‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 109 sur 428 · SE RETIRER AUPRES O J T T · texte numérisé non relu

SE RETIRER AUPRES O J T T

DES FRANÇAIS. PP. Jésultes de trouA-er bon qu'ils se retirassent près des

Français, pour y former une bourgade & y pratiquer en

(aiReiationde lODo, assurauce Ics cxercices de la religion (2). Déjà, Tannée

^' ''^' précédente, ils avaient conçu ce dessein, & un de leurs

capitaines s'était même transporté à Québec pour savoir

si les Français de ce pofte l'auraient pour agréa'ble & s'ils

(3)Reiationde ih49, voudraient Ics sccourir (3). Après les scènes horribles P' '"^- que nous venons de raconter, les PP. Jésuites de Saint-

Joseph, délibérant sur le parti qu'il y avait à prendre, conclurent que la proposition des Hurons était Tunique moyen de salut. « En quelque endroit que nous jetas- « sions notre vue, dit encore le P. Ragueneau, nous « étions convaincus que la famine, d\in côté, & la guerre, « de l'autre, achèveraient d'exterminer le peu qui reftait (I de Hurons chrétiens; &: ce fut un sentiment si général « de tous nos Pères, que je ne pus y résifter. Le dessein « en ayant été arrêté, l'exécution devait en être prompte, (( de crainte que les Iroquois, entendant ces nouvelles, « n'aHassent nous tendre des embûches pour nous arrêter

(4) Relation de 16 5o, ... '^

p. 25, 20. « en chemni (41. »

vm.

SIX CENTS iiLRONs s'É- Hs partlrcut donc, emmenant avec eux trois ou

l'ÎiI'^d'or'léI'sTr'ès l'Jatre cents personnes, triftes relies de cette nombreuse

DE QuÉDEc, nation (5). L'intention de ces Pères était de les conduire &:

P^irs?"'^'""'"' de les établir auprès des Forts de Villemarie, des Trois-

{6) ibu., p. -^5. Rivières ou de Québec (6). Arrivés à Villemarie, ils

furent reçus avec une charité vraiment chrétienne, mais

n'y séjournèrent que dei.L\ jours, à cause de la crainte de

leurs ennemis : « C'ell: un lieu avantageux pour Thabi-

(( tation des sauvages, ajoute ce même ReUgieux; mais

« étant frontière des Iroquois, que nos Hurons fuient plus

II que la mort même, ils ne purent se résoudre à y com.-

2" GUERRE. RUINE DES HURONS. l65o. Il5

(( mencer leur colonie (i). » Enfin, après cinquante jour- (oReiationde iC5c, nées d une marche très-pénible, qui ne fut pas sans un p- -''• grand nombre de naufrages, cette troupe arriva à Québec le 26 juillet de cette année i65o (2). On établit la nou- (2) /*(W., p. 27, 28. velle bourgade dans l'île d'Orléans, où ces Hurons commencèrent à défricher des terres & à se bâtir des cabanes. La première année, on fut obligé de les nourrir (3) & de (3)Reiationdei65i, les aider dans ces défrichements ; mais. Tannée suivante, p- 9' i652, ils recueillirent une assez bonne quantité de blé d'Inde, quoique pourtant tous n'en eussent pas suffisamment pour leur provision. On conftruisit aussi une espèce de Fort, une chapelle & une petite maison, pour y loger les missionnaires ; les cabanes des Hurons étaient situées tout auprès de cette maison & protégées par le Fort. Décidés à les défendre contre les Iroquois, les Jésuites employèrent à ces divers travaux les aumônes qu'on leur envoyait de France, ne croyant pas, dans de telles circonstances, pouvoir en faire un usage plus utile au bien de la religion (4). Enfin d'autres Hurons, ayant appris l'éta- (4) Relation de 1 65 2, blissement de cette bourgade, s'y retirèrent aussi ; en sorte P' '°' qu'elle se composa bientôt d'environ six cents âmes, sans parler de cinq cents Hurons qui s'étaient fixés vers le lac (?) Hiitoire du Ca-

o - ■ /c\ nada, par M- de BjI-

Supeneur (5). ' '

i \ ' mont.

Pendant toute cette année i65o, on voyait confiam- hurons fugitifs ^vi ment arriver à 'Villemarie des Hurons, qui fuyaient la passent a villema-

. . ^ ■' RIE. — REFLEXIONSDE

cruauté des Iroquois. Chaque bande qui survenait appor- m .demoiselle .m.vnce tait la nouvelle de quelque malheur, d'un village pillé, incendié, d'un Fort perdu, ou datfreux massacres ; & la vue de tous ces fuyards, aussi bien que le récit de tous ces désaftres, étaient, pour les colons de 'Villemarie, l'annonce certaine des attaques qu'ils devraient a^'oir à soutenir bientôt eux-mêmes de la part des Iroquois. « De « quel air, dit M. DoUier de Casson, pouvaient-ils consiti dérer ces misérables fuyards, les voyant ainsi passer & « leur raconter leurs désalfres '.' Ils pouvaient bien se dire « à eux-mêmes : Si nous, qui ne sommes ici qu'une poi-

I l6 II'' PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.

gnée d'Européens, n'opposons une plus ferme & plus vigoureuse résiftance que ne Tont faite trente mille Hurons, détruits par les Iroquois, il faut nous résoudre à être brûlés aussi nous-mêmes à petit feu, avec tous les (i)HiftoireduMont- « raffinements de la cruauté la plus inouïe (i). Dans ces réai, parM. Doiiierde circouflances SI alarmantes , mademoiselle Mance était

Casson, i65o à i65i. , r^ , ir-,. • .-

revenue de rrance a ViUemarie, comme nous 1 avons raconté, & voyant passer les fuyards, elle écrivait : « La « ruine des Hurons me ût adorer la Providence divine, « qui n'avait pas permis qu'à Paris je suivisse le conseil « qu'on me donnait. A mon retour, j'appris que M. Le « Moyne, qui avait été envoyé pour conduire du secours « vers le pays des Hurons, avait été obligé de revenir sur <i ses pas, les trouvant qui descendaient tous, du moins « autant qu'il en refiait; car enfin, si les Associés de (I Montréal avaient tourné leurs vues sur les missions « Huronnes & fait leurs dépenses pour ce dessein, à <i quoi tout cela aurait-il abouti? L'état pitoyable où j'a- « vais laissé les Hurons, avant mon départ, me faisait (I compassion; mais le ciel, qui voulait les humilier, n'a « pas permis que ses serviteurs aient ouvert leur bourse « pour un ouvrage qu'il ne voulait pas maintenir ; il a (2)Hi(toireduMont- « choisi ViUemarie , qu'apparemment il voulait rendre

réal, par M. Doiiierde r r j c ■ .. '^ i ' ■ ■ • ■ / \i

^ '^ r . r- " pli-is solide. Son saint nom soit beni a lamais (2) »

Casson, 1049 a i6^o. J^ I \ J

LES moduois ATTA- « Lcs Iroquols menacent toutes ces contrées, écri-

« vait alors le P. Ragueneau. Ils font sentir partout leur « barbarie & vont de plus en plus continuant leur rage, « non-seulement contre les reftes des Algonquins & des (I Hurons, mais maintenant ils tournent le poids de leur (■?)Rciationde iG5o, « fureur coutrc nos habitations Françaises (3). » On

f ■ '®' ^9- comprend quelles devaient être les juftes alarmes des co-

lons de Villemarie, alors que, les Hurons étant détruits, ils se voyaient à la veille d'être attaqués eux-mêmes les premiers & inveftis de tous côtés par ces hordes de barbares. Les Iroquois n'avaient plus, en effet, de cruautés à exercer au-dessus de cepofte, tant parce qu'ils ne vo valent

m'ENT LES FRANÇAIS DES TROIS-RIVIÈRES.

2" GUERRE. HOSTILITÉS A VILLEMARIE. l65o. II7

plus de Hurons à détruire que parce que les fuyards de cette nation s'étaient retirés si avant dans les terres qu'ils ne pouvaient les y poursuivre, par défaut de chasse dans ces pays, ou parce qu'ils n'étaient pas assez adroits à la pèche, pour y vivre par ce moyen (i). Une bande de (i)Doiiier de Usvingt-cinq ou trente Iroquois, enflés par le succès de ^'"1- ''^So-k.Si. leurs vidoires sur les Hurons, eurent bien l'audace d'attaquer, en plein jour, proche des Trois-Rivières, plus de soixante Français, dont ils tuèrent quelques-uns, qui étaient de nos meilleurs soldats, & en blessèrent grièvement d'autres. C'eft que ces barbares, à demi-corps dans la boue, dans les marais, & cachés dans les joncs, firent de là leurs décharges, sans qu'on pût les aborder. Mais bientôt, se voyant vivement pressés, ils prirent la fuite, & firent leur retraite en bon ordre, ayant pour leur conducteur & leur chef un Hollandais, ou plutôt le fils d'un Hol-

.. / . (2) Relation de l65o,

landais hérétique & d une femme païenne (2). j, ,^

Ce fut surtout vers Villemarie qu'ils tournèrent la face, les iroquois attacomme étant le premier objet de leur fureur; & ce fut là "^"^^"^ surtout vil-

t ' '11 LEMARIE, ou ILSSONT

aussi que cette poignée d'Européens fit des coups de va- vigoureusement heleur héroïques. Nous regrettons de ne pouvoir les rapporter tous en détail : k La plupart de ces faits d'armes, « que je devrais raconter ici, dit M. Dollier de Casson, « étant etïacés du souvenir de ceux qui m'infiruisent, il . « faut que je me contente de rappeler ceux-là seulement « dont la mémoire s'eft conservée jusqu'à ce jour, & c'eft « la seule source où je puisse puiser la matière de cette « hiftoire, qui n'a encore eu aucun écrivain (3). » Les rela- (■') OoiUer de Cas-

1 T^T'. r, ■ ■ I j -^ •} son, i65o-i65i.

tions des PP. Jésuites ne nous en ont pas appris les détails; seulement le P. Ragueneau, dans celle de i65i, en parle de cette manière générale : « C'efi une merveille que les Il Français de Villemarie n'aient pas été exterminés par « les surprises fréquentes des troupes Iroquoises, qui ont « été fortement soutenues & repoussées diverses fois. « M. de Maisonneuve a maintenu cette habitation par sa « bonne conduite; la paix y a régné entre les Français avec

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