‹ Histoire de la colonie française en Canada [microforme]Chapitre 96 sur 392 · M. DE TRACY · texte numérisé non relu

M. DE TRACY

faire, & se contenta de leurs cris de joie, qui commencèrent au moment où il sortit du vaisseau; de là ils l'accompagnèrent, au son des cloches, jusqu'à l'église, où M. de Laval, vicaire apoftolique, l'attendait, revêtu pontificalement, au milieu de son clergé. Après qu'il lui eut présenté l'eau bénite & la croix, ce prélat le conduisit au prie-Dieu qui lui avait été préparé près du chœur, & là M. de Tracy, malgré sa grande faiblesse, se mit à genoux sur le pavé, sans vouloir se servir du carreau qu'on lui offrait (1). Enfin, en action de grâces de son arrivée, on chanta le Te Deum, accompagné par l'orgue & par la musique; après quoi le prélat le reconduisit jusqu'à la porte de l'église avec les mêmes honneurs qu'il lui avait rendus en entrant (2). L'étonnement que causèrent à Québec la magniñence de M. de Tracy & celle des officiers de sa suite fut égal à la joie que fit éprouver leur arrivée. Il ne marchait jamais sans être précédé de vingt-quatre gardes, qui portaient les mêmes couleurs que ceux du Roi, & de quatre pages, comme aussi sans être suivi de six laquais & environné d'un grand nombre d'officiers richement vêtus, ayant de plus toujours auprès de soi un gentilhomme, M. le chevalier de Chaumont (3). La Mère Marie de l'Incarnation écrivait, le 28 juillet suivant : « M. de Tracy, lieutenant général pour « Sa Majefté dans toute l'Amérique, eft arrivé avec un « grand train, Je crois que c'eft un homme choisi de Dieu « pour l'établissement solide de ces contrées, pour la « liberté de l'Église & pour l'ordre de la juftice. Il eft « d'une haute piété; toute sa maison, ses officiers, ses « soldats, imitent son exemple (4). C'eft une chose ravis- « sante de voir son exaélitude ponétuelle à se rendre le « premier à toutes les cérémonies de la religion, jus- « que-là qu'il eft refté plus de six heures dans l'église «“ sans en sortir. Son exemple a tant de force, que « le monde le suit comme les enfants suivent leur « père (5). Cela nous donne beaucoup de joie & nous « ravit (6). »

(1) Hiftoire de l'H. tel-Dieu de Québec,

(2) Relation de 1665, P: 4, 5e

(3) Hiftoire de l'H6tel-Dieu de Québec, p.173, 174, 175.

(4) Lettres de la Mère de l’Incarnation, lettre hiftorique 70e, 28 juil, 1665, p. Go.

(5) Ibid. lettre 73e, 16 oët, 1666, p. Goo.

(6) dbrd., p. 600.

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ARRIVÉE DE MM. DE SALIÈRES, DE COUR- CELLES ET TALON,RE- TARDÉE PAR DES TEM- PÊTES,

(1) Relation de 1665,

2) 1bid., P: 7°

(3) Relation de 1665, p. 25. Journal des Jésuites, sept. 1665.

de l’Incarnation, lettre 71°, 30 sept. 1065, p. Hoi.

M. de Salières, de son côté, était parti de France avec quatre compagnies, suivies de quatre autres, portées sur deux vaisseaux, qui arrivèrent à Québec, l’un le 18 août, l'autre le 19 (1), mais le refte des troupes fut beaucoup retardé, ce qui devait faire renvoyer la guerre à l'année suivante (2). Le vaisseau appelé le Saint-Sébastien, qui amenait M. de Courcelles, Gouverneur général, & M. Talon, intendant, ne parut à Québec que le 12 du mois de septembre, ainsi qu'un autre nommé /e Jardin-de-Hollande; enfin, deux jours après, un troisième, appelé la Juflice, & ces trois navires amenèrent le refte du régiment de Carignan (3). Les troupes avaient été ainsi retenues en mer pendant quatre mois par de furieuses tempêtes, qui pensèrent abîmer tous les vaisseaux (4) & rendirent la navigation très-périlleuse cette année. Au retour de ces navires en France, le vice-amiral de la flotte fit naufrage, à deux cents lieues de Québec, s'étant brisé sur des rochers pendant la nuit, lorsque tous les passagers reposaient, à l'exception des pilotes. Cet accident fut mème si inopiné, que le vaisseau coula à fond tout à coup entre deux rochers. On parvint cependant à sauver tout le monde, au moyen de cordages & de poulies attachés au haut des mâts; il n'y eut qu'un matelot qui périt, & tous les naufragés se retirèrent sur les monts de Notre-Dame, lieu ftérile & très-froid, sans avoir pu sauver des vivres du naufrage que pour douze jours. M. de Tracy, dès qu'il eut appris leur désaftre, envoya trois vaisseaux du Roi pour les prendre en passant, & ordonna qu'on leur portât des vivres pour huit mois, si on ne pouvait aborder aux lieux où ils s'étaient retirés. « Nous avons été affligés de « cet accident, écrivait la Mère Marie de l'Incarnation, « mais nous n'en avons pas été surpris, parce que, depuis «que nous sommes en ce pays, l'on n'avait point encore « vu de si grandes tempêtes sur la mer, ni dans le fleuve « Saint-Laurent, que cette année. Les douze vaisseaux « qui sont arrivés ont pensé périr ; le treizième, qui était « la frégate de M. de Tracy, a coulé à fond à l'entrée du

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