‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 81 sur 392 · L'INTERDIT SIASTIQUE · texte numérisé non relu

L'INTERDIT SIASTIQUE

ECCLÉ-

publier une autre déclaration, par laquelle il défendait plusieurs pratiques qu'il croyait être obligé en conscience d'interdir, pour ne pas trahir, disait-il, les intérèts du Roi, ni violer le serment de fidélité qu'il avait fait entre ses mains (1). Aussi affligé qu'étonné d'une rupture si violente, M. de Laval répondit, le 16 février, que, sans avoir égard aux paroles oflensantes ni aux accusations: injurieuses pour lui, contenues dans le placard du Gouverneur, il ne pouvait en honneur ni en conscience ratifier l'interdiction des trois conseillers, non plus que procéder à la nomination de trois autres, jusqu'à ce que, dans un jugement définitif, les premiers eüssent été convaincus des crimes dont Ie Gouverneur les accusait.

Ces éclats firent grand bruit à Québec; la déclaration publiée le 13 février déplut surtout beaucoup aux Ecclésiaftiques, qui la regardèrent comme une oflense personnelle, jusque-là que l'un des principaux d'entre eux alla trouver le Gouverneur pour l'avertir qu'on pourrait bien lui refuser les sacrements, & même lui interdire l'entrée de l'église, s'il ne réparait cette offense. Le dernier du mème mois, M. de Mézy crut cependant devoir en écrire aux Jésuites, pour savoir d'eux la conduite qu'il avait à tenir. Il leur rappelait qu'il était venu en Canada dans le dessein unique de travailler à son salut, & sur les inftances de M. de Laval, qui l'avait fait agréer au Roi; que rien n'étant plus important au monde que le salut, & d’ailleurs le moment de la mort étant incertain, il se croyait obligé de recourir à eux comme à des casuifles éclairés pour qu'ils lui déclarassent en leur conscience ce que, dans les circonftances présentes, il pouvait faire pour la décharge de la sienne & pour garder au Roi la fidélité qu'il lui avait jurée. Enfin il priait ces Pères de mettre leur avis au bas de sa lettre. Le P. Lalemant se chargea de la réponse, & lui dit que, ce différend étant tout à la fois du ressort du tribunal de la conscience & de celui du civil, il devait, pour le premier, s’en rapporter à son con-

fesseur; & que, quant au second, ce n'était pas à des Religieux de juger de quel côté était le tort, Notre Seigneur ayant refusé de porter son jugement sur des intérêts temporels, dont les deux parties contendantes lui détéraient la décision (1).

Par suite de l'interdiction de M. Bourdon, procureur du Roi, le Conseil souverain cessa de rendre la juftice ; & M. de Mézy, désirant néanmoins de donner suite aux affaires, pria alors M. de Laval de se joindre à lui pour nommer un subftitut du procureur du Roi, nomination à laquelle le prélat refusa de concourir. Cette suspension de la jufice, dans un pays où les procès n'étaient que trop fréquents (*), excita des murmures de la part des habitants de Québec, de ceux du Cap-Rouge, de la côte de Beaupré, de l'ile d'Orléans & d'autres. Ils demandèrent avec instances qu'on voulût bien terminer leurs procès, & que pour cela, nonobitant l'opposition de M. de Laval, le Gouverneur établit, de son autorité, un subititut du procureur du Roi. M. de Mézy prit enfin ce parti le 10 du mois de mars, mais en exigeant que la nomination füt faite par le choix des habitants dans la chambre du Conseil; & on élut le sieur Chartier, qui entra en fonctions le jour mème (2. M. de Mézy se porta encore à de nouveaux éclats. Après avoir éloigné du Conseil MM. de Villeray, d'Auteuil & Bourdon, il finit par dissoudre le Conseil luiméme le 18 septembre de cette mème année, & en établit un nouveau le 24 sans la participation de M. de Laval, qui, le 28, y fit opposition. Et comme l'acte d'établissement de ce nouveau Conseil avait été publié à Québec & aftiché à la porte de l'église, sans qu'on eût fait mention

() M. d’Argenson, dans une lettre du 5 septembre 1638, se plaignait de ce grand nombre de procès, si funeftes pour les familles & pour la Colonie en général, « Les procès, la pauvreté € 1 inclina- « tion à la bonne chère ruinent entièrement le pays (3). »

ke

(1) Arch, de |

rine. Canada, t, | 1656 à 1000, derni

IEV, 100.4.

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