rendait bon témoignage du dessein des Iroquois (2), M. de Mézy ainsi que M. de Laval se rendirent à Villemarie pour recevoir les ambassadeurs & entendre leurs propositions.
Mais les Algonquins, en guerre avec les Iroquois, eurent vent de cette ambassade, allèrent les attendre sur le chemin, & leur dressèrent une embuscade au-dessous du Grand-Saut. Voyant approcher les Iroquois, ils firent sur eux une décharge à l'improvifte. Les ambassadeurs, ainsi tombés dans l'embuscade, se mettent alors à faire de grandes clameurs, proteftant qu'ils venaient traiter de la paix avec eux aussi bien qu'avec les Français. Mais, après avoir expérimenté tant de fois leur perfidie, les Algonquins se moquèrent de ces proteftations, &, sans les écouter, en taillèrent en pièces autant qu'ils purent, en lièrent d'autres comme prisonniers & enlevèrent tout le butin. Quant aux deux captifs Français, ils essuyèrent la
4 GUERRE. HOSTILITÉS. 10664. 93 première décharge & eurent bien de la peine à se faire ‘ reconnaître par les Algonquins, qui, dans la chaleur du combat, ayant quitté le fusil pour prendre la hache, frappaient à droite & à gauche, sans considérer sur qui les coups tombaient. Ils furent enfin reconnus, & eurent la douleur de voir que leur liberté avait coûté la vie & la captivité à la plupart de leurs libérateurs. Quelques-uns des ambassadeurs prirent cependant la fuite & allèrent se réfugier à Villemarie ; & comme on craignait qu'ils ne fussent encore attaqués & poursuivis en retournant dans leur pays, M. de Maisonneuve jugea nécessaire de les faire escorter assez loin, jusqu'à ce qu'ils fussent hors de l'at- ()Relationde 1604,
se fr p. 34. Maric de l'Intaque des Algonquins (1). de
« Ainsile grand dessein de cette ambassade s'évanouit :: de $ ALLU-
« en fumée, dit le P. Lalemant; &, au lieu de la paix "fermant « qu'elle nous apportait, nous avons sur les bras une
« guerre plus cruelle qu'auparavant, puisque les Iroquois
« cesseraient d'être Iroquois s'ils ne faisaient tous leurs
« efforts pour venger la mort de leurs ambassadeurs. » La
Mère de l'Incarnation fait, de son côté, les réflexions sui-
vantes : « Encore que les Français n'aient nullement
« trempé dans cette affaire, les Iroquois néanmoins croi-
« ront que ce sont eux qui ont fait jouer ce ressort pour
« les détruire; & il ne faut point douter qu'ils ne fassent
« leur possible pour s'en venger sur nos habitations, si ce
« n'eft que la crainte qu'ils ont des Français, qu'on leur
«a dit qui se disposent d'aller leur faire la guerre, ne les
« retienne, ou plutôt que la proteétion de Dieu sur nous
« ne les empêche. Les uns disent qu'ils voulaient la paix
« tout de bon; & les autres qu'ils venaient pour tromper
« comme par le passé. Dieu seul sait ce qui en eft. »
La suite montra que les Iroquois étaient toujours armes nosniirés à dans les mêmes intentions hoftiles. Le 4 mai précédent, ils NS RUE
avaient tué Michel-Théodore, dit Gilles, âgé d'environ trente ans, à la Longue-Pointe, près de Villemarie, lors-