VERNEUR DE MONT- RÉAL LE SIEUR DE LA FOUCHE
qu'il revenait de la chasse (1). Le 9 août 1664, deux autres Français de Villemarie furent tués sur-le-champ, sans avoir même vu l'ennemi (2). C'étaient Jacques Dufresne, âgé d'environ trente ans, à Pierre Maignant, àâgé de vingt et un ans environ, que les Iroquois surprirent à l'ile Sainte-Hélène (3). A peine pouvait-on sortir de sa maison pour chercher des vivres & autres choses indispensables. Le sieur Raguideau étant allé à la chasse avec plusieurs autres dont il avait le commandement, & M. de Béleftre étant allé pour le même dessein d’un autre côté avec un parti, les deux troupes se joignirent vers deux iles situées un peu au-dessous de Villemarie, qu'on croit avoir été les îles Sainte-Thérèse, &, leur chasse terminée, ils envoyèrent devant eux un canot chargé de la venaison. Comme on ne peut guère remonter le courant du fleuve à la rame sans longer le rivage, afin d'éviter le courant, ce canot vint à passer vis-à-vis d'une embuscade d'Iroquois qui, à l'inftant, fit une décharge dans laquelle Claude Marcoux, âgé d'environ vingt-trois ans, fut tué (4), & deux ou trois autres furent blessés. Incontinent, un Iroquois accourt pour tirer le canot de l'eau; mais l'un des Français, qui était encore en état de se défendre, le couche en joue & le fait tomber raide mort; après quoi, il se met au large. De leur côté, les autres Iroquois se jettent dans leur propre canot, sans doute pour poursuivre ces Français moribonds & blessés; mais, voyant arriver au secours de ceux-ci M. de Béleftre, Saint-Georges et d'autres, ils chansent aussitôt de dessein & prennent la fuite.
Pendant qu'à Villemarie les colons étaient ainsi exposés à la cruauté des Iroquois, M. de Mézy se portait à des actes qui mirent le trouble dans Québec, & dont la Colonie de Villemarie ne fut pas entièrement exempte. Sans égard pour les services que M. de Maisonneuve rendait au pays depuis plu: de vingt ans, il usait envers lui de procédés qu'on aurait de la peine à comprendre, si ce qui nous refte à raconter de ce Gouverneur général ne répondait
AUTORITÉ TEMPORELLE. 1064. 95 que trop à cette conduite impérieuse & absolue. Au mois de juin 1664, il ordonna à M..de Maisonneuve d'aller le trouver à Québec, & nomma en sa place, comme Gouverneur de Montréal & commandant de la garnison, le sieur de la Touche (1), alors capitaine de la garnison des Trois-Rivières. Étienne Pézard de la Touche, né à Blois, paroisse de Saint-Honoré (2), paraît avoir joui de l'eflime particulière de M. de Mézy & de celle de M. de Laval, qui, cette même année, lui donnèrent une concession d'une licue & demie de terre à partir de la rivière Champlain, en remontant le fleuve Saint-Laurent (3). Mais sa nomination à la place de Gouverneur de Montréal ne paraît pas avoir eu de suite, M. de Mézy, par ses actes arbitraires & violents, ayant mis le trouble à Québec & perdu tout respect dans l'eftime des peuples, comme nous allons le raconter.
La bonne harmonie entre M. de Mézy & M. de Laval ne fut pas aussi durable qu'on se l'était promis, & il faut convenir que ce prélat ne trouva pas toujours dans les Gouverneurs avec lesquels il eut à vivre tout le concours qu'il eût pu désirer de leur part. Il semblait qu'ayant choisi de lui-même M. de Mézy, qui lui était particulièrement connu depuis longtemps, ils auraient toujours agi de concert, comme ils l'avaient fait dès leur arrivée à Québec. Mais cette bonne entente ne fut pas de longue durée, ce qui fait dire à la Mère Juchereau « que, par une sorte de « fatalité, M. de Laval ne fut pas longtemps à se epentir « de son choix (4). » La grande autorité que la cour avait cru devoir donner à l'Évèque dans le gouvernement du pays devait inévitablement amener des conflits entre lui & le Gouverneur général. Il eit vrai que les anciens rois de France, en vue de procurer le bien des peuples, avaient attribué à plusieurs évèques l'autorité temporelle sur les fidèles soumis à leur juridiction, & l'expérience montre que cette forme d'adminiftration pouvait avoir de grands avantages pour les peuples. Mais en Canada, où les circonftances étaient différentes, l'autorité temporelle confiée
(t) Arch, du séminaire de Villemarie, invent, de Paris,
(2) Regiftres de la paroisse de Villemarie.
20 juin 1004.
(5) ivb4 Concession par M, de Méy & Mgr de Laval au capitaine Pézard de Ja Touche.
AViL \UIORITÉ TEMPORELLE ATTRIBUÉE AU GOU- VERNEUR ET A L'ÉVÉ