POUSSES
Il8 II" PARTIE. LES CENTASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.
(i ;ReIntionde iG5i,
(2) Lettre 44,3 sept.
iG5i.
(3) Hift. de l'Hôtel- Dieu de Québec, in- 12, p. 'il, 38, 39.
(4) Premier élabliss.
de la Foi, t. II, p. 5i.
(5) Annales de l'Hôtel-Dieu St-JosepK.
I.ES IROCLL'OIS DÉTRUI- SENT LA NATION NEU- TRE, Q.UI AVAIT DONNÉ ASILE A DES HURONS, ET SE TOURNENT EN- SUITE CONTRE ylLLE- MARIE.
la crainte de Dieu (i). » Cette même année, Marie de
Incarnation écrivait : « L'habitation de Montréal a fort
à souffrir (2) ; » &, de son côté, la Mère Juchereau
ajoute : « La bravoure des Français de Villemarie surprit terriblement les sauvages en plusieurs occasions, où il se lit des actions de valeur surprenantes. 11 se passa bien du temps avant que Montréal fût une demeure tranquille ; le voisinage des Iroquois en a troublé la paix pendant bien des années, & ces barbares ont fait souffrir à plusieurs prisonniers des tourments inouïs, qLie les plus cruels tyrans n'avaient pu inventer (3). »
C'eft aussi ce que rapporte le P. Le Clercq, Récollet : Qiioique les Associés de Montréal n'épargnassent rien pour l'avancement de leur ouvrage, dit-il, &. que M. de Maisonneuve le pressât avec beaucoup de soin, on ne peut exprimer combien il fallut soutenir de travaux, d'incommodités & de périls, pour se mettre en défense contre les incursions des sauvages, durant les premiers temps & les années suivantes (4). « « Enfin, ajoute la sœur Morin, on a vu plusieurs fois dix hommes de 'Villemarie, & moins que cela, faire tête à cinquante 8c quatre-vingts Iroquois, ce qui a acquis aux Montréaliftes une grande réputation dans tout le Canada ^ en France ; & les Iroquois ont avoué plusieurs fois eux-mêmes que trois hommes de Montréal leur inspiraient plus de crainte que six autres d'ailleurs (5). »
L'année i65o, les Iroquois ne firent pas aux Français une guerre aussi rude qu'on avait eu sujet de l'attendre : c'ert qu'ils portèrent alors leurs armes & envoyèrent la 'plupart de leurs troupes chez la nation neutre, où le gros des Hurons s'était réfugié. Ayant enlevé deux places, qui étaient les frontières de cette nation, dans l'une desquelles se trouvaient plus de seize cents hommes, ils massacrèrent principalement les vieillards 8: les enfants, qui n'eussent pu les suivre, & firent un si grand nombre de prisonniers, qu'ils conduisirent en captivité, dans leur pays, presque
2'^ GUERRE. HOSTILITÉS A VILLEMARIE. l65l. II9
toute la nation neutre (i). Cette catartrophe causa la mine (ORciationde 1660,
de toute la nation, les autres bourgades plus éloignées " ^^'"''
ayant pris la fuite & s'étant condamnées à un bannissement
\-olontaire. Enfin la famine, qui poursuivait partout ces
fugitifs, les contraignit de se disperser dans les bois, sur
les lacs & les rivières les plus écartés, afin d'y trouver
quelques moyens de subsiftance pour éviter la mort (2). ^^.Reiationde iô5i.
Cette guerre, occupant ainsi les Iroquois au loin, fut cause ^' '^'
que plusieurs sauvages des nations alliées s'arrêtèrent à
Villemarie pour s'y faire inflruire ; & nous voyons qu'un
certain nombre y reçurent le baptême, en i65o & i65i (3). (3)Regiftiedesbap-
■tr- 1.1 ■' ^ ' 1 ^i j • - ' 1 T têmes de la paroisse
Mais, des le printemps de cette dernière année, les lio- jg viiiemarie i65oquois l'attaquèrent avec tant de confiance &: d'opiniâtreté, iGSi. ' ^
qu'il y avait peu de jours où ils ne donnassent aux colons quelque alarme, &; que, presque sans cesse, on les avait sur les bras. 11 eft vrai que, dans ces attaques journalières, les Iroquois perdirent bien des homijies; mais, comme leur nombre était incomparablement plus grand que celui des colons, & qu'ils avaient toujours de nouveaux guerriers pour remplacer ceux qui étaient morts dans les combats, leurs forces n'en étaient pas affaiblies, au lieu que celles des autres diminuaient de beaucoup, à mesure que les pertes réduisaient de plus en plus leur petit nombre (4). Aumois de mai, ils s'approchèrent de (4) Doiiier de Cas- Villemarie & commencèrent par attaquer quelques mai- °°"' ' sons où des colons étaient logés. Ils pillèrent celle du meunier, ainsi qu'une^ autre, & cela à la vue & à la portée de la voix du Fort (5) ; ce qui arriva, sans doute, à l'oc-
, . (5) Journal des Jé-
casion du tait que nous allons rapporter. suites, mai i65i.
Un brave & pieux colon, Jean Boudart, qui, en 1642, a villemarie, boudapt
, . 1 T-v 1 .1 ^ , ■ AI • //-\ 1- '^S'^ MASSACRÉ PAR
avait épouse, a la Rochelle, Catherine Mercier (6), 1 un les ikoq.uois et sa &: l'autre d'une vertu solide, &. dans l'usage de s'approcher ""'l'^ ^"'^f ,, .
' '-' -T t . (0) GrefFe de Mont-
très-souvent des sacrements (7), furent les deux premières rjai, 14 mai lôji.invictimes immolées, en i65 1, par la fureur de ces barbares. je"jeàîf Bo^udan" Boudard, étant sorti de sa maison avec un nommé Jean (jjRegiiired.iapa-
,-^1 • ^ ,, ,-, ,. . . . roisse de \ illemarie.
Chicot, 1 un ^ 1 autre se voient surpris tout a coup par ,-,„^^i ,^;5i
huit OU dix Iroquois, qui se mettent à les poursuivre. Chicot, dans sa fuite, se cache sous un arbre qu'on avait sans doute récemment abattu, & les Iroquois, sans chercher alors à le retirer de là, courent à la suite de Boudart, qui se dirigeait à toutes jambes vers sa maison. Arrivant assez près, il rencontre sa femme & lui demande si le logis eft ouvert, v — Non, lui répond-elle, je Tai fermé. » « — Ah! s'écrie alors Boudard, voilà notre mort à tous « deux : fuyons promptement. » Se mettant donc l'un & l'autre à courir pour regagner la maison , la femme , qui ne pouvait tenir pied à son mari, demeura derrière lui & fut prise par les barbares. Boudard, déjà près de la maison & presque sauvé , attendri par les cris & la voix de sa femme, revient aussitôt sur ses pas pour la délivrer. Il tombe sur les Iroquois, si rudement à coups de poing, que ces barbares, ne pouvant se débarrasser de lui ni le faire prisonnier, finissent par le massacrer sur le lieu même. Quant à la femme, ils lui conservèrent la vie afin de la faire périr, au milieu des plus cruels supplices, dans leur pays; car c'était leur coutume de ne point tuer sur-lechamp leurs prisonniers, à moins qu'ils ne s'y vissent contraints par la nécessité de conserver leur propre vie.
TK.N HARDIE DE TROIS Cepcudaut ks ctIs de Jean Boudard & de sa femme
.lONTRÉAusTEs POUR ^ j^^^^^^ Palarmc aux colons, Charies Le Moyne,
SECOURIR BOUDART ET .' . .
sAFEMJiE. Archambault & un autre accourent incontinent; &, sans
le savoir, tombent eux-mêmes dans une embuscade de quarante Iroquois cachés derrière l'hôpital. Ces barbares veulent alors leur couper le chemin ; mais les autres, revenant aussitôt sur leurs pas, prennent la fuite & passent hardiment assez près de ces quarante hommes, qui ne manquent pas de faire sur eux de vives décharges, toutefois
t sans aucun accident pour ces braves colons, sinon que le
bonnet de Le Moyne fut percé d'une balle. Échappés à leur feu, ils se dirigent tous trois vers la porte de l'hôpital, qu'ils trouvent heureusement ouverte; circonftance qui donna lieu d'admirer les soins de la Providence sur ces